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Jean Zay : humaniste de tous les combats

Publié le 20 février 2014 par Davidme

Jean Zay fait partie des quatre personnalités choisies par le président de la République pour entrer au Panthéon. Avec lui, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion et Pierre Brossolette seront ces "grands hommes" auxquels la patrie voue reconnaissance. Jean Zay, personnage méconnu et pourtant ô combien symbolique de ce qu'honore la panthéonisation. Jean Zay est le Panthéon.

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A lui seul il condense les luttes émancipatrices du XXéme siècle pour que triomphe de la barbarie culturelle et politique, une humanité plus juste et plus éclairée. Pour faire entrer Zay au Panthéon, il y a au minimum, trois raisons objectives et trois raisons symboliques.

1) Ministre visionnaire des beaux arts il anticipe dés 1936 ce que la culture sera encore 80 années après lui : le CNRS, le palais de la découverte, l’Onisep, la cinémathèque et le festival de Cannes (une plaque commémorative y est apposée), les archives nationales, la bibliothèque nationale et le principe des bibliobus qui devaient acheminer la culture jusqu’à chacun, partout sur le territoire, etc...

Un incroyable vent de liberté et de partage a soufflé dans l’esprit de ce jeune avocat dévoué à la Fraternité des humbles et à l’égalité des chances.

2) Novateur en tout, il laisse expérimenter les nouvelles pédagogies qui tentent d’adapter les normes éducatives à l’individu et non plus l’inverse, il rend l’école obligatoire jusqu’à 14 ans et créé des passerelles entre les classes, afin qu’aucun talent ne se retrouve prématurément orienté.

Conscient de la médiocrité d’une société jusqu’alors fondée sur l’argent et non le mérite individuel, il anticipe une ENA pour recruter à son meilleur niveau enfin la haute fonction publique. Parions qu’aujourd’hui encore il aurait trouvé l’audace nécessaire pour déverrouiller une République en danger de corporatismes et de communautarismes.

3) Juste parmi les siens il saura dire NON au consensus de Munich et quitte la France avec Pierre Mendés France et 25 autres parlementaires pour défendre la Patrie après l’ultime session du parlement Français, alors replié sur Bordeaux (19 Juin 1940). Arrêté le 15 Août 1940 pour « désertion devant l’ennemi » il subira en détention l’habituelle campagne de dénigrement du bouc émissaire « juif franc -maçon » dont la France anti-dreyfusarde a conservé le secret.

En détention il continue à travailler aux projets de réforme qu’il estime nécessaire à sa France idéale d’une après guerre véritablement républicaine. Il reçoit sa famille, ses deux filles dont la plus jeune naîtra après son arrestation jusqu’à son exécution par des miliciens.

A lui seul Jean Zay, Président des Jeunesses Ultra laïques, incarne tout l’idéal Républicain : la démocratisation du meilleur pour tous et l’engagement républicain. La patrie qui se dit reconnaissante aux grands hommes en les panthéonisant a donc été bien inspirée en allant chercher Jean Zay.

Mort sauvagement assassiné à quarante ans, Zay a au sens propre comme au sens figuré, donné sa vie à la République, par ses idées novatrices qui ont posé les jalons de l’immédiate après guerre. Mais, signe des grands visionnaires, ses réalisations dans les arts sont encore le socle de bien des choses aujourd’hui. Attardons nous enfin un instant sur la façon dont Zay a été assassiné sauvagement par la milice. Il ne l’a pas été par l’occupant allemand, mais bel et bien par la police politique de Vichy. Bref, Zay a été tué et sa dépouille jetée dans un puits afin que l’on ne puisse plus l’identifier par les ennemis les plus féroces de notre idéal républicain.

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Faire entrer cet homme au Panthéon aujourd’hui, est un message beaucoup plus large envoyé à tous les ennemis de la République. Un message qui revêt trois symboles importants en ces temps troublés.

D’abord, que la République ne meurt jamais si tant est que l’on sache la défendre. Zay était de ces gens-là. Même 70 ans après sa mort, ses actes irradient encore pour la bonne et simple raison qu’ils étaient empreints de fraternité et de justice.

Ensuite, faire entrer au Panthéon ce citoyen né d’un père juif et d’une mère protestante, est plus que symbolique au moment où notre république cherche à renouveler son identité. La différence, la mixité, le tout dans la fraternité, voilà la clé, et voilà aussi ce que représente Jean Zay par-delà sa personne.

Enfin, le choix de Jean Zay est à la fois logique et inattendu. Logique pour toutes les raisons déjà évoquées, inattendu par sa capacité à être disruptif tout en étant porteur de sens. Porteur de sens pour les combats d’hier évidemment, pour ceux d’aujourd’hui heureusement et pour ceux de demain, forcément.

Article co-écrit avec @roberto75zucco

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