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Petites soeurs de Jésus : Contes touaregs de l'Aïr

Publié le 26 mars 2014 par Yasida @rhissarhossey

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Contes touaregs de l'Aïr

Les petites soeurs de Jésus

Les vingt-deux contes présentés ici en langue tamasheq et en traduction française (mot-à-mot et traduction littéraire) ont été recueillis de 1963 a 1969 auprès d'informateurs touaregs originaires de l'Air. lis constituent un document sur le parler tamasheq de cette région, dont peu de textes ont été publiés, et ont servi de base à l'esquisse descriptive qu'en donne le Professeur Galand dans son Introduction. Ils apportent d'autre part une contribution à la connaissance de la littérature orale des Touaregs. On retrouve dans ces textes des contes d'animaux répandus dans toute l'Afrique Occidentale, et des contes facétieux, sortes de petites comédies de moeurs caractéristiques de cette littérature. On remarquera l'absence de contes merveilleux.

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Contes d'animaux

L'hyène rayée et le lièvre

Une hyène avait un terrier dans lequel elle avait mis ses petits. Chaque jour lorsqu'il commençait à faire jour, à l'aube elle allait à la chasse et rapportait quelque chose. Quoi que ce soit qu'elle avait tué, elle le leur rapportait pour qu'ils le mangent.

II en fut ainsi jusqu'au jour qui arriva.

Ce jour-là, vint un lièvre qui trouva les petits seuls. Leur mère n'était pas là. Lorsqu'il fut entré, ils lui dirent:

« Hôte, d'où es-tu ?»

II leur répondit:

« Moi, ce n'est pas un hôte que je suis, je suis votre frère aîné âgé ».

« Quel est ton nom ? ».

II leur répondit : « Moi, mon nom c'est  " Vous tous " ».

Ils restèrent là. Au bout d'un moment vint l'hyène, elle avait apporté de la nourriture.

L'hyène, elle, auparavant, lorsqu'elle leur apportait la nourriture, elle ne leur disait rien, elle ne faisait que la leur tendre.

« Pour qui est-ce ? »

« Mangez vous tous ».

Elle repartait sans les voir.

Ce jour-là, lorsqu'elle fut venue, ils tenaient la nourriture et ils la questionnaient :

« Pour qui est la nourriture ? ».

Elle leur dit : « C'est celle de vous tous ».

Ils la prirent, ils la donnèrent au lièvre. Le lièvre mangea sa chose, il ne dit rien. Eux de leur côté ne dirent rien. Ils restèrent ainsi. L'hyène retourna à une de ses chasses. Après un certain temps, elle revint.  Lorsqu'elle revint, elle apporta encore une certaine nourriture. Quand elle apporta la nourriture, elle ne fit que la leur tendre :

« Pour qui est la nourriture ? »

« Pour vous tous ».

Ils la prirent, ils la donnèrent au lièvre. Le lièvre mangea son affaire, il ne s'occupa pas d'eux. II en fut ainsi pendant longtemps, jusqu'è ce jour. Elle tend la nourriture. Ils la questionnent :

« Pour qui est la nourriture ? »

« Pour vous tous ».

Elle s'en va à côté, un peu plus loin, et elle y reste un moment. Elle reste là jusqu'à ce que la nourriture soit mangée. Elle leur dit alors :

« Sortez donc que je vous voie ».
Ils lui répondent: « Nous ne le pouvons pas ».

« Qu'est-ce qui vous arrive ?»

Ils lui répondent : « Nous avons faim ».
« Ça non ! leur dit-elle, moi-même je sais que je vous ai bien entretenus. Qu'est-ce qui vous arrive ? Ce que je rapportais de la brousse,  je vous l'apportais tout ».
Ils lui dirent : « Le lièvre est venu chez nous il y a quelques jours. II nous a dit vraiment que son nom est  " Vous tous " ».
Toi de ton côté en effet, quand tu apportais la nourriture et que nous te questionnions,  tu disais :  « La nourriture est pour  " vous tous " . Nous l'avons prise et nous la lui avons donnée. II a mangé son affaire et il nous a laissés ».
«  A la bonne heure ! leur dit-elle, où est-il ? »
Ils lui répondirent: « Le voici ».
Elle dit : « Sors ici, monsieur qui t'appelle " Vous tous " ».
II lui dit : « Attends un moment, je vais sortir, attends que je prépare mes affaires ».

