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[Critique] : METAL : VOYAGE AU COEUR DE LA BÊTE

Par Onrembobine @OnRembobinefr

[Critique] : METAL : VOYAGE AU COEUR DE LA BÊTE

[Critique] : METAL : VOYAGE AU COEUR DE LA BÊTE

Titre original : Metal: A Headbanger’s Journey

Note:

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Origine : Canada
Réalisation : Sam Dunn
Distribution : Sam Dunn, Tony Iommi, Tom Araya, Kerry King, Alice Cooper, Bruce Dickinson, Lemmy Kilmister, Randy Blythe, Ronnie James Dio, Gaahl, Tom Morello, Corey Taylor, Rob Zombie, Angela Gossouw, Dee Snider, Alex Webster, Robert Walser, Deena Weinstein, Pamela Des Barres….
Genre : Documentaire
Date de sortie : 19 septembre 2006 (DVD)

Le Pitch :
Sam Dunn est documentariste, anthropologue et métalleux. Après divers sujets d’études, il décide d’en réaliser une sur le metal, musique qui a des millions de fans à travers le monde. Pour répondre à sa thèse, qui pose la question des raisons pour lesquelles le metal est victime de rejet et de stéréotypes depuis sa création, Dunn va faire un grand voyage. Le voyage d’un headbanger…

La Critique :
Un tel documentaire sur le metal fait vraiment plaisir. Il faut dire qu’à part Lemmy sur Lemmy Kilmister de Motörhead, le très drôle Anvil : the story of Anvil, et Mission to Lars ou encore le faux documentaire This Is Spinal Tap, ils sont très rares les documentaires (et encore plus les reportages) qui ne parlent pas de cette musique sans enfiler les clichés comme des perles, sans sensationnalisme et sans insulter les groupes et le public metal. Et je ne parle même pas de la France, où à part le gentillet Hellfest : le Metal expliqué à ma mère, le reste relève d’une vaste arnaque. De « l’armée de culs » des mecs qui montrent leur face cachée de la lune aux caméras de Canal + aux « zombies gothiques, dépressifs, crades, ados boutonneux et ados attardés, satanistes, alcooliques et drogués » et, pourquoi pas tant qu’on y est, qui sacrifient des chèvres au clair de lune comme le caricaturent les reportages télévisés insultants (comme le diffamatoire et mensonger réalisé par M6), on ne peut pas dire que le métalleux (ou metalhead, headbanger) soit en odeur de sainteté auprès des caméras. Une situation qui s’avère extrêmement vexante, même si les métalleux (et je m’inclus, moi, fan de metal depuis mes 7 ans) ont un sens très poussé de l’autodérision. Alors quand, alors que je rédigeais un essai pour l’université autour de « l’évolution de la perception de la musique, des groupes et du public metal », j’ai découvert ce documentaire, c’est un grand sentiment de soulagement que j’ai eu. Et c’est là toute la force de Metal, voyage au cœur de la bête (au passage, si le titre original respecte très bien l’esprit du documentaire, le titre français, en revanche, est franchement caricatural), un réalisateur qui ne juge pas. C’est qui fait la différence entre un doc réalisé par un ignare et un réalisé par un passionné. De plus, il est structuré comme une thèse, cohérent et s’appuyant sur des thèmes précis.
Pour illustrer ces thèmes, Sam Dunn effectuera un voyage en Grande-Bretagne, en Norvège, en Allemagne ou encore à travers les États-Unis. Tous les thèmes qui cristallisent les réactions sont abordés. Débutant par un cours d’histoire (l’histoire du metal est très complexe et beaucoup d’interprétations ont été faites), Sam Dunn va à la rencontre de Dieu le père Tony Iommi, guitariste génial de Black Sabbath, qui a créé en 1970 un genre de musique nouveau, notamment grâce à l’utilisation d’un « accord » banni depuis le Moyen-Age (le triton) car, selon l’Église, elle servait à invoquer le Démon. Une note appelée Diabolus In Musica qu’on entend à la guitare dans l’album Black Sabbath du groupe éponyme et sur le morceau qui donna son nom au groupe. Les différents protagonistes interrogés sur le sujet expliquent d’ailleurs le côté historique de cette note, qui est devenu une des marques de fabrique du metal. La partie historique emmène d’ailleurs Dunn à interviewer son groupe fétiche, Iron Maiden, en la personne Bruce Dickinson qui explique son rapport très particulier à la scène.

Les autres thématiques iront de la place des femmes à des thèmes sensibles comme la violence ou encore la religion. Ce dernier thème en particulier expliquera les premières références satanistes du metal. Le satanisme utilisé davantage par provocation ou pour le folklore du groupe anglais Venom ou Slayer (Tom Arraya expliquera ses racines catholiques, tout comme Ronnie James Dio – des groupes Black Sabbath et Dio – créateur du signe des cornes, signe de ralliement des metalleux) ou encore celui plus sérieux de certains groupes de black metal norvégien. Pour ce dernier mouvement, Dunn interroge autant l’inquiétant Gaahl de Gorgoroth que Rolf Rasmussen, pasteur dont l’église a été incendiée par Varg Vikernes (leader de Burzum qui a défrayé la chronique en incendiant des églises et en tuant le musicien Euronymous du groupe Mayhem). Car oui, lors de l’éclosion de la scène black metal en Norvège, certains qui ont pris le truc trop au sérieux ont salement déconné, et c’est à cause de cela, en partie, que le genre est encore caricaturé. Or, comme le dit judicieusement Dunn, la communauté, en majorité, s’est désolidarisée de ces actes. Pour le sujet de la place des femmes, Dunn interrogera, en plus de groupes féminins comme Girlschool, la chanteuse Angela Gossouw du groupe Arch Enemy, la célèbre groupie Pamela Des Barres qui eut des relations avec des musiciens rock, hard rock et metal. On aura aussi droit aux anecdotes croustillantes de Lemmy, ou à l’œil éclairé de la sociologue Deena Weinstein. L’autre force d’ailleurs de Metal, Voyage au cœur de la bête est de faire parler également d’autres acteurs comme Weinstein ou le musicologue Robert Walser, tous deux premiers académiciens à avoir rédigés des thèses sur le metal qui n’étaient pas à charge contre ce mouvement, et qui ont inscrit la musique metal comme style de vie à part entière.
Durant le documentaire, on aura droit à des séquences cultes, comme l’interview, au Wacken (plus grand festival dédié au genre dans le monde, situé en Allemagne) de musiciens de Mayhem fin bourrés, à des séquences d’archives comme la confrontation entre Dee Snider du groupe de glam metal/hard rock/heavy metal Twisted Sisters aux Parents Music Resource Center (collectif créé par Tipper Gore, à l’origine du sticker Parental Advisory) au sujet d’une chanson du groupe jugée obscène, ou encore à des déclarations hilarantes d’Alice Cooper au sujet du black metal.

Metal, voyage au cœur de la Bête est le documentaire qui manquait au metal et rend justice aux headbangers. Interrogeant musiciens, producteurs, académiciens, mais aussi fans aussi variés qu’une jeune gothique ou un fonctionnaire trentenaire fan de thrash metal, le documentaire couvre des thèmes variés tout en étant concis et efficace. Le réalisateur tournera d’autres documentaires sur le sujet, et réalisera les films de tournées des groupes Rush ou encore Iron Maiden. Il signe ici un véritable hommage à une culture qui a tellement été trainée dans la boue qu’on ne peut que le remercier. Alors Mr Dunn, je vous le dis du fond du cœur, un grand merci.

@ Nicolas Cambon

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