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Jean Dewasne : la traversée de l’abstraction en solitaire

Publié le 22 mars 2014 par Pantalaskas @chapeau_noir

La longue marche

affiche dewasne
Après la disparition du peintre en 1999, l'oeuvre de Jean Dewasne connaît cette année une remise au premier plan spectaculaire.  C'est, en effet, une longue marche qui s'engage aujourd'hui  au musée départemental Matisse au Cateau-Cambrésis : "Jean Dewasne, la couleur construite" marque le point de départ de cet itinéraire qui se poursuivra au musée des Beaux-arts de Cambrai avec "Dewasne, vers une peinture plane, 1939 - 1989 " puis au LAAC de Dunkerque avec "La  donation Dewasne". C'est dire l'importance de ce triptyque pour revisiter l’œuvre du peintre.
En 1950, alors que Jean Dewasne  poursuit la tâche exaltante de créer un langage plastique neuf, sa volonté d'obtenir une technique proche de  l'industrie l'amène à s’éloigner des  habitudes de la peinture traditionnelle et à choisir des matériaux nouveaux (peintures glycérophtaliques, laques, émail à froid, Ripolin) et des supports inhabituels (contreplaqué, métal). Ultime point de rupture, il  utilise la peinture au pistolet  ce qui fait de lui un précurseur sur ce plan technique. Il vient même l’année précédente de théoriser  son orientation dans le  « Traité de la peinture plane » .

Jean Dewasne, La Longue Marche, 1969

Jean Dewasne, La Longue Marche, 1969

L'homme que je rencontrai il y a une quarantaine d'années, cachait derrière une voix douce et lente une détermination qui s'était déjà fortement vérifiée dans le monde de l'art. Nullement prêt aux compromis ni aux compromissions, il avait déjà rompu avec le salon des Réalités Nouvelles ( dont il contribua à organiser la première édition en 1946 ) dans une lettre où il assénait :
« Le dit salon a été crée pour défendre l’art abstrait mais non pour défendre des conceptions idéalistes ou spiritualistes contre des conceptions matérialistes, ni des théories esthétiques comme celle de l’art pour l’art à l’exclusion de tout autre ; et réciproquement d’ailleurs. Je ne puis accepter cette réduction de ma liberté de pensée au sein de notre association ainsi que celle d’autres membres de la société. »
Si son œuvre est associée à l'abstraction géométrique, je garde de son témoignage personnel qu'il préférait évoquer une "abstraction précise" davantage qu'une abstraction géométrique. Il suffit d'ailleurs d'observer ses tableaux pour vérifier que les formes strictement géométriques sont très rarement présentes.

L'Atelier d' art abstrait

Jean Dewasne dans son atelier parisien en 1995

Jean Dewasne dans son atelier parisien en 1995

Edgard Pillet secrétaire général de la revue Art d'aujourd'hui, et Jean Dewasne fondent en 1950 l'Atelier d' art abstrait au 14 rue de la Grande Chaumière à Montparnasse. Au sortir de la guerre, les anciens combattants américains disposent de bourses pour venir étudier en Europe. Certains utilisent ces aides pour bénéficier de formations sur l’art. L’atelier d’art abstrait les attire et connaît un rayonnement international: conférences techniques et philosophiques auxquels les acteurs du monde de l’art participent. On organise des visites d’atelier, des discussions sur le travail des élèves. Ensemble, ils forment un grand nombre d’artistes et intellectuels venus du monde entier, principalement d’Amérique latine et des pays scandinaves.

Une traversée en  solitaire

Malgré cet engagement collectif, l’œuvre personnelle de Jean Dewasne échappe aux catégories de l'abstraction, notamment à celle de l'abstraction géométrique directement issue de "Cercle et Carré", pour approfondir une recherche qui ne peut être assimilée à celles des autres peintres de son époque. Aurélie Nemours, Luc Peire, Gottfried Honegger notamment tendent vers une abstraction dont l'exigence peut être vue, pour Dewasne, comme une intransigeance dans laquelle il ne se reconnaît pas. D'autres, comme Agam ou Vasarely  s'orientent vers un art optique qui ne lui ressemble pas. Jean Dewasne tient à sa liberté dans cette recherche d'une abstraction certes construite mais hors de ces courants dominants. Son périple dans l'abstraction de son temps restera comme une traversée en solitaire.

Photo:  La Longue marche :Musée départemental Matisse
Portrait Dewasne:   Encyclopédie audiovisuelle de l'art contemrporain

"Jean Dewasne, la couleur construite"

22 mars - 9 juin 2014
Musée départemental Matisse
Palais Fenelon
Place du Commandant Richez
59360 Le Cateau-Cambresis


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