Magazine Cinéma

Beaune 2014, Jour 2

Publié le 05 avril 2014 par Boustoune

71

Chapitre 2 : Belfast and furious

Pour ma seconde enquête, le capitaine m’envoya étudier le cas de Yann Demange, un cinéaste franco-britannique suspecté d’être une sorte de dangereux terroriste, sans trop savoir de quel bord il était. Un membre de la branche armée de l’IRA? Un Protestant intégriste? Un Anglican totalitaire? Ou juste un cinéphile psychopathe?
Je me rendis une fois de plus au Cap Cinéma, dans la fameuse salle du Clos des Mouches, pour étudier son oeuvre, le dossier ‘71.
Je rédigeai le rapport suivant :

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’71 de Yann Demange

’71 désigne l’année 1971. Soit juste l’année d’avant le Bloody Sunday et le pic de violence du conflit nord-irlandais entre Catholiques et Protestants. Le film se déroule à cette époque. Il suit le parcours d’un jeune soldat anglais, Gary Hook, fraîchement sorti de l’école militaire. Pour sa première mission, ses supérieurs l’envoient à Belfast, dans une unité chargée de contrôler l’activité révolutionnaire des enclaves séparatistes catholiques. Son supérieur hiérarchique est à peine plus âgé que lui, et tout aussi inexpérimenté. Il emmène ses troupes sur le terrain sans les protections adéquates. Et bien sur, dès la première sortie, les choses dérapent. Une émeute éclate, occasionnant un déferlement de violence. Hook se retrouve pris au piège alors que son unité bat en retraite, sans lui. Le jeune soldat parvient à s’enfuir, mais il se retrouve seul, perdu dans les labyrinthes du quartier catholique de Belfast, pourchassé par les membres de l’IRA les plus virulents. Et il se retrouve également confronté à des enjeux qui le dépassent : des luttes d’influence touchant aussi bien les indépendantistes irlandais que les protestants de Belfast, qui considèrent aussi les anglais comme des intrus, mais aussi les manoeuvres de certains cercles de militaires, prêts à tout pour semer la zizanie dans ces quartiers sensibles.
La première partie du film est formidable. Dès les premières secondes, on se retrouve plongés dans un univers angoissant, brut et violent. Même les séquences où Hook profite de ses derniers instant de répit avant son départ pour l’Irlande semblent menaçantes, comme si un violent orage arrivait. La tension ne cesse de monter au fil des minutes et de l’avancée dans l’enclave catholique. D’abord, les soldats doivent essuyer des jets d’objets et d’urine de la part de gamins plus que turbulents. Puis des irlandaises au regard menaçant frappent les couvercles de poubelle sur le sol, invitant la population à venir se frotter aux soldats anglais. Et, peu à peu, le ton monte, jusqu’à l’explosion de la violence. Le spectateur est ensuite plongé dans une course-poursuite haletante, jusqu’à une scène-choc montrant la guerre dans toute sa barbarie et sa violence aveugle.
La suite, hélas, est plus classique. Mais l’ambiance reste assez lourde et le suspense fonctionne correctement. On ne sait jamais si les personnes que croise Gary en cours de route vont l’aider ou le trahir et l’issue de cette chasse à l’homme reste incertaine jusqu’au bout.
Porté par des acteurs excellents et par une mise en scène nerveuse – bien que donnant parfois un peu le tournis – ‘71 est une oeuvre d’une redoutable efficacité.

