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Zeng Fanzhi, le chinois masqué

Publié le 29 janvier 2014 par Marcel & Simone @MarceletSimone
Zeng Fanzhi, Mask Series No.6, 1996. Collection privée © Zeng Fanzhi studio

Zeng Fanzhi, Mask Series No.6, 1996. Collection privée © Zeng Fanzhi studio

L’art contemporain chinois s’introduit peu à peu dans les grands musées parisiens. Après la très médiatique exposition Ai Wei Wei au Jeu de Paume, l’année dernière, le Musée d’art moderne de la ville de Paris présente l’univers poignant et surnaturel de Zeng Fanzhi.

Cet artiste, né en 1964, se forme à Wuhan, en Chine mais son travail est nourrit d’influences occidentales de l’expressionnisme allemand au pop art. Il vit depuis les années 1990 à Pékin.

On découvre avec délice et surprise les séries successives du peintre. À l’entrée de l’exposition se dresse une immense toile faite de ronces fluorescentes sorties tout droit d’un film de science fiction. Au milieu d’elles, un gigantesque lapin, qui n’est pas sans rappeler les études d’Albrecht Dürer.

Zeng Fanzhi, le chinois masqué

Le grand triptyque de Mao s’inscrit dans la lignée de celui de Warhol, premier artiste à avoir joué de son image. Chez Fanzhi, elle s’efface peu à peu dans la grisaille, ne pouvant empêcher le spectateur d’y déceler un message politique. L’hommage au maître du pop art est revendiqué, la salle suivante présentant un portrait de l’artiste aux côtés d’Andy Warhol, tous deux masqués, dans un champ fleuri kitsch et naïf. Comme deux bons copains.

Zeng Fanzhi, le chinois masqué
Zeng Fanzhi, le chinois masqué

Dans les années 1990, à Pékin, Zeng Fanzhi réalise de nombreux portraits de la jeunesse chinoise qui se cache derrière des masques souriants. Leur rire forcé fait grincer des dents et révèle un message puissant. Le peintre avoue représenter une société excessive et surpeuplée, où “personne ne peut vivre sans masque”. Les foulards rouges des jeunes garçons rappellent les jeunesses communistes chinoises. Si ces toiles sous-entendent une critique sociale, elles restent personnelles et dépassent cet engagement. L’imposant tableau de l’homme à l’imperméable rouge qui figure sur l’affiche de l’exposition en est la preuve. Sur ce fond neutre, l’individu reprend sa place, se posent alors les questions de la solitude et de l’intériorité de l'homme.

Zeng Fanzhi, le chinois masqué

Cette rétrospective est la première de l’artiste en France. Pourtant il est déjà une super star en Asie et ses œuvres s’arrachent à des prix fous sur le marché de l’art. Découvert à Hong Kong en 2006, sa côte s’enflamme grâce à de célèbres galeries comme la ShangArt ou la Gagosian. Il est à la une des médias depuis la dernière Biennale de Venise. Avant l’ouverture de l’exposition, son Dernier Souper a atteint les summums, vendu 17,1 millions d’euros chez Sothebys. Cette toile devient l'oeuvre asiatique la plus chère, dépassant même les ventes du japonais Takashi Murakami. Zeng Fanzhi est-il devenu trop populaire? Une méga star de l’art chinois?

Zeng Fanzhi, le chinois masqué

Si cette exposition nous présente des œuvres remarquables et un univers déroutant, sa scénographie est décevante. Elle se présente “à rebours”: des oeuvres les plus récentes aux premiers travaux. Dans la dernière salle, on découvre la série Hospital de l’artiste, inquiétante avec ces corps torturés rappelant Francis Bacon et mettant en parallèle le monde médical et celui de la boucherie. On semble déçus face à ce style hésitant, aurait-il perdu sa fougue? Non, il ne l'a pas encore trouvée, on est à la fin de l'exposition, l'artiste en est à ses débuts.

Zeng Fanzhi, Hospital Triptych No.2, 1992. Collection de l'artiste © Zeng Fanzhi studio

Zeng Fanzhi, Hospital Triptych No.2, 1992. Collection de l'artiste © Zeng Fanzhi studio

Pour vous faire votre avis et découvrir cet artiste en vogue, rendez-vous au Musée d'art moderne de la Ville de Paris jusqu'au 16 Février.

Le musée présente également deux très belles expositions en ce moment: Serge Poliakoff le peintre abstrait russe et Decorum, un regard sur les tapis et tapisseries des artistes modernes, un moment douillet!


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