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[Critique] GLOBAL METAL

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] GLOBAL METAL

Titre original : Global Metal

Note:

★
★
★
★
☆

Origine : Canada
Réalisation : Sam Dunn et Scot McFadyen
Distribution : Sam Dunn, Max Cavalera, Raphaël Bittencourt, Bruce Dickinson, Adrian Smith & Dave Murray, Tom Araya & Kerry King, Lars Ulrich, Marty Friedman, Barney Greenway, Kobi Farhi, Barney Ribeiro, Yoshiki Hayashi, Sahil Makhija, Kaiser Kuo, Ombat Nasution, Carlos Lopes…
Genre : Documentaire/Musique
Date de sortie : 21 juillet 2009 (DTV)

Le Pitch :
Après avoir réalisé Metal : Voyage au cœur de la bête, Sam Dunn a reçu des témoignages de sympathies et des remerciements de headbangers du monde entier. L’exotisme de certains endroits d’où proviennent les lettres lui donne alors l’idée de réaliser un nouveau documentaire. Son sujet d’études cette fois : dans le contexte de la mondialisation culturelle, où en est celle du metal ? Est-ce une scène vraiment présente partout ? Pour ce faire, il emmène son équipe jusque dans des endroits où l’on ne soupçonnait pas la présence de ce mouvement. 7 pays, 3 continents, 1 tribu…

La Critique :
Global Metal commence exactement là où Metal : Voyage au cœur de la bête s’arrête, à savoir au Wacken Open Air Festival (LE plus grand festival au monde du genre) avec une scène de liesse dans la fosse. Choix cohérent que cette scène, car la communauté est ce qui est cœur même de cette suite. Qu’importe le pays d’où tu viens, ta religion, ta couleur, ce qui compte c’est que tu écoutes du metal. Ce mouvement s’est mondialisé, comme l’ensemble de la culture, et c’est ce qui est mis en lumière ici. Au lieu d’être découpé en thèmes comme son génial prédécesseur, ce doc sera découpé en régions du globe, pour mieux en souligner les particularités.
La première escale a lieu Brésil, un pays certes plutôt connu du grand public pour son carnaval, son côté festif, son foot roi, ses charmantes demoiselles en string sur les plages magnifiques et la samba. Néanmoins, ses groupes phares de metal ont tous fait leur preuves et sont devenus même des pièces maitresses du mouvement, que ce soit Sepultura, Soulfly ou Angra, sans compter les concerts géants comme ceux d’Iron Maiden. Un pays pas si exotique que ça donc, dont l’objet d’études sera plutôt de comprendre les raisons pour lesquelles le metal y est devenu si important. Les témoignages de Raphaël Bittencourt (Angra) et de Carlos Lopes (Dorsal Atlantica) expliquent les difficultés, voire la quasi-clandestinité au début de cette scène alors que le Brésil était sous dictature. C’est en 1985, quand la démocratie est arrivée que le metal a vraiment pu exploser, avec pour point de départ le festival immense Rock In Rio, devenu ce que Lopes qualifiera de « BO du moment où le Brésil est devenu un pays nouveau et libre ». Ce côté revendicatif est très bien expliqué par Max Cavalera, figure emblématique du metal brésilien et connu pour ses textes très engagés que ce soit pour Sepultura ou après, pour Soulfly. Premier groupe à marier musique traditionnelle et metal, Sepultura est devenu le porte étendard de la scène brésilienne.

Le Japon (seconde étape), est déjà plus confidentiel en matière de metal. Une scène plus connue pour des gros concerts de groupes étrangers et pour des sous-genres surtout connus par des fans du Japon, comme le Visual Kei. Dunn s’intéresse à ce qui arrive quand l’esprit rebelle du metal se mélange à la culture sociale japonaise, réputée plus conformiste. Une question qui l’emmène à interroger le groupe Slayer après un concert dans un cinéma. Il interroge également des fans pour connaitre leur ressenti quand ils écoutent du metal, ainsi que des universitaires… Il pose également la question des origines du metal au pays du soleil levant, des origines qui remontent à des concerts de hard rock légendaires de groupes comme Deep Purple ou Kiss. L’univers esthétique de ces derniers rappellera aux japonais certains éléments de leur propre culture. Certains musiciens étrangers y sont d’ailleurs devenus célèbres, comme Marty Friedman, ancien guitariste de Megadeth qui a choisi de s’implanter là-bas.

