Magazine Culture

Echos du monde musulman n°220 (20 avril 2014)

Par Alaindependant

Bouteflika réélu au premier tour

Ce n’est pas vraiment une surprise. Staline disait : « l’important n’est pas l’élection, mais le contrôle des résultats». La presse française et maghrébine commente…

Réflexions sur l’Arabie

Ce pays a une influence croissante, bien au-delà de son rôle direct de producteur de pétrole

Nous avons souvent parlé ici du rôle des missionnaires wahhabites qui poussent au radicalisme des populations qui ont un islam beaucoup plus paisible et moins rigoriste. J'ai dit radicalisme (doctrine) et non djihadisme (violence) que l'Arabie n'approuve pas, mais il faut bien constater que des individus radicalisés peuvent glisser spontanément vers la violence. C'est le cas de Ben Laden, qui a certes été déchu de sa nationalité saoudienne mais que ça n’a pas empêché d'agir, c’est le cas des jeunes Français partant tuer du chiite en Syrie et y persécuter sunnites modérés et chrétiens. Le tableau est un peu compliqué par le fait que l'Arabie n'aime pas les mouvements politiques islamistes comme les Frères Musulmans, de crainte qu'ils ne s'attaquent à son régime, mais ça n'enlève rien au danger de la diffusion du wahhabisme.

Dans un domaine moins connu du public, celui des universitaires du domaine des arts, de l’histoire et de l’archéologie, on note le lancement d’un musée séoudien d'art moderne, la destruction du patrimoine archéologique pour des raisons religieuses (éviter tout objet ou site qui pourrait donner lieu à vénération), l'interdiction de toute recherche historique ou artistique locale, et son blocage concret par la non-délivrance de visas touristiques.

À mon avis, tout cela relève du blocage religieux, ces questions pouvant remettre en cause ou éclairer différemment l'histoire de Mahomet et de l'islam, de même que les études sur la Bible ont permis de conclure que certains de ses passages étaient purement légendaires et non historiques. Rappelons que les textes des 3 grandes religions monothéistes ont mis jusqu’à 3 siècles (et davantage dans le cas du judaïsme) à se compléter et à se stabiliser, ce qui peut amener des historiens sceptiques à penser que ces textes se sont éloignés du message originel.

Rappelons que le wahhabisme découle de l'alliance politique de ce courant religieux et de la monarchie séoudienne. Sa puissance et son prestige dépendent donc peut-être de l'évolution du régime, or la monarchie est très vieillissante au sommet et proliférante à la base (15 à 20 000 princes, dit-on, qui auraient « droit » à une partie des recettes pétrolières), et son avenir n'est pas forcément assuré sous la forme actuelle : une bonne part de l’élite séoudienne, femmes comprises, a étudié aux Etats-Unis.

Le roi Abdallah (90 ans) vient de réagir à la question du vieillissement en nommant prince héritier « en second » un gamin de 69 ans, son demi-frère Moqren, le plus jeune des 35 fils du fondateur du royaume, qui a dirigé les services de renseignements.

C’est une surprise, car la règle est que le pouvoir se transmette d’un frère à l’autre en respectant le droit d’aînesse. Qu’en pensent les 33 autres fils plus âgés du roi Abdel Aziz (Ibn Séoud), fondateur du royaume ?

L’actuel prince héritier, Salmane, est âgé de 79 ans et malade. Il pourrait décider de « passer son tour » au profit de Moqren. S’il ne le fait pas, que les 33 autres frères s’agitent et que le roi Abdallah vive encore quelques temps, le « gamin » risquera d’être usé. A moins qu’Abdallah ne se retire et arbitre, ou ne donne dès maintenant le pouvoir réel à Moqren.

Fondamentalisme et réactions occidentales

The Economist du 31 août 2013 fait une présentation détaillée du livre de Karima Bennoune, algérienne devenue professeur de droit à l'université de Californie

J'en profite pour dire que dans les colloques relatifs à langue française ou aux pays musulmans auxquels je participe, nombreux sont les Maghrébins qui ont de « bons » un postes aux États-Unis et au Royaume-Uni, où leur connaissance du français est « un plus », qui s'ajoute bien entendu à un excellent niveau dans leur discipline. Ce sont de bons ambassadeurs de culture française, mais aussi une perte dramatique pour notre pays qui n'a pas su leur donner un poste de leur niveau. Et bien sûr une perte encore plus grave pour leur pays d'origine, mais qui s’explique souvent par des pressions sociales, religieuses ou politiques, qui n’existent pas en France !

Revenons à ce livre, dont le titre est « Votre fatwa s'applique pas ici » (en anglais bien sûr). L'auteur commence par donner des récits vécus (pour l'Algérie) ou recueillis (pour d'autres pays musulmans) décrivant l'horreur sanglante de l'action des fondamentalistes, qui déclarent « apostats » des musulmans d'une civilisation et d'une culture très supérieure à la leur, se donnant ainsi « le droit » de les tuer. La quasi-totalité des victimes des fondamentalistes sont en effet d'autres musulmans et non « le reste du monde » comme  l'imaginent les Occidentaux du fait des attentats à but médiatique du type 11 septembre, attentats qui ne sont que l'écume des massacres et brimades commises à grande échelle dans les pays musulmans.

L'auteur poursuit en dénonçant deux réactions occidentales contre-productives. La première est d'excuser les fondamentalistes sous prétexte que les Occidentaux ont brimé ou exploité le monde musulman. La deuxième est d'accuser l'islam en tant que religion, donc tous les musulmans, au lieu d'aider l'immense majorité anti-fondamentaliste.

Vous avez reconnu une idée que je défends souvent ici.

La facette électrique de l’échec pakistanais

Vous savez que le Pakistan est en situation d’échec sécuritaire et économique, les deux étant bien sûr liés. Depuis 5 ans la croissance a été de 2,9 % par an soit à peine plus que la croissance le population qui atteint maintenant 186 millions. Le chômage des jeunes est massif et contribue probablement à la violence générale.

Une facette de cet échec : les coupures d'électricité sont permanentes. Le premier ministre, Nawaz Sharif, a été élu l'an dernier avec la promesse d'y remédier.

Une des causes en est que les producteurs privés produisent moins qu'ils ne le pourraient car ils fournissent le moins possible le distributeur public qui ne les paie pas, et qui lui-même n'est pas payé par le client final. Une partie de l'électricité est piratée, celle fournie aux écoles coraniques n'est pas payée car leurs dirigeants pensent que l'on n’osera pas leur couper le courant. L'électricité produite à partir du gaz importé est vendue au sixième du prix d'achat, mais les juges se sont opposés l'augmentation des tarifs aux particuliers.

Les producteurs publics tournent à 10 % de leur capacité pour cause de mauvaise gestion. Il est prévu de les privatiser, mais il faut trouver des investisseurs acceptant de travailler dans les conditions décrites ci-dessus.

Résultat : le Bengladesh, l’autre pays musulman ex-indien, beaucoup plus déshérité mais moins mal géré, rattrape progressivement le Pakistan en termes de revenu par tête (environ 1000 $ par an contre 1200).

C'est le foot qui fait la Libye

Vous connaissez l'éclatement de la Libye entre tribus et régions, entre islamistes et démocrates, entre berbères et arabes, entre traditionalistes et modernistes, entre anciens partisans de Kadhafi et les autres, entre groupes tentant de contrôler la production de pétrole et son exportation etc.

Heureusement, il y a le foot : tout le monde est uni devant des écrans géants pendant les matches de l'équipe nationale à l'étranger.


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