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Natascha Rogers : "Je ne suis pas facile à étiqueter"

Par Titus @TitusFR

Percussionniste surdouée ayant notamment accompagné Zap Mama ou Fatoumata Diawarra, Natascha Rogers est aussi une vocaliste de grand talent. Sa musique au croisement de la pop, du jazz et des musiques afro-cubaines emporte l'adhésion partout où son groupe se produit, que ce soit en Chine, au Mexique ou au Canada. Elle sera en concert à Guilers samedi pour une soirée qui s'annonce très chaude.

(Photo : Pauline Pénicaud)

Votre musique est un peu à l'image du croisement d'identités qui vous caractérise…

Je suis née à Breda, aux Pays-Bas, et je détiens un passeport hollandais. Je parle donc le néerlandais, en plus de l'anglais, du français, et de l'espagnol, que j'ai appris sur le tas lors de mes séjours à Cuba. Comme mon père est américain, j'ai vécu une partie de ma jeunesse aux Etats-Unis et au Canada. Nous nous sommes enfin installés à Bordeaux lorsque j'avais 12 ans. 

C'est à Bordeaux que vous avez fait vos études musicales ?

J'avais commencé la musique en autodidacte; il y avait toujours un piano à la maison sur lequel j'aimais créer, déjà toute jeune, toutes sortes de petites compos. Plus tard, j'ai eu le coup de foudre pour les congas lors d'un stage de danse à Toronto. A la fin du collège, j'ai décidé de suivre des cours de djembé et de m'initier aux percussions mandingues. J'ai commencé par accompagner des groupes de danses, avant de passer une audition pour rentrer au Ciam, l'école de musiques actuelles de Bordeaux, où j'ai suivi un cursus afro-cubain durant deux ans. 

Des études complétées par plusieurs séjours à Cuba...

Dès que j'en ai l'opportunité, j'aime aller m'y ressourcer auprès de maîtres-tambours traditionnels. La musique fait partie du quotidien des Cubains. C'est une approche différente. ça permet aussi de prendre un peu de recul et à garder les pieds sur terre, dans un métier où tout peut partir très vite. Il ne faut pas se laisser emporter par le tourbillon…

A l'issue de vos études au conservatoire, vous avez eu la chance de jouer pour Zap Mama.

C'était un honneur de travailler avec elle pendant environ un an et demi, en tant que choriste et percussionniste. Cela m'a amenée à vivre un peu en Belgique et de beaucoup voyager. Une super expérience ! 

Depuis 2010, vous êtes établie à Paris où vous menez plusieurs projets de front. 

Je suis par exemple, depuis trois ans, l'interprète féminine du groupe de salsa Bailongo, qui projette d'ailleurs la sortie d'un album. J'y ai appris tous les codes de la musique cubaine et portoricaine. Je collabore aussi avec la Franco-Brésilienne Agathe Iracema, Gérald Toto ou encore la pianiste chanteuse Raphaële Atlan, avec laquelle nous venons de terminer son deuxième album il y a un mois. Depuis fin 2013, j'ai aussi accompagné sur plusieurs tournées à l'étranger la chanteuse malienne Fatoumata Diawara.

(Photo : Pauline Pénicaud)

Comment s'est constitué votre groupe ?

Lors de mes études à Bordeaux, j'avais rencontré dans un jazz-club deux de mes musiciens, le saxophoniste Lucas Saint-Cricq et le bassiste Ouriel Ellert, aussi issus du Ciam, Nous avons continué à travailler ensemble une fois établis dans la capitale. Notre groupe est à géométrie variable; nous avons été jusqu'à six sur scène. Aujourd'hui, nous nous produisons le plus souvent en quartet, avec le guitariste Anthony Jambon ou le pianiste Emmanuel Guerrero. C'est ce dernier qui nous accompagnera samedi à Guilers.

Vous avez beaucoup tourné à l'étranger en quelques années…

Nous avons joué au Maroc, en Norvège, en Chine, au Canada et au Mexique. Cette année, nous irons au Pérou en juin et de nouveau à Montréal en août et en Chine à la rentrée. Lors de notre premier concert en Chine, l'accueil a été incroyable; nous y avons été hyper bien reçus. Je n'avais jamais vu ça, sauf peut-être en Amérique latine, où le public nous accompagnait du début à la fin sur les chansons en espagnol. 

Votre musique rentre difficilement dans une case. Vous l'a-t-on parfois reproché ?

La critique prend souvent la forme d'une boutade : "Tu fais quoi en fait ?". Mon projet musical est à mon image. J'ai vécu sur plusieurs continents et me passionne pour l'Afrique ou Cuba. Rien d'étonnant à ce que j'en sois venue à créer une musique métissée. Mes influences sont diverses et je les assume pleinement. Je suis convaincue qu'on peut y trouver une cohérence. Notre travail, avec les musiciens du groupe, est de rendre tout ça lisible et fluide. C'est vrai que notre premier album n'est pas facile à étiqueter; mais on y voyage beaucoup  !

Travaillez-vous déjà sur un nouvel album ?

Même si nous prenons notre temps, nous avons en effet débuté la préprod du prochain disque qui devrait sortir début 2015. Notre démarche, cette fois-ci, sera plus acoustique, sans doute aussi plus homogène, même si plusieurs influences seront toujours perceptibles. Parallèlement, pour affiner notre projet, nous allons effectuer deux résidences, l'une au Blanc-Mesnil et l'autre au Centre Barbara, à Paris.

(Photo : Pauline Pénicaud)

A quoi pouvons-nous nous attendre samedi, à Guilers ?

Samedi, nous présenterons les morceaux de notre premier album, "Rise your soul" (sorti en 2012), qui fonctionnent bien et que nous avons toujours beaucoup de plaisir à jouer. Nous donnerons aussi un avant-goût de nos nouvelles compos toutes fraîches. Nous interpréterons quelques oeuvres du répertoire cubain et peut-être même un morceau en commun avec le groupe RaiZ Trio, avec qui nous partageons l'affiche.

Pratique

Samedi 22 mars, à 20 h, à l'Agora. Tarifs : 10 ou 12 €. Première partie assurée par RaiZ Trio. Réservations à la mairie de Guilers, tél. 02.98.07.61.52.

Pour en savoir plus

Le site officiel de Natascha Rogers

Discographie 

L'album "Rise your soul" (2012)

Disponible sur Itunes


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