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Je bouclai mon analyse en confirmant que Yann Demange était bel et bien un terroriste, d’une certaine façon, puisqu’il avait réussi à à angoisser la salle complète pendant plus d’une heure et demie. Mais je demandai au Capitaine de faire preuve de la plus grande clémence vis-à-vis du jeune cinéaste. Car plus qu’un terroriste, le garçon était un humaniste, renvoyant dos à dos les belligérants pour s’intéresser avant tout aux innocentes victimes de ces luttes fratricides.
Il comprit tout à fait mon point de vue et décida de ne pas lancer de mandat d’arrêt contre lui.
De toute façon, d’autres affaires m’attendaient, plus étranges encore…

Blue ruin - 2


Chapitre 3 : L’Affaire de la voiture bleue


Quelques heures plus tard, le capitaine revint vers moi pour obtenir des précisions sur une vieille affaire sur laquelle j’avais travaillé, avec les polices de Cannes et de Deauville.
Lieutenant, je sais que vous avez travaillé sur l’affaire Blue Ruin. J’aimerais que vous me disiez si le dénommé Jeremy Saulnier fait l’apologie de la justice expéditive dans ce film…”
Je ressortis illico le dossier en question et relus mes notes :

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Blue Ruin de Jeremy Saulnier

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Dwight, le personnage principal du film de Jeremy Saulnier, est assez différent des personnages de polar habituels. Il s’agit d’un type en pleine déchéance. Un vagabond hirsute et crasseux qui vit dans sa vieille voiture bleue délabrée (la “blue ruin” du titre) en attendant on ne sait quoi. Le type se laisse vivre. Ou plutôt, il se laisse mourir à petit feu.
Ce qui est intéressant, c’est comment il en est arrivé là : il est devenu une loque quand ses parents ont été assassinés, quelques années plus tôt, se renfermant sur lui-même et préférant quitter la société dite civilisée. Et ce qui est encore plus intéressant, c’est de savoir ce qu’il va faire, maintenant que le meurtrier s’apprête à sortir de prison, pour bonne conduite.
En fait, contrairement à ce que l’on aurait pu prévoir, la réponse intervient très rapidement dans le récit. Dès qu’il apprend la nouvelle, Dwight se remet en mouvement. Il récupère une batterie et remet son épave en état de rouler, attend patiemment que le détenu sorte de prison, le suit jusqu’aux toilettes d’un bar routier miteux et l’égorge. Oeil pour oeil, dent pour dent…
Sauf qu’avec ce même principe, Dwight se retrouve à son tour pourchassé par la famille de sa victime. Et ceux-ci menacent même de s’attaquer à sa soeur, qui, elle, a continué à vivre une vie normale. A partir de là, il n’y a plus trop d’options possible : il s’agit de chasser ou d’être chassé, de tuer ou d’être tué.
Blue ruin oscille entre le film de vigilante et le survival, deux figures classiques du thriller. Mais Jeremy Saulnier n’utilise les codes de ces deux sous-genres que pour mieux égarer le spectateur, avant de faire glisser le film vers une sorte de tragédie grecque, axée autour des relations tendues entre deux clans, deux familles. Non, ce n’est pas, contrairement à ce qu’on a pu entendre, une bête apologie de la vengeance et de la justice expéditive. Le cinéaste ne cherche à aucun moment à rendre sympathiques ses personnages ou à justifier leurs actes. Ils sont tous des pantins dérisoires, entraînés dans un engrenage de violence sans fin dont ils ignorent les tenants et les aboutissants. On est plus dans une logique de film noir poisseux et désespéré, sans échappatoire possible. De ce fait, le film est sec et assez brutal, et il génère un certain malaise. C’est sans doute pour cela qu’il provoque des réactions aussi contrastées. Certains adorent, d’autres détestent. De mon côté, je trouve que le film possède un ton intéressant, mais qu’il est pénalisé par le décalage entre son premier quart d’heure, très tendu et intense, et le reste du film, plus lent, plus tortueux. Il est clair que le cinéaste a du talent, et que son acteur principal, Macon Blair, est une révélation.
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Un autre de mes collègues, le Lieutenant Bruno Cras, un spécialiste des écoutes qui avait bourlingué un peu partout en Europe, appuya mon jugement, en défendant un film intelligent, qui sort des sentiers battus. Hop! Affaire classée! En moins de cinq minutes… Le capitaine parut satisfait de ma réponse détaillée et s’empressa d’autoriser la projection de l’oeuvre  au festival du film policier de la ville. Pour ma part, je pouvais disposer et prendre ma pause. Ca tombait bien, car le prénom de l’acteur, Macon, m’avait donné envie d’aller boire un petit verre de Mâcon, justement, ou de Beaune 1er Cru… Avec un bon petit repas en prime. Et c’est justement dans l’univers de la gastronomie qu’allait m’emmener mon enquête suivante…

