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Il y a 20 ans : début du Génocide Rwandais

Publié le 06 avril 2014 par Vindex @BloggActualite
Il y a 20 ans : début du Génocide Rwandais
Bonjour à tous,
L’actualité récente nous donne l’occasion sur l’un des génocides les plus récents de l’histoire de l’humanité : le génocide au Rwanda. En effet, le 14 mars dernier, la justice française a condamné à 25 ans de prison Pascal Simbikangwa pour son implication dans le génocide Rwandais qui avait fait environ 800 000 victimes. Ce verdict inédit (qui attend encore confirmation après l’appel) en appelle sans doute d’autres. Il faut dire qu’à Paris, 27 autres dossiers concernent l’affaire du génocide. On pourrait donc presque dire qu’un nouveau Nuremberg vient de commencer. Qui plus est, le 6 avril approche inexorablement et c’est pour cet évènement une date importante, puisque c’est celle de l’assassinat du président rwandais Juvenal Habyarimana qui a entraîné cet effroyable déchaînement de violence.
Pourquoi un assassinat en a-t-il entraîné tant d’autres ? Quelles sont les raisons plus profondes de ce génocide ? Pourquoi la France juge t-elle les responsables de nos jours ? Que reste t-il de ce génocide actuellement dans nos mémoires ?

Que s’est-il passé le 6 avril 1994 ?


Ce jour là, le président Rwandais Habyarimana (un Hutu) fut en fait assassiné à bord d’un avion qui survolait à ce moment la capitale Kigali. Celui-ci avait négocié une paix avec le Front Patriotique Rwandais composé des Tutsisréfugiés en Ouganda après la révolution de 1959. Bien sûr, le contexte a fait que la minorité tutsie fut accusée de cet attentat et la garde présidentielle commença le massacre que l’on connaît, qui a non seulement concerné les Tutsis mais aussi les « Hutus modérés ».

Les causes profondes du conflit


Le conflit est plus profond et ancien et ne remonte pas au seul assassinat du président. En fait beaucoup de haines s’étaient accumulées entre les deux ethnies qui composent le Rwanda. Et pour ne rien arranger au déchaînement de haine, l’ONU et les casques bleus eurent beaucoup de mal à intervenir tellement les pays développés ont attendus. La résolution partielle du conflit fut entamée avec la prise de Kigali par le FPR et l’instauration d’un nouveau pouvoir (tutsi) incarné par Pasteur Bizimungu. Cela provoqua cependant le départ de 2 millions de Hutus.    Les divisions ethniques sont le fait des autorités coloniales allemandes, puis belges à partir de 1919 qui, imprégnées d’une vision religieuse, considéraient les Tutsis comme héritiers de Ham, le fils maudit de Noé chassé en Afrique. Les Occidentaux favorisèrent alors l’accès des Tutsis aux écoles missionnaires et dans le recrutement des auxiliaires de l’administration frustrant ainsi les jeunes Hutus (L’Histoire, n°396).Ce « favoritisme » a donc entraîné des tensions entre les deux ethnies, tensions qui auparavant étaient moins exacerbées puisque les Hutus dominaient en vertu de leur majorité.
En 1959, les velléités d’indépendance renforcent l’opposition entre les deux ethnies. Les Hutus, majoritaires, finissent par s’emparer du pouvoir et se considèrent comme les « vrais rwandais ». Progressivement, les Tutsis sont chassés de l’administration. De plus, pour rester au pouvoir, la nomenklatura hutue n’hésite pas à accuser les Tustis de tous les maux quitte à déclencher des massacres. En conséquence, des centaines de milliers de personnes fuient le pays.  Toutefois, entre 1991 et 1993, une ouverture démocratique permit aux deux ethnies de s’associer avec l’espoir de voir diminuer les tensions. Malheureusement, cette ouverture était attaquée par la presse radicale hutue comme le bimensuel hutu Kangura (Réveil). Ce dernier n’hésitait pas à appeler  « à la machette comme « solution finale » de la question tutsie » (L’Histoire, n°396). Cette mouvance s’empara du pouvoir au lendemain de l’assassinat du président rwandais du 6 avril 1994 et perpétra les massacres.

Qui a organisé le génocide ?


