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XVII. Java - jour 3

Publié le 04 mars 2014 par Romuald Le Peru @SwedishParrot

Ce matin, le réveil sonne à 3h00. Le jour est important.
Certainement le plus important de ce voyage puisqu’il est consacré à la visite de ce monument auquel on pense quand il est question de l’Indonésie : Borobudur.
Le minibus se pointe 4h00 devant l’hôtel. Les yeux encore collés, je monde dans cette antiquité qui s’avérera ne plus avoir de suspensions et dont les gaz d’échappement, semblerait-il, se diffusent directement à l’intérieur, raison pour laquelle je ferai le voyage la fenêtre ouverte. Pour s’y rendre, il faut compter une heure et demie de route, une route que j’aurais eu du mal à faire seul.
Peut-être armé d’un GPS, pourquoi pas, mais conduire ici relève plus du sport que du gentil tourisme. La route est très droite, mais chaotique et mon cul et mon dos semblent s’en souvenir encore conjointement lorsque j’évoque cette partie de campagne. Malgré l’heure matinale, beaucoup de monde déjà debout, des mosquées peintes en vert, éclairées par des néons criards, trouvent déjà leur clientèle en cette première heure de prière de la journée ; nous sommes vendredi, aurait-ce été pareil un autre jour ? Les carrefours s’emplissent des marchés ambulants, de ces petites carrioles derrière les vitres desquelles on trouve du poisson séché ou des boulettes de poulet qui auront tout loisir de tourner dès le premier rayon de soleil. On tourne à gauche et après le portique sur lequel j’arrive vaguement à distinguer le nom du temple vers lequel je roule, la route se rétrécit et je finis par ne plus voir de maisons au bord de la route. Seulement des arbres et de la végétation dense, ruisselante d’humidité. Pour l’instant, on monte vers le mont Setumbu (prononcer Stoumbou). La route devient franchement merdique, avec des nids de poule qui aggravent le cas de la suspension. A ce rythme là, nous allons rentrer à vélo, ou en becak… Le brouillard se lève, pour ne rien arranger et on n’y voit souvent pas à plus de dix mètres.

Nous nous arrêtons, le chauffeur nous explique qu’il faut monter après avoir payé un droit d’entrée (il faut payer partout ici, c’est hallucinant) de 30 000 rps (15 000 rps pour les locaux). Dix minutes de montée facile et on y arrive. Sur le sommet de la colline, on a vue sur toute la vallée encore enserrée dans la brume matinale. Les plus hauts arbres, ainsi que le temple, plus hauts que la brume elle-même en dépassent et semblent flotter telles des îles de blancs d’œufs sur une mer de vapeur onctueuse. Les couleurs sont indescriptibles, d’une beauté telle que je n’en ai jamais vue, des couleurs incroyables, dont le spectre varie à chaque minute. Pendant près d’une heure, je reste là médusé, à regarder ce paysage qui se transforme sans cesse, même si c’est imperceptiblement, avec ce temple magnifique à deux kilomètres de là, qui point tendrement comme le téton d’un sein dépassant de l’eau.

Je redescends la colline et le minibus m’emmène au pied du temple, après être passé par des petits villages aux maisons carrées faites de briques crues, cuites sur place sur de grands brasiers prêts à s’enflammer, de jolies maisons traditionnelles aux portes de bois ouvragées, au toit plat qui s’élève finalement en une pointe, maisons de Java, parmi les champs et les rizières, et les routes où marchent de jeunes filles voilées, habillées de violet ou de vert, parfois de marron, tout dépend de l’école coranique où elles vont… La vie commencent tôt, il est un peu plus de six heures.

J’arrive au temple et je passe les détails agaçants (les vendeurs à la sauvette… par exemple). Tout ceci est majestueux. Je me rends compte que le monument est construit de telle sorte que d’en bas on n’en voit pas le sommet, comme si de manière symbolique, on ne pouvait apercevoir la sphère céleste en restant les pieds sur terre et que pour arriver au nirvāṇa, il faut d’abord passer par toutes les étapes par lesquelles est passé le Bouddha. Afin de respecter la tradition, j’effectue la montée graduellement, en respectant la circumambulation (pradikshana) qui consiste à tourner autour du temple dans le sens des aiguilles d’une montre afin d’avoir le monument toujours à ma droite. Dans chacun des corridors sculptés, l’histoire se déroule sur deux niveaux par face, soit quatre niveaux de lectures sur les quatre premières plateformes carrées. On compte en tout 2670 bas-reliefs sculptés dont plus de la moitié sont narratifs, soit près de 5km de frises déroulées !! Difficile de se rendre compte. Les étages supérieurs où se trouvent les stûpas sont impressionnants et on se rend compte à quel point la symbolique est importante ici. Sur les étages inférieurs, on ne voit pas l’horizon. Plus on monte, mieux on le voit. Rien n’est laissé au hasard ici, tout est également relié au chiffre 9, nombre de sphères qu’il existe dans le ciel bouddhiste.

La lumière de cette matinée est superbe, même si la brume m’empêche de voir le Merapi, le volcan voisin qui s’est déchaîné en novembre dernier. Je reste le plus de temps possible ici et quasiment à chaque étage, je rencontre des écoliers qui apprennent l’anglais qui m’interrogent avec les mêmes questions. Ils sont tous adorables et sont contents de rencontrer des étrangers. Le fait que je vienne de Paris les subjuguent, même s’ils n’ont jamais entendu parler du mot France, qui ne leur dit rien. Certains pensent que c’est Italie, ou en Grande-Bretagne… Un groupe de jeunes filles me chantera une chanson javanaise, rien que pour moi, un moment que j’immortalise par une petite vidéo.

Retour en minibus à l’hôtel, je dors un peu dans les cahots, derrière la vitre sur lequel tape un soleil très chaud. Je me réveille en sueur avec les bourdonnements d’une mouche grosse comme un moineau qui tape contre la vitre.

Je passerai le reste de ma journée à lézarder autour de la piscine, après être aller me ravitailler au Super Indo, le supermarché à deux pas l’hôtel où j’ai acheté un régime de petites bananes parfumées (pisang) et du mie goreng déshydraté (grands moments de solitudes que ces instants de repas en Indonésie après être passé par la Thaïlande).

Je vais en ville annuler la virée au Merapi, trop audacieuse pour moi en fin de compte, une migraine et une trop grande fatigue me criant de ne pas y aller. Je prends deux nurofen et je m’endors tout habillé sur le lit à 18h00 pour me réveiller un tour de cadran plus tard.


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