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[Chronique Anniversaire] Outkast – Southernplayalisticadillacmuzik

Publié le 26 avril 2014 par Wtfru @romain_wtfru

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Devinez qui fête ses 20 ans cette année ?…Absolument tous les albums sortis il y a 20 ans !
Folie du hip-hop des années 90, beaucoup de discs de rap américain fêtent leur anniversaire et leur presque majorité US ces derniers temps. Parmi eux, il en est un que l’on se devait de célébrer. Parce que c’est l’un des albums majeurs de l’histoire du rap, pour la petite révolution commerciale qu’il a provoqué et surtout parce que c’est un de nos préférés.
Pour ce qui n’ont pas suivi ou qui percutent un peu moins vite, on souffle la vingtième bougie de Southernplayalisticadillacmuzik, premier album du groupe Outkast, formé d’Antawn ‘Big Boi’ Patton et d’Andre ’3000′ Benjamin, tous deux originaires d’East Point, Atlanta.
Southernplayalisticadillacmuzik, c’est aussi le nom le plus cool mais peut être le plus compliqué que l’on puisse donner à un premier album. Un titre qui mérite plusieurs éclaircissements.

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–> SOUTHERN : Avant le début des années 2000, avant que Lil’ Jon ne débarque avec son « Dirty South », le terme de rap sudiste (rien à voir avec les confédérés) avait encore un sens. De la Géorgie au Texas, en passant par le Mississippi ou la Louisiane, on pratique un rap au groove laid-back, aux mélodies composées sur une guitare étouffée ou sur un clavier pouvant aller du simple et funky au clairement psychédélique. Surtout, c’est la soul qui transpire de ce style, en particulier chez les ATLiens. Il n’est pas rare de voir surgir des cuivres au détour d’un morceau, ou encore un refrain aux parfums de r’n’b sur un autre.
Avec cet album, Outkast fait plus que perpétuer un héritage, il propulse ce style sur le devant de la scène, faisant de cet album une pierre angulaire du southern rap, comme du rap américain d’une manière générale. En créant une musique unique mais pleine de référence, qui transpire le hip-hop tout en conservant ce côté accessible qui plait au grand public, Outkast change la donne. Témoin de ce passage de relais, les Source awards 1995, en pleine période d’affrontement East-West, où ils viendront récupérer leur prix de meilleur nouveau groupe sous les huées générales. Si le milieu n’était pas prêt, il changera bientôt d’avis.

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–> PLAYA / CADILLAC : La richesse du duo repose largement sur les différences entre les deux personnalités du duo. Big Boi le gangsta et Andre le dandy, plus porté sur les meufs que sur les gros calibres. Pourtant si on devait trouver un mot d’ordre à cet album, une sorte de programme commun sur lequel se rejoindraient les deux lascars, on pourrait le formuler ainsi : Weed, Pimps, Players and Cadillacs. Plus qu’une devise, c