Dunn ira ensuite dans des pays beaucoup plus exotiques « métalliquement » parlant, comme l’Inde ou la Chine. Si la scène Indienne en est à ses balbutiements et si les concerts y sont confidentiels, la Chine a connu un groupe de renommée, à savoir Tang Dynasty. Cependant, dans ce dernier pays, la culture metal rencontre une certaine incompréhension de la part d’une société où les traditions sont très fortes. Le metal y a servi d’exutoire pour une jeunesse en quête de liberté d’expression. Les étapes suivantes auront lieu dans des pays où la société est extrêmement conservatrice et la religion omniprésente, en premier lieu l’Indonésie. Dans ce premier pays, la question concernera les rapports entre le metal et les problèmes sociaux, ainsi que les rapports vis-à-vis de la religion. Outre les concerts de groupes étrangers comme Metallica, le metal est représenté par une scène underground très engagée politiquement. Les interviews les plus marquantes de ce chapitre seront celles d’Ombat Nasution, leader de Tengkorak (groupe metal le plus populaire d’Indonésie et dont certaines chansons anti-Israël rencontrent un certain succès auprès des métalleux locaux) ou encore de certains fans qui montrent qu’on peut tout à fait concilier une pratique religieuse fervente et un amour pour cette musique, pourtant pas forcément encline à des paroles pro-religion.

L’étape en Israël inscrit le métal dans des problématiques géopolitiques complexes, illustrées par l’interview de Kobi Farhi du groupe Orphaned Land, groupe israélien de folk metal (le folk metal étant un alliage de metal et de musique folklorique locale d’un pays) qui, à son échelle, œuvre pour le rapprochement des peuples israéliens et palestiniens (ce qui leur vaudra, deux années de suite, de faire l’objet d’une pétition, de la part de fans, demandant qu’on leur attribue le Prix Nobel de la Paix). On entendra également le point de vue de la part de musiciens sur la chanson controversée Angel Of Death de Slayer (qui n’est pas du tout vue comme une apologie de crimes de guerre, contrairement à d’autres pays où la chanson a fait polémique, mais comme un réquisitoire) ou encore sur les chansons de Varg Vikernes. L’étape à Dubai permettra à Dunn de rencontrer des groupes de metal de divers pays (Iran, Arabie Saoudite, Liban…) et de comprendre l’énorme difficulté pour les métalleux dans des pays ultraconservateurs. Des pays où des métalleux sont arrêtés car soupçonnés de satanisme ou tout simplement parce que le metal est assimilé à l’Occident. Encore récemment, des métalleux ont été arrêtés et les instances religieuses ont réclamé leur décapitation. À Dubai, ville plus ouverte à l’Occident, les metalleux peuvent se retrouver et apprécier leur musique plus librement.

Global Metal nécessitait cette analyse plus poussée afin de comprendre combien, suivant le pays, le metal y est approché si différemment par ses fans. On regrettera peut-être certaines longueurs. Étant donné que le film est coupé, non par sujets mais par pays, il en est plus lent, plus bavard. Compte tenu de certaines conditions de tournage, la qualité de la lumière et du son s’en ressent parfois. Il n’y a pas autant de séquences cultes que dans le prédécesseur. Néanmoins, l’autre approche sociologique de ce documentaire complète parfaitement celle de Metal : Voyage au coeur de la bête. Après l’avoir situé dans son histoire et détruit les clichés que le metal connaissait, ce dernier est cette fois situé dans sa géographie. Un constat est fait : nous, métalleux, formons une seule et unique communauté. Non, le metal n’est pas blanc et Européen ou Américain. Le Metal n’a ni frontières, ni barrières et tant qu’il existera des éléments externes qui tenteront de l’empêcher d’exister, le metal n’aura plus que jamais raison d’être. Merci Mr Dunn encore une fois pour avoir rendu hommage à cette communauté. Les guitares saturées ne connaissent pas de langues, de religions, de couleurs, de continents car dès les premières notes, la foule se compacte.

@ Nicolas Cambon

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