Puis il lui dit : « Attrape mes sandales » , il lui tend alors ses oreilles.
L'hyène croit que ce sont vraiment les sandales.
Elle attrape les oreilles et elle les jeta au loin, elles s'en vont en compagnie de leur maître.
Le lièvre, lorsqu'il se trouva à l'air libre, se mit à détaler.. L'hyène le laissa, elle gardait l'entrée du terrier.
Ses petits lui dirent : « Cesse de le chercher ici, tu l'as sorti, cesse de questionner à son sujet, tu l'as jeté dehors, il est parti avec ses sandales.
II t'a menti, cette chose-là, ce n'était pas des sandales, c'était ses oreilles ! »
Maintenant l'hyène parcourt le pays en tous sens, elle cherche le lièvre. Le lièvre, lui, est parti, il continue toujours de détaler.


Le conte finit ici. L'ont chassé Fatimata et Mokhammed.

Donné par Mokhammed Ag Ghaki

Niamey, 1963

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Dessin Michel Vallet

Contes facétieux

Lequel est le plus honnête ?

On dit qu'il y a deux personnes. De ces deux personnes-là, les gens cherchent à savoir laquelle est la plus honnête.

Ce sont deux amis, l'un est à Agadez, l'autre est à Tighazarin.

Bon. Celui de Tighazarin, ce jour-là, dit qu'il voulait aller à Agadez pour voir son ami.

Comme il se trouve qu'à Agadez, on y fait des affaires, il prit 25.000 francs.

II dit : « Attends que je les mette dans ma poche. Lorsque je serai arrivé à Agadez pour terminer mes affaires, je verrai en outre mon ami ».

II partit, il prit la route, il marcha jusqu'à ce qu'il approche de Ti-n-tabazgin dans un endroit solitaire.

II dit : « Ah mais ! je vais arriver à Agadez en ayant tous ces 25.000 francs, je vais tous les gaspiller inutilement.

Attends que je prenne ces 20.000 là, je vais m’écarter de la route, à un endroit où personne ne me voit, je ferai un trou, puis je les mettrai dedans, je les enterrerai, jusqu’à ce que je revienne ; je reprendrai mon argent ».

II partit. Personne ne le vit au bord du chemin ; à un endroit éloigné du chemin, il arrive là-bàs, il creuse un trou, il y met 20.000, il prend 5.000 et les met dans sa poche, il s'en va.

II va à Agadez, il va chez son ami.

Ça alors ! Son ami, lui aussi, ce jour-là, avait eu l'intention de partir, d'aller chez celui-là, de Tighazarin.

Lui aussi avait pris 25.000, il les avait mis dans sa poche, il avait dit que lorsqu'il arriverait à Tighazarin, il chercherait ce qui se vend dans cette région, en outre il verrait son ami.

Au bout d'un moment, comme vers Toudou, ils se rencontrèrent.

I lui dit: « Moi-même, c'est chez toi que j'allais ».

« Ah? dit-il, moi aussi c'est à Tighazarin que j'allais, je serais allè te voir là-bàs, mais maintenant puisque je suis en route, tu me rejoindras là-bas à Tighazarin ».

II lui dit: « Bon. D'accord ».

Celui-ci se remit en route. Celui-là entra en ville, ayant 5.000. Le premier emportait 25.000.

II prit le chemin, jusqu’à ce qu'il arrive en face de l'endroit où l'autre avait enterré son argent, ces 20.000 francs-là.

Lui aussi, l'idée lui vint que s'il arrivait à Tighazarin, il allait gaspiller son argent.

II s'écarta de la route. Dieu le conduisit à l'arbre auprès duquel l'autre avait auparavant enterré 20.000 francs. II arriva, il dit : « Attends que je fasse un trou, que je creuse et que je mette mes sous ».

II fit un trou. II était en train de creuser, quand, en creusant, il tomba sur les 20.000 francs.

II les vit. II prit ses 20.000 francs à lui, il les mit, puis il ferma, il partit, il vint vers Tighazarin.

Lorsqu'il arriva à Tighazarin, il passa là un certain temps. Celui qui était à Agadez, celui qui le premier avait enterré l'argent, llorsqu'il revint, lorsqu'il arriva, c'est 40.000 francs qu'il y avait là. II retira ses 20.000 à lui, il laissa 20.000, il les remit dans la terre.

II se remit en route, il arriva auprès de son ami, il ne lui dit pas : « Moi, j'ai vu de l'argent », rien du tout.

Celui-ci passa un certain temps, jusqu'à ce qu'il s'en retourne.

Lorsqu'il arriva là-bas, il n'y avait plus que 20.000 francs, seulement ceux qu'il avait mis, les autres n'y étaient plus, alors que lui, c'est 40.000 francs qu'il avait laissés là auparavant.

Alors, dit-on, de ceux-là, lequel est le plus honnête ?

Donné par Elkhaji Tambo.

Tighazerin, 1969.

Contes touareg du Massif de l'Aïr

1936_touareg__au_kaouar

 1936  touareg au kaouar


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