Pour qu’il y ait génocide, il faut que les massacres aient été préparés à l’avance. Et pour certains ce fut bel et bien le cas au Rwanda à partir du 7 avril 1994. Aussitôt après l’assassinat, les militaires extrémistes dirigés par le colonel Théoneste Bagosora s’emparent du pouvoir. Les Hutus modérés considérés comme des « traîtres », sont alors pourchassés et exécutés dont le Premier ministre Agathe Uwilingiyimana, tuée à son domicile (L’Histoire, n°396).Le génocide n’est pas que le fait des populations locales. L’armée et les forces de l’ordre furent également mobilisées. Par exemple, le 7 avril, des forces de gendarmerie rassemblent des réfugiés tutsis dans une église d’un quartier de Kigali. Puis, ils procèdent à des contrôles d’identités afin de faire sortir d’éventuels Hutus mélangés aux Tutsis. Enfin, ces derniers sont massacrés à la grenade et à la machette par des miliciens, dans l’église même  (L’Histoire, n°396).
  Au total, d’après les estimations les plus plausibles, les trois quarts de la population tutsie furent exterminés et on compte au total 800 000 à 1 millions de victimes en comptant les « hutus modérés », dont 54% de femmes et d’enfants de moins de 15 ans. On estime à 800 000 personnes qui furent impliquées dans les massacres. Il faut savoir aussi que 60% des victimes ont été assassinées par des proches.  

Quelles sont les responsabilités des Occidentaux ?


Dans les années 90, le Rwanda connaît une guerre civile entre les FAR (Forces armées Rwandaises) au pouvoir à Kigali et le FPR, venu d’Ouganda, formé de tutsis réfugiés en Ouganda après la révolution de 1959. La France, respectueuse d’un accord d’assistance militaire, soutint Kigali contre ce qu’elle considéra alors comme une agression de l’Ouganda.En 1993, l’ONU remplaça la France via la MINUAR (la MIssion des Nations-Unies pour l’Assistance au Rwanda) afin d’aider à la démocratisation du pays. 600 hommes du FPR sont acceptés dans la capitale. Toutefois, cette mission ne remplit pas son rôle de protection au lendemain de l’assassinat du président Juvenal Habyarimana. Au contraire même, après le l’assassinat du Premier ministre Uwilingiyimana, les 10 casques bleus belges chargés de la protéger sont à leur tour massacrés. Les Nations Unies décident alors d’amputer 90% du personnel de la mission après cet événement, ne gardant que 270 hommes sur place.  La France est montrée du doigt pour avoir voté cette décision alors qu’elle connaissait les tensions présentes dans le pays depuis 1990 grâce à sa première intervention. Elle n’est revenue au Rwanda qu’après le 22 juin sous couvert de l’ONU. On lui reproche aussi de ne pas avoir arrêté les génocidaires dans les régions de son intervention. Paris se défend en expliquant qu’elle n’avait pas reçu de décision de l’ONU dans ce sens. Plus en amont, avant le génocide, il faut aussi rajouter que les Américains semblaient déjà intervenir dans la région des lacs en Afrique, puisque Bernard Lugan affirme qu’ils finançaient le FPR en Ouganda dès 1990.  Il s’agissait ensuite, à partir de 1997 (après le génocide), de renverser le président du Zaïre Mobutu, alors attaqué par l’Ouganda et le Rwanda. Les réactions occidentales furent donc lentes et pas toujours adaptées à une telle situation. Elles dépassent toutefois le cadre chronologique du génocide, aussi bien par la colonisation que par les interventions géopolitiques.
La mémoire du génocide est encore vive aujourd’hui  du fait que les victimes et les bourreaux vivent parfois encore dans les mêmes villages. Samedi encore, les tensions franco-rwandaises, remontant à la surface, ont montré cette sensibilité de la mémoire du génocide. Alors que les autorités françaises devaient être représentées aux commémorations du génocide, elle a suspendu sa participation suite aux accusations de participation active au génocide, proférée par le président Rwandais Paul Kagamé.  Toutefois, le travail de la justice permet de mieux comprendre le déroulement de ce génocide au cœur de l’Afrique.

Des désaccords sur la responsabilité du génocide


Si l’ampleur des massacres fait l’unanimité, il semble que certains historiens ne soient pas d’accord concernant le déroulement des évènements et surtout concernant la responsabilité du génocide. Bernard Lugan, historien et africaniste ayant enseigné à l’Université Nationale du Rwanda et ayant été consulté en tant qu’expert par le Tribunal Pénal International sur le Rwanda, défend ainsi une thèse plus minoritaire d’un génocide non prémédité. Il critique la version actuelle des faits qu’il accuse de légitimer le pouvoir rwandais actuel. Selon lui, devant le TPIR, la version officielle a toutefois été remise en question.