Heli - 5


Chapitre 4 : L’Affaire des rognons blancs flambés

Beaune, je pourrais en attester, est bien une ville de gastronomie et de plaisirs de la table. Je pourrais aisément citer, parmi tous ceux que je fréquentais à l’époque, une bonne douzaine de restaurants absolument divins. Le P’tit Paradis, par exemple, qui proposait des plats aussi alléchants que le pavé de Charolais au beurre d’Epoisses, l’oeuf cocotte aux poireaux, chèvre et chorizo, le tiramisu spéculos-ananas caramélisé (1). Ou La Part des Anges, ma cantine préférée, avec son menu du marché généreux, bavette et pommes sautées aux échalotes, velouté de topinambours aux magrets fumés, clémentines poêlées et glace à la vanille Bourbon,… Sans oublier ses formidables vins au verre – ou à la bouteille.
Mais, pour les convives du festin cinématographique de la salle Clos des Mouches, ce jeudi-là, ce fût plus l’enfer que le paradis. Ils ne goûtèrent guère le plat de résistance proposé par le chef mexicain Amat Escalante dans Heli : les rognons blancs – ou Animelles – ou coucougnettes, pour parler plus trivialement – flambés à vif.
L’objet du scandale intervint à peu près à la moitié de la projection, après que les spectateurs aient eu droit à une scène de pendaison, le constat de la misère sociale dans le pays, et la description assez effroyable des liens existant entre les policiers mexicains et le trafic de drogue : une scène de torture assez insoutenable, ou les ravisseurs mettaient le feu aux parties intimes de leur malheureuse victime, devant des gamins totalement insensibles à cette explosion de violence gratuite.
Des gens se sentirent mal, d’autres se précipitèrent de la salle pour rendre leur déjeuner. Certains s’enfuirent en courant.
Amat Escalante était mal barré. Le bonhomme était un récidiviste, après l’affaire Los Bastardos, quelques années auparavant. On nous demanda illico (Heli-co?) d’aller l’appréhender.
Je me permis cependant de prendre la défense du cinéaste. Une affaire similaire avait éclaté quelques mois plus tôt, sur la Côte d’Azur, et l’accusé s’en était plutôt bien tiré, avec un prix de la mise en scène à la clé.
Voici l’extrait de la plaidoirie de Maître El Bustugno, à l’époque :

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Heli d’Amat Escalante

“Certains trouveront probablement que le cinéaste va trop loin, qu’il verse dans la provocation gratuite en nous confrontant directement à l’horreur.
Mais il faut bien comprendre la démarche du réalisateur. Il a besoin de nous entraîner de force dans cet univers pour nous ouvrir les yeux sur la situation de son pays. Car ce qui choque, dans le film, c’est autant la brutalité des scènes que la banalisation de cette violence. La brutalité éclate le plus souvent en plein jour, en pleine lumière, pratiquement aux yeux de tous.
Comme si la société mexicaine avait accepté le fait que cette violence fasse partie intégrante de sa culture. Les plus jeunes baignent d’ailleurs dans cette barbarie et répètent les gestes de leurs aînés, perpétuant cette tradition de criminalité et de sauvagerie.

