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Une semaine dans le Bordelais, jour 3

Par Eric Bernardin

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Après le beau repas du jour 1 et l'échauffement du jour 2, nous démarrons le jour 3 en gravissant la butte de Saint-Estèphe où dominent les pagodes de Cos d'Estournel

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Ce château, qui est un chai et non une habitation, a été construit vers 1830 par Louis-Gaspard d'Estournel qui vendait son vin aux maharadjas et tenait à le faire savoir. Du marketing avant que le mot existe. Par contre la porte provenant de Malabar n'a été rajoutée qu'au milieu du XXème siècle, mais elle colle parfaitement au cadre "exotique" du lieu.

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Durant tout le XXème siècle, l'architecture intérieure était plutôt classique, voir austère. C'est lorsque le domaine a été racheté par Michel Reybier que les choses ont évolué : l'homme d'affaires a fait appel à Jean-Michel Wilmotte et Jacques Garcia pour revisiter totalement le lieu. Avec un défi majeur : ne pas utiliser de pompes de l'arrivée du raisin jusqu'à la mise en bouteilles du vin.

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Cela n'est possible que grâce à ces cuves mobiles que vous voyez-ci dessous (quatre en tout) qui montent et descendent selon les besoins

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Le cuvier comprend 72 cuves de tailles variées correspondant aux différentes unités de terroirs identifiées lors de l'étude pédologique du domaine. Il n'existe qu'un chai à barriques, mais celui-ci est immense.

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Comme cela se fait de plus en plus, le choix a été fait de créer une passerelle où le visiteur peut le voir parfaitement tout en ne perturbant pas les personnes qui y travaillent.

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Au bout de cette passerelle, le chef d'oeuvre de Jacques Garcia...

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... un caveau contenant les vieux millésimes du domaine.

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Place à la dégustation...

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Au programme, quatre bouteilles

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On démarre par la Goulée rouge 2011, vignoble acheté par Michel Reybier en 2005 et situé à l'extrême nord du Médoc, à deux pas de l'océan Atlantique : le nez évoque le fruit noir frais, le graphite et les épices. La bouche est élancée, tonique, fraîche, avec une matière gourmande et veloutée. La finale est savoureuse, avec des notes salines prononcées. Y a bon !

Cos d'Estournel 2008 : nez très fin, raffiné, complexe.Bouche toute en longueur, avec une belle tension et une matière douce et charnue, sensuelle. Finale intense, sans aucune dureté. Un très beau vin !

Pagodes de Cos 2009 : dès le nez surmûr et épicé, on sent le millésime riche... La bouche est raccord, ample, riche, généreuse, mais un peu too much à mon goût. Le seul vin de la dégustation où l'on sent l'alcool en finale.

Goulée blanc 2012 : très bonne idée de le servir après, à la bourguignonne. Le nez est fin et gourmand, sur les fleurs et les agrumes, et une fine note toastée. La bouche est fraîche, éclatante, de belle intensité. Et l'on retrouve le sel en finale, comme dans le rouge. Une très belle découverte !

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Nous voici maintenant en plein coeur de Saint-Julien...

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Bienvenue à Léoville-Poyferré (qui a rénové ses extérieurs)

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Cuvier assez classique situé de l'autre côte de la route

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Chai de première année, tout aussi classique

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... et chai de seconde année, plus moderne.

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Les choses sérieuses démarrent...

Léoville Poyferré 2013 : nez mûr, intense, épicé, avec beaucoup de fraîcheur (menthol). Bouche ronde, fruitée, avec de l'allonge et une matière charnue. Ce s'affermit et s'assèche un peu en finale. Dommage.

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Léoville Poyferré 1982 (non, il ne fait pas partie de la visite "standard" du domaine mais il a été acheté sur place – non sans mal –par l'un de nos généreux co-équipiers). La robe est évoluée, comme vous le voyez ci-dessus, mais loin d'être totalement tuilée.

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Le nez est fin, intense et complexe : prune, cèdre, cigare, sous-bois, épices, poivron grillé. 

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La bouche est ample, aérienne, avec une fine acidité apportant de la tension et une matière soyeuse caressant le palais. Un vin à la fois très intense et très digeste. Ce que l'on appellerait bourguignon aujourd'hui mais qui était aussi bordelais il y a trente ans.

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La finale est très pure et d'une grande élégance. Un grand vin, tout simplement. 

