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XXIV. Changement(s)

Publié le 07 avril 2014 par Romuald Le Peru @SwedishParrot

Rien de tel que de s’asseoir sur la place du village pour se reposer un peu et se marrer un bon coup avec les copains. N’est-il point ?

Mardi 01.04

Richard Sennett
Je suis allé hier soir au café des Arts et Métiers, lieu que je fréquente beaucoup en ce moment, comme si je n’étais attiré que par cet immense aimant au cœur de Paris. Dans quoi me suis-je lancé encore ? Je ne m’étais pas vraiment rendu compte du travail que cela allait me procurer et encore pendant un an, du temps qu’il va falloir que je dégage pour mener cette recherche à bien, lire suffisamment pour avoir les apports théoriques pertinents et commencer à mener les entretiens qui vont me permettre d’alimenter ce projet de recherche. J’en transpire déjà à l’idée de ce qui m’attend.

Première étape, le livre de Richard Sennett, Ensemble, pour une éthique de la coopération, et ensuite l’immense bibliographie que la lecture de ce livre risque de générer.

Mercredi 02.04

Audition de guitare hier soir. La chaleur de la salle, la corde de sol qui se détend, Andante de Carulli ; dommage, on joue principalement la corde de sol dans la partie majeure. Dès les premières notes, je joue faux à cause de cette satanée corde qui s’est désaccordée toute seule ; le son est désagréable et je peste intérieurement que le son de mon Esteve puisse être à ce point dissonant. Même moi qui n’ait pas spécialement l’oreille musicale, je suis gêné. Bref, je me déconcentre, je stresse, la jambe tremble toute seule, j’ai la main gauche crispée autour du manche, tellement que j’en ai mal et je me plante quatre ou cinq fois mais à chaque fois je reprends au début de la mesure, sans désarmer, je le jouerai en entier ce fichu morceau que je n’arrive pas à me sortir du crâne. Je vois un rideau d’ombres devant mes yeux. C’est donc cela le trac. Fiasco. Un peu à l’image de cette journée. Pourtant, quand je sors de l’école de musique, je me sens étrangement bien. Peut-être le fait d’avoir laissé ça derrière moi. Peut-être autre chose, peut-être le changement de temps annoncé. Demain sera une aube nouvelle.

Dimanche 06.04

Les jours deviennent pénibles. Le temps d’abord, grisailleux, vent frais, détestable. L’attente, insoutenable, les murmures, les regards, tout me crispe, tout me met à fleur de peau.
Et puis je rentre en résistance. J’ai l’impression d’une tromperie qui se met en place. La direction que prennent mes recherches se trouve quelque peu orientée par l’égérie des lieux. Je déteste qu’on me torde le bras pour m’obliger à partir dans une direction. L’homme libre que je suis a du mal à se laisser impressionner.
Malta Hanina terminé. Daniel Rondeau n’a plus comme secret pour moi que ce qu’il ne m’a pas encore susurré à l’oreille.

Avec un temps pareil, je pourrais très bien décider sur un coup de tête de partir à Istanbul. Bişra de Göreme ne m’a pas écrit ; je me rends compte qu’elle ne m’a pas laissé son adresse mail, je pense que c’est elle qui devait avoir la mienne, mais je n’ai jamais rien reçu d’elle. C’est à se demander si ces rencontres ne doivent pas rester là où elles se produisent.
Bişra, avec ses grands yeux verts et ronds et son air curieux, sa jupe longue tournoyant entre les tables du petit restaurant que tient son père, lui un air de brute, mais un cœur gros comme ça. C’est qu’il y a une boutique à faire tourner.

Place du village - Mustafapaşa, Cappadoce, Turquie - mai 2013

Place du village - Mustafapaşa, Cappadoce, Turquie - mai 2013

J’ai des envies de terroir, de partir sur les routes de France encore fraîches à cette saison. Des envies d’Auvergne, de Murol, de Saint-Nectaire et de cette fameuse église que je n’ai jamais vue ouverte, d’Issoire, redescendre sur Le Puy-en-Velay pour revoir sa vierge de fonte et ses lentilles, des souvenirs de coups de sabre passés sur le cuir des murs… Certainement que tout ceci a déjà disparu depuis longtemps, comme les charmantes personnes qui tenaient cet hôtel. Je me demande juste quel grand groupe financier a racheté la bâtisse, ses meubles, son personnel et son histoire et pour en faire quoi ? A chaque génération, on assiste finalement à la fin d’un monde, et à la naissance d’un autre.

Commencé Venises de Paul Morand. Très belle écriture, très domptée, ronde et soyeuse.

Tous les jours, je me demande ce qui va se passer. Tout est devenu beaucoup trop compliqué pour moi.


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