Ils perdent de toute façon très tôt leur innocence. Le destin d’Estella est en cela emblématique. A douze ans, la jeune fille est déjà confrontée au désir des hommes et songe déjà au mariage. La femme d’Heli n’a pas l’air beaucoup plus âgée qu’elle. Heli lui même semble assez jeune. Il est pourtant déjà chef de famille et présente des signes d’usure liés à son travail à l’usine…

Le constat est terrible. Et la fin du film, un peu plus paisible, ne parvient pas à dissiper le malaise que le film a fait naître en nous.
On commence à avoir l’habitude. On sait désormais que le cinéma d’Amat Escalante n’est pas un cinéma plaisant et fédérateur, mais un cinéma puissant, intense et dérangeant. Il faut cela, parfois, pour provoquer la réflexion et générer le débat…”

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Fort logiquement, après cette démonstration brillante, les poursuites furent abandonnées, au grand dam des plaignants. Devant leur grogne, le capitaine les envoya paître : “Si vous n’aimez pas les spécialités mexicaines, n’en dégoûtez pas les autres. Reportez-vous sur du local : Boeuf Bourguignon,  escargots, jambon persillé…  Ce n’est pas ce qui manque en ville! Ou tenez, les excellents  fromages de la fromagerie Hess (3). Avec un bon petit verre de Beaune cuvée des Hospices, ça devrait vous calmer!”

D’ailleurs, nous fêtâmes dignement ce nouveau succès de la brigade autour d’une bonne bouteille d’Aloxe-Corton, le “petit-déjeuner des champions”, comme aimait à l’appeler notre chef.

beaune 2014 J2-1

Chapitre 5 : Let’s twist again

L’affaire suivante fut l’une des plus étranges de ma carrière de flic.
Nous avions été convoqués au Clos des Ursules, une enclave du Cap Cinéma, pour interpeler un ressortissant espagnol dénommé Nacho Vigalondo. Le type était accusé de plagiat avec son film Open Windows.
Contre toute attente, nous n’eûmes pas besoin de pousser très loin l’interrogatoire. Le bonhomme avoua tout, spontanément. Oui, il s’était très fortement inspiré de films comme Fenêtre sur cour d’Alfred Hitchcock et Blow out de Brian De Palma. Cela se voyait dans son propre long-métrage, il en avait conscience. Il était coupable, il le reconnaissait. Il poussa même les aveux un peu plus loin :
Il y a aussi d’autres emprunts dans mon film Des références plus littéraires, notamment à des auteurs français que j’ai lu il y a longtemps : Gaston Leroux et Maurice Leblanc”

Le bonhomme était cuit, avec ces aveux, on allait pouvoir le mettre à l’ombre pour un petit moment, et il aurait alors tout loisir de lire et relire ses auteurs préférés. Mais la suite de son discours nous déstabilisa.
”Quand j’étais enfant, mon idole était Arsène Lupin. J’ai été bercé par ses aventures.”
Damned! Le bonhomme avait donc des circonstances atténuantes. Une enfance difficile, passée sous la coupe du célèbre “gentleman cambrioleur”. Voilà qui expliquait pourquoi il était devenu un voleur et un plagiaire… Mais ce n’était pas tout. sa phrase suivante nous porta le coup de grâce :
”Je suis content d’être ici en France pour restituer tout ce que ces grands auteurs m’ont donné. C’est un juste retour des choses”
Aïe! Entre les circonstances atténuantes et la restitution des biens volés, les motifs de poursuite se réduisaient à peau de chagrin. Allait-on devoir le laisser repartir libre? Nous décidâmes de visionner le film en question, Open Windows.

Pendant une bonne heure, je faillis me laisser avoir. Certes l’oeuvre regorgeait d’emprunts divers et variés, mais elle était très différente des oeuvres citées par le suspect. A la limite, si plagiat il y avait, il fallait plus le chercher du côté du très bon Aux yeux de tous de Cédric Jimenez, diffusé à Beaune en 2012. Voici ce que j’écrivis dans mon rapport

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Open Windows de Nacho Vigalondo

