Magazine Animaux

Apologie du carnivore

Par Baudouindementen @BuvetteAlpages

"Assumer son rôle de prédateur revient à reconnaître que son existence dépend de celle des autres et que celle des autres peut dépendre de la sienne propre"

Un livre de Dominique Lestel

Présentation de l’éditeur

Vous aimez manger de la viande et vous en avez assez de vous entendre accuser par les végétariens de mépriser les animaux? Ce livre est fait pour vous.
Dans cet essai mordant, Dominique Lestel pousse le raisonnement des végétariens « éthiques » à l’extrême. Loin de remettre en cause l’empathie pour l’animal, essentielle à notre humanité même, il montre que le carnivore est en fait plus proche de l’animal qu’aucun végétarien ne le sera jamais. Pourquoi ? Parce qu’en mangeant de la viande il assume sa propre nature animale, quand le végétarien manifeste, lui, le désir de supprimer l’animalité et de réactiver le statut d’exception accordé à l’humain.
Cet éloge du carnivore à contre-courant du discours dominant n’empêche pas le philosophe de reconnaître l’urgence éthique d’aujourd’hui : ce n’est pas l’abolition de la consommation de viande qu’il faut obtenir, mais celle des élevages industriels intensifs, véritable ignominie des temps modernes. Et il appelle végétariens et carnivores à s’unir dans ce combat.
Dominique Lestel construit depuis plus de quinze ans une anthropologie philosophique écologique qui pense l’homme au milieu des autres êtres vivants et non contre eux. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont Les Origines animales de la culture (Flammarion, 2001), L’Animal singulier (Seuil, 2004), L’animal est l’avenir de l’homme (Fayard, 2010) et, avec T. Bardini, Voyage au bout de l’espèce (Dis voir, 2010).

Extraits choisis

“Il importe donc de renverser l’exigencence éthique végétarienne en montrant que c’est plutôt le fait de manger de la viande qui est un devoir éthique. Appelons cela l’impératif carnivore. Manger de la viande peut en effet être considéré comme un devoir éthique pour l’Occidental, car c’est un acte qui le restaure dans son animalité. Le végétarien qui s’oppose à toute alimentation carnée veut au contraire abolir l’homme et l’animalité au nom d’une présentation très idéalisée de l’animal. “(…)
Accepter de manger de la viande, c’est assumer le fait qu’il n’y a pas de “déjeuner gratuit” en ce bas monde. Qu’être vivant consiste à recevoir et à donner joie et souffrance. Qu’être vivant signifie être irrité par les autres êtres vivants, et les irriter en retour. Croire que l’on peut vivre et occuper le position d’innocence est un pur fantasme. Manger de la viande doit être vu au contraire comme une façon de réaffirmer son animalité à travers ce qui nous constitue fondamentament comme animaux. L’homme est en effet un omnivore qui mange de la viande. Cette diète n’est pas seulement nutritionnelle, elle est aussi métaphysique, spirituelle et éthique.
Le carnivore, en revanche, peut limiter sa consommation carnée. Il peut en outre revendiquer une plus grande proximité avec l’animal parce que,  au lieu de borner son ambition à vouloir vivre en paix avec lui, il veut se mélanger avec lui.”     (…)
“ Je ne prétends pas que la nature nous pousse à tuer,  mais que la prédation occupe une place centrale dans la dynamique du monde depuis que les carnivores existent, et que l’on peut diffillement considérer le quotidien de tant d’êtres vivants comme une perversion, à moins de tenir pour acquis que l’homme peut être moral contre la nature. “ (…)

"De ce qui précède, nous devons conclure que le végétarien éthique est un humain qui hait la nature telle qu’elle est et qui lui préfère une nature telle qu’il l’imagine.” (…)

Critique

par Baudouin de Menten

Etal de boucherie
Un livre à contre-courant de l’air du temps, certainement provocateur, mais qui a le mérite d'éclairer les différentes tendances des rapports de l’homme à la nature. Cette provocation, Nicole Huybens la nomme pour les partisans de la vision écocentrique (celle de l'auteur) "la désobéissance civile": instaurer un rapport de pouvoir à l’intérieur duquel les écocentriques exercent une pression suffisante pour faire valoir leur vision, sans violence.
L’auteur met le doigt sur les contradictions internes de la tendance “biocentrique” et égratigne à loisir les partisants de la tendance anthropocentrique : “De façon générale, le végétarien éthique, tout comme l’humaniste, adopte une posture d’une insupportable arrogance, en évaluant moralement ce que doit être la bvie et comment doivent se comporter les êtres vibvants, se plaçant au dessus d’eux.”
Dans la section “Manger juste”, Dominique Lestel évoque la vision des indiens Algonquins du Canada qui représente pour lui “une piste particulièrement riche pour penser cette question” : “Le problème n’est pas de tuer un animal, mais de savoir comment on le tue, pourquoi on le tue et ce qu’on fait ensuite de son cadavre. Tuer un animal pour se nourrir est acceptable, à condition toutefois que la mise à mort entraîne pour lui le minimum de souffrance possible." 

Les indiens estiment qu’il est nécessaire de s’engager dans un principe de réciprocité : l’homme acquiert une dette envers l’animal, doit éviter le gaspillage. “A contriario, tuer un animal pour se distraire ou pour s’en débarasser est inacceptable”, évoquant ainsi la corrida et la chasse bien que pour lui, la chasse possède une double face :“plus qu’à une simple quête de gibier, chasser correspond à une tentative pour comprendre les animaux chassés, et pour renouveler et étendre la conscience que nous avons de notre intense proximioté avec les autres animaux”. Mais le chasseur photographique ne parvient-il pas aussi à comprendre les animaux qu’il doit approcher? Son avantage à lui, c’est qu’il pourra les revoir à nouveau, contrairement au chasseur qui devra en trouver un autre, que son voisin n’aura pas encore tué, s'il en reste...
Pour l’auteur, assumer son rôle de prédateur revient à reconnaître que son existence dépend de celle des autres et que celle des autres peut dépendre de la sienne propre, et que donc l’homme peut être une proie et une nouriture pour d’autres prédateurs. Assumer son rôle de prédateur c’est adopter une posture d’humilité face au végétarien, qui prétend se situer au-dessus de l’animalité à laquelle il appartient pourtant. Cela, de la même manière que l’humaniste anthropocentrique qui se situe au dessus de la nature, qui domine, exploite, et utilise la nature à son profit.
La vision de Dominique Lestel s’inscrit dans ce que Nicole Huybens appelle l’HOMNATURE quand elle décrit la vision écocentrique qui “fait de la nature un tout dans lequel l’humain est un élément parmi les autres.”  (lire ici)
Après avoir évoqué également la souffrance de la carotte, Dominique Lestel se demande, en guise de dessert, si la posture du végétarien politique ne doit pas s’imposer comme une nécessité vitale : manger moins de viande, faire des repas carnés seulement occasionnellement et devenir rituellement carnivore en remerciant l’animal de ce prêt, en reconnaissant notre dette envers lui.

Je regrette que l'auteur n'aborde pas les faiblesses de la vision écocentrique évoquée par Nicole Huybens : "son côté anachronique dans une société scientifique, technique, de droit et où les lois de la nature sont transgressées tous les jours (agriculture, médecine, métallurgie, génie génétique…) depuis des millénaires et pas toujours pour le pire..."


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