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Après avoir mangé chez Mémé (un restau, pas ma grand-mère), nous allons à Léoville Las Cases où nous découvrons les 7 vins de la galaxie Delon (Jean-Hubert, pas Alain). Bruno Rolland, le maître de chai, pensait que nous voulions juste déguster les échantillons de 2013. Il faut dire que les Primeurs s'étaient déroulés la semaine précédente.

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Alors, quoi que t'en penses ? semble-t-il se demander...

Fugue de Nénin : nez sur très beau fruit, bien épicé. Bouche ronde, souple, friande avec un fruit intense. Finale douce, sans dureté. Je veux bien en faire mon vin de tous les jours.

Nénin : nez plus intense, avec beaucoup de fraîcheur. Très belle bouche veloutée, débordante de fruit. Une petite tuerie. Jolie mâche gourmande en finale. Fianalement, je vais prendre celui-là en vin de tous les jours.

Chapelle de Potensac : nez plus fin, moins fruité mais des épices à revendre. Bouche plus en longueur, avec une matière souple et fraîche, formant un ensemble harmonieux. 

Potensac : nez plus riche, avec un fruit noir intense, rafraîchi par une petite touche végétale très sympa. Bouche classieuse, très médocaine, avec une droiture implacable, et en même temps une belle chair qui l'enrobe. Et puis un p... de fruit très intense et une belle mâche finale. Comme en 2010, Potensac me semble être une des grandes affaires du millésime.

Petit lion de Las Cases : nez plus mûr, limite fruit noir confit, plus des notes crémeuses, avec néamoins du peps et de la fraîcheur. Bouche à la fois ronde et tendue, avec une matière très gourmande, charnue. Belle persistance.  On en boirait des litres !

Clos du Marquis : nez plus fin et élégant, avec beaucoup de charme. Bouche ample, presque aérienne, avec une matière douce, au fruit pur et intense, finissant toute en douceur avec une belle longueur. Très bon !

Léoville Las Cases : nez plus touffu, plus riche, plus foisonnant, plus profond aussi. Bouche racée, puissante, majestueuse, avec un  fruit magnifique, et une p...de fraîcheur. La finale est d'une rare intensité, avec une mâche splendide. Oufti !!! Pour un certain nombres de critiques, c'est LE plus grand vin de la rive gauche dans ce millésime. Je n'en ai pas assez bu pour porter un jugement, mais je veux bien les croire.

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Nous avons eu droit ensuite à une visite pendant laquelle Bruno Rolland a longuement expliqué son travail.

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Mais il ne fallait pas trop traîner : nous étions attendus Pauillac par Christophe Congé, l'oenologue qui supervise les vinifcations à Lafite-Rothschild et Duhart-Milon, mais aussi la tonnellerie qui fabrique toutes les barriques utilisées par ces châteaux (+ Rieussec et l'Evangile).

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Autant dire que la visite était loin d'être standard. Non seulement il a une réponse complète à toutes les questions posées, mais il a beaucoup d'humour. Nous avons donc passé un très bon moment.

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Le cuvier traditionnel qui demande beaucoup de soin à l'entretien.

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Le chai à barriques de première année

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Dans les entrailles de Lafite...

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J'veux le même à la maison !

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Collection de trésors

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Ambiance vieux château...

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Le chai circulaire dessiné par Ricardo Bofill, beaucoup plus ergonomique qu'un chai tout en longueur. Chaque année, les cavistes parcourent 300 kms de moins ! Normalement, la dégustation se fait ici, mais l'air était saturé de soufre (les barriques venaient d'être sulfitées). Nous ne nous sommes donc pas éternisés...

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YES !

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La robe grenat sombre de ce Lafite Rothschild 2001 ne montrait pas d'évolution particulière. Le nez présentait encore le fruit de sa jeunesse, tout en déclinant aussi des notes de cèdre, de graphite et de Havane. La bouche était longiligne avec des tanins soyeux,  avec une race évidente et une grande intensité aromatique. La finale savoureuse n'épatait pas plus que ça, mais c'est quelques secondes plus tard que vous vous preniez une grosse baffe, avec une rétro incroyable qui n'en finissait pas. J'avais déjà eu cela sur Margaux 2009.

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Quelques vieilles bouteilles conçues avant la standardisation...

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Notre joyeux groupe devant l'entrée de Lafite :-)



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