Voilà ce qu’on pourrait appeler un film 2.0, puisqu’il se suit presque intégralement depuis… un écran d’ordinateur et les différentes fenêtres qui sont ouvertes sur le bureau du personnage principal.
Son propriétaire, Nick (Elijah Wood), est un blogueur qui gère un site sur son actrice préférée, la très sexy Jill Goddard (qui ne risque pas d’être à bout de souffle puisqu’elle possède les poumons de Sasha Grey…).
Il vient de gagner un dîner en tête-à-tête avec son idole, et attend patiemment que les organisateurs viennent le cherche à son hôtel. Mais il reçoit un appel d’un dénommé Chord, qui lui annonce que le dîner a été annulé suite à un caprice de l’actrice. Pour compenser la frustration du jeune fan, il lui offre la possibilité d’espionner Jill à distance, en piratant son téléphone portable et en filmant sa chambre. De quoi prendre de jolis clichés en exclusivité…
Mais Nick réalise très vite que son interlocuteur le manipule et que ses intentions sont tout sauf amicales. Pour sauver sa peau et celle de son idole, le jeune homme va devoir trouver un moyen de localiser Chord, simplement en utilisant les fonctionnalités de son ordinateur, et l’aide inattendue d’un groupe de hackers parisiens.
Comme dans Aux yeux de tous de Cédric Jimenez, tout repose exclusivement sur des images de contrôle – webcam, caméra de téléphone mobile, caméras de surveillance – et sur le suspense lié à cette chasse à l’homme à distance.
Cela fonctionne à merveille pendant près d’une heure. On est intrigués par ce jeu du chat et de la souris entre Nick et Chord. Qui est Chord? Que cherche-t-il vraiment? Et comment peut-il avoir accès aux ordinateurs et aux téléphones mobiles? Qui sont ces mystérieux hackers qui, manifestement, prennent le jeune héros pour quelqu’un d’autre? La tension est habilement entretenue, et fait oublier le côté granuleux assez laids des images qui défile sur l’écran.
Mais, comme s’il ne savait pu trop comment terminer son histoire, le cinéaste se met soudain à accumuler les retournements de situation à un rythme stakhanoviste, faisant basculer l’oeuvre dans le grotesque et le grand N’importe quoi. En fait, Open windows est l’exemple-type du bug qui fait planter le logiciel. Une leçon pour les cinéastes voulant découvrir comment saborder un sujet prometteur en moins de cinq minutes.

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Finalement, le type n’était pas un voleur ou un plagiaire, mais un danseur psychopathe, nourrissant une obsession malsaine pour le twist.
A peine la projection terminée, je l’accueillis avec les menottes. Ma première prise d’envergure au sein de la brigade, pour la plus incompréhensible des affaires.

beaune 2014 J2-3

Chapitre 6 : Les rues de feu

Avec cette arrestation spectaculaire, je gagnai définitivement la confiance de mes collègues. On me chargea donc d’une mission d’envergure : escorter une légende du cinéma hollywoodien, Mr Walter Hill, jusqu’au Cap Cinéma, où l’attendait un hommage digne de son rang.
Mais le parcours jusqu’à la salle du Clos des Mouches était jalonné de dangers. Le gang des Warriors, ces fameux guerriers de la nuit, avaient décidé de se venger du cinéaste, qui les avait jadis malmenés sur grand écrans. En l’espace de 48 heures, ils avaient fait des artères de Beaune des rues de feu. Difficile de faire un pas dehors sans tomber dans un guet-apens. Les Warriors étaient bien décidés à faire subir un extrême préjudice au cinéaste, à lui mettre du plomb dans la tête pour un voyage sans retour.
Heureusement, j’avais acquis certaines compétences martiales particulièrement utiles en ce genre de circonstances, ce qui m’avait valu comme surnom “Le Bagarreur”. Tel un Steven Seagal affrontant une horde de fourmis, je fis tomber un à un les assaillants. Mes partenaires se chargèrent d’éliminer les tireurs isolés et les menaces résiduelles.
Nous arrivâmes finalement dans la salle. Mais nos ennuis n’étaient peut-être pas terminés. Comment reconnaître une menace dans cette salle de 300 places? Peut-être des Warriors s’étaient-ils glissés dans le public, ou pire, sur scène…
Avant l’hommage à Mr Hill, il y avait justement la remise du prix du premier roman policier français (4). La remettante, Sylvie Granotier,  était bien connue de nos services et  ne constituait nullement une menace. La lauréate, en revanche, nous sembla plus louche. Cloé Medhi ressemblait en effet à une ado rebelle, prête à lancer dans la salle une horde de dangereux criminels. Nous nous arrangeâmes pour la mettre hors d’état de nuire. On ne pouvait pas se permettre de laisser des monstres en cavale au sein de la salle
Finalement, nous fûmes rassurés de voir monter sur scène Lionel Chouchan. Au moins, lui était totalement fiable… Nous pûmes donc nous contenter de sécuriser la salle pour que les organisateurs rendent à Walter Hill l’éloge qui lui était dû. Le cinéaste, visiblement secoué par son arrivée mouvementée et ému par l’accueil chaleureux des cinéphiles, prit le temps de remercier tout le monde et de faire l’éloge du septième art. De notre côté, une immense vague de soulagement nous submergea, car tout s’était finalement bien passé. 48 heures de plus, et la menace des guerriers de la nuit ne serait plus qu’un mauvais souvenir pour les beaunois…

