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Tom à la ferme – xavier dolan| premiers regards

Publié le 22 avril 2014 par Acrossthedays @AcrossTheDays

C’est mon premier Xavier Dolan. Les autres, je les ai raté, non pas par manque d’envie mais par de temps ou d’occasions. J’ai entendu beaucoup de critiques sur le quatrième film de ce très jeune réalisateur (25 ans). Mais toutes venaient de ceux qui le connaissent, lui, le personnage, mais aussi son oeuvre, son évolution, le mûrissement de son travail. Donc pour moi Tom à la ferme sera juste un film, non pas dans l’ensemble d’une oeuvre globale, mais juste ce film. Ce thriller psychologique glauque, malsain, qui dérange et nous fait tourner les yeux, pour y revenir, et ainsi de suite durant ces longues mais prenantes 102 minutes.

con0jio TOM À LA FERME   XAVIER DOLAN| PREMIERS REGARDS

Premier regard sur… Tom à la ferme.

Tom se rend dans la campagne québécoise à l’enterrement de son petit ami Guillaume, décédé dans un accident de la route. Chez le défunt, le frère et la mère vivent dans le mensonge, le déni de l’homosexualité du jeune homme. De l’enterrement à la vie à la ferme, l’histoire nous raconte la rencontre difficile entre deux mondes radicalement opposés. Cette rencontre rude et violente entre Tom, publicitaire de la grande ville obligé de taire la nature de sa relation pour protéger la mère de son ami, femme seule dont on a toujours caché la sexualité de son fils. Et Francis (Pierre-Yves Cardinal) frère impulsif et orgueilleux qui a préféré mentir en imaginant une relation d’amour entre Guillaume et une certaine Sarah.

Le décor est rapidement posé : une longue route droite dans vide de la campagne. Des champs à perte de vue, et cette grande ferme laitère. Au milieu de l’immense nature canadienne, comme perdu au sein d’un monde bien trop grand pour en comprendre les folies et les différences, un homme et une femme vivent seuls, rejetés par voisins et amis. Tom n’est pas le bienvenu, lui qui connaissait le défunt dans son « autre vie », celle de la ville, de la sociabilité. Le seul qui avait encore de ses nouvelles, qui le connaissait réellement. Alors, pour protéger ce secret qu’il n’a en rien demandé à servir, il devra encaisser les coups, survivre dans cette jungle du vide aux pressions d’un grand frère fou d’amour pour sa mère et apeuré par la vérité, triste et malsaine, qui pourrait lui-même le remettre en question.

La relation qui se crée alors entre les deux personnages principaux tombe rapidement dans l’ambiguïté, entre ultra-violence des mots, des actes, et confidences. Une relation d’amis-ennemis, d’opposés rassemblés dans le deuil et la douleur. Le film devient alors un thriller psychologique hardcore, nous obligeant à poser les yeux sur le lien d’auto-dépendance qui se crée entre les deux hommes. Le malaise est constant. La perdition de chacun d’eux et la nécessité constante de Xavier Dolan d’aller plus loin dans le malsain crée une atmosphère glauque, où le spectateur attend le pire.

Car c’est ce que ce film raconte : l’attente interminable et constante d’une prise de conscience de chacun de ses personnages. Les longues minutes passées à observer d’un demi-œil cette auto-destruction mutuelle, jusqu’à des scènes sinistres où les frontières entre haine, amour et passion deviennent difficile à définir.

Mais il ne faudrait pas voir en Tom à la ferme qu’une succession dramatique de scènes malsaines. Car au delà de cette violence, cette relation qui unit les deux hommes raconte la difficulté d’apposer une domination sur celui qui est différent et qui ne nous plait pas. Jusqu’au retournement où on finit par ignorer qui domine, qui maîtrise, qui manipule l’autre. Tom prend le dessus, accepte les coups, accepte la peur, se complaît même en elle. Il se sent utile dans cette ferme, même nécessaire. Et de ce syndrome de Stokholm évident on finit par oublier qui est le plus violent. Celui qui pose les coups, ou celui qui les accepte. Ou encore la domination ultime d’Agathe (Lise Roy), la mère dans le déni qui contrôle, malgré elle, les faits et gestes des deux jeunes hommes.

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Premier regard sur… Xavier Dolan, réalisateur.

Réalisateur, producteur, acteur principal, monteur, concepteur des costumes… Tom à la ferme est incontestablement son film, son projet, entièrement. Bien qu’une adaptation de la pièce de théâtre du même nom de Michel Marc Bouchard, Xavier Dolan se l’approprie pour en faire ressortir l’ambiance malsaine et pesante de cette campagne, par l’image, le montage, la bande-son, les acteurs. Un tout qui durant toute la durée du film formera cette ambiance si oppressante du huis-clos au sein de ces grands espaces de campagne. Comme je l’expliquais plus tôt, je n’ai pas vu J’ai tué ma mère, je n’ai pas vu Les amours imaginaires, je n’ai pas vu Laurence Anyways. Je ne pourrai donc pas vous parler du rapport mince entre Dolan et les mères, entre Dolan et l’espace, entre Dolan et lui-même.

En revanche, je peux parler de la maîtrise indéniable de ce jeune réalisateur en matière d’image, d’ambiance. Cette fascination que j’ai développé pour lui durant tout le film devant la semblante facilité avec laquelle il a recréé, ou du moins retranscrit un univers qui tombe rapidement dans le cliché lorsqu’il s’agit de cinéma. Tom à la ferme est une œuvre complète par elle-même, bien qu‘imparfaite. On peut y voir des rapports à différentes choses : à la perte de sa vision qui débutera lorsqu’il casse ses propres lunettes – facile – à l’eau, présente dans la bande-son et dans certains moments clés du films… mais pour dire quoi, les larmes ? La fluidité des choses ? – Facile, encore – on peut faire de nombreuses interprétations, suppositions. Des imperfections, des lenteurs, et une fin rapide, bâclée et presque décevante.

Mais la brutalité des personnages, des acteurs et des images suffisent à nous faire sortir de la séance presque malade, avec la nausée de ces films qui donnent tout, voire un peu trop. Qui demandent un lourd investissement.

Jusqu’à laisser ce goût amer nous rappelant que finalement, c’était un peu trop facile.

Maintenant, je m’en vais regarder ses autres films.


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