Un génocide non prémédité


Selon Bernard Lugan, le TPIR a prouvé au cours de plusieurs procès que le génocide n’avait pas été prémédité mais spontané. En effet, plusieurs arguments qui tendaient à montrer la préméditation de ce génocide semblent être démontés par les procès organisés par le TPIR. Bernard Lugan évoque par exemple la structure génocidaire surnommée Akazu, qui selon Paul Kagamé est une structure créée par l’ancien président Habyarimana pour organiser le génocide. Il semble toutefois que cette structure soit une pure invention et n’ai pas réellement existé d’après le jugement rendu par le TPIR en 2008-2009. Le terme d’Akazu aurait en fait été inventé mais ne reposerait sur rien de réel. Bernard Lugan évoque aussi le cas de Théodore Bagosora, qui étaient avant considéré comme le grand organisateur du génocide. Or, il fut certes condamné par le TPIR mais pas au motif de la préméditation du génocide, mais à d’autres motifs que Bernard Lugan précise dans sa vidéo.

Un génocide spontané ?


Si le génocide n’était pas prémédité, ce n’est pas pour autant qu’il n’a pas eu lieu. Il faut cependant, selon Bernard Lugan, revoir l’histoire de ce génocide. Et il faut selon lui tout reprendre depuis le début, à savoir l’attentat du 6 avril 1994 contre le président Habyarimana. Or, malgré l’institution d’un tribunal international, l’origine de cet attentat n’avait pas beaucoup été étudié sous pression des Etats-Unis et du Royaume-Uni selon Bernard Lugan. Cependant, fin 1994-début 1995, une enquête fut tout de même menée par le juge Bruguière, car trois français se trouvaient dans l’avion au moment où celui-ci fut touché par les missiles. Or celui-ci a rendu un rapport (rapidement étouffé) qui semblait établir un lien entre l’attentat et l’entourage de Paul Kagamé, sen fondant sur les aveux de trois des quatre membres du commando. Le rapport détaille toutes les circonstances de l’attentat, du numéro des missiles leur provenance (l’Ouganda).Le génocide serait donc spontané et sa cause serait l’explosion de violence provoquée par l’attentat qui a fait ressurgir de vieilles tensions entre les deux ethnies rwandaises. Ces tensions avaient été apaisées par le président Habyarimana avec les accords d’Arusha en 1973. Cependant, alors que le Rwanda est en guerre civile au début des années 1990, la France fait pression sur le président rwandais pour démocratiser son pays, ce que ce dernier craint du fait du contexte tendu. Pour lui garantir son soutient, François Mitterrand lui promet alors d’intervenir en cas de menace pour la stabilité du pays. Mais les forces de dissensions se développent sous l’égide du Front Patriotique Rwandais qui déstabilise le régime et entame sa prise de pouvoir. L’attentat n’est donc que l’étincelle qui a enflammé les tensions et déchaîné la violence qui n’était plus jugulée.
Pour avoir plus de précisions, je ne peux que vous conseiller de regarder cette vidéo où Bernard Lugan explique tout cela avec plus de précision en présentant son dernier livre. http://bernardlugan.blogspot.fr/2014/01/bernard-lugan-presente-rwanda-un.html

Conclusion :


Le génocide au Rwanda est l’un des génocides les plus violents de l’histoire. Si les massacres sont indéniables, si les causes profondes sont bien connues, si la responsabilité des occidentaux n’est pas à minimiser, il faut cependant bien voir que cet événement historique (appartenant à l’histoire du temps présent) est encore entaché d’un manque de recul. Cela ne fait que 20 ans que le génocide a eu lieu et l’affaire est encore trop sensible pour être complètement connue. Des doutes subsistent concernant le caractère prémédité du génocide et sur la responsabilité de l’attentat du 6 avril. Mais le travail du TPIR fera sans doute connaître la vérité sur ce génocide atroce perpétré en très peu de temps et avec des méthodes horribles.
Sources
Jeune AfriqueLe Blog de Bernard LuganLe Blog de Bernard LuganLe Monde
Les 1001 jours qui ont changé le monde, Flammarion. Un demi-siècle de racisme officiel, Jean-Pierre Chrétien,  L’Histoire, n°396 de février 2014. Le génocide des voisins, Hélène Dumas, L’Histoire, n°396 de février 2014.
Enquête sur les responsabilités de la France, Pierre Brana, L’Histoire, n°396 de février 2014.
Flo et Vin DEX. 

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