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Chapitre 7 : C’est du toc

L’affaire suivante fit appel à mes talents d’expert en joyaux cinématographiques.
Le Dernier diamant, un petit bijou de la comédie policière à la française était présenté dans l’écrin du Cap cinéma et mes supérieurs voulaient s’assurer qu’il était authentique.
Immédiatement, je flairai l’arnaque. Le joaillier, Eric Barbier était connu pur avoir commis Le Serpent, un polar mou du genou, et Le Brasier, un film de meilleure facture, mais loin d’être une oeuvre majeure.
J’observai déjà l’apparence générale de l’objet : une comédie policière articulée autour d’une arnaque et la préparation d’un casse. Du classique, du vu et revu, avec un ton entre Ocean’s eleven et Anthonny Zimmmer. Sans laisser présager d’une pièce unique en son genre, la première impression était plutôt flatteuse, le cinéaste réussissant à imprimer du rythme à son récit et jonglant habilement entre comédie, drame et suspense…

Les faces principales du diamant, Bérénice Béjo et Yvan Attal, brillaient de mille feux, participant aussi à l’illusion d’une oeuvre de premier plan. Mais je repérai aussi quelques impuretés, comme le jeu un peu forcé de Jean-François Stévenin et Jacques Spiesser, le numéro de méchant pas très crédible d’Antoine Basler.
Puis, au fur et à mesure de mon étude, je fus frappé par le manque d’éclat de l’objet. Pas d’originalité, pas de moments de bravoure exceptionnels, pas de scènes d’anthologie. Ce n’était pas un bijou d’exception, loin de là. La mise en scène, sans être honteuse,  n’avait rien non plus d’étincelant.
Enfin, après environ une heure d’examen attentif, je remarquai le côté assez grossier de la finition. Un dénouement pas très crédible, aux rebondissements prévisibles, très appuyés, et une alchimie beaucoup moins évidente entre les deux comédiens principaux.
”C’est du toc!” affirmai-je sans ambages. “C’est une imitation honorable de séries B américaines, qui n’a rien à envier à certains blockbusters américains, mais ce n’est pas le joyau attendu.”.
“Vous avez raison, ce n’est pas un diamant. Même pas un beau zirconium!”
confirma le chef. “Arrêtez-les!”. Hélas, l’équipe du film avait fui, profitant de l’obscurité de la salle.
Un peu dépités, nous lançâmes un mandat d’arrêt international contre Eric Barbier, espérant pouvoir un jour renvoyer l’escroc derrière les barreaux de la Fémis, dont il s’était miraculeusement échappé.
A ce jour, le fugitif court toujours…

beaune 2014 J2-4

(A suivre)

(1) : Le P’tit Paradis, 25, rue Paradis, 21200 Beaune
(2) : La Part des Anges, 24bis, rue d’Alsace, 21200 Beaune
(3) : Fromagerie Hess, 7, place Carnot, 21200 Beaune

(4) : “Monstres en cavale” de Cloé Medhi – éd. Le Masque

Beaune 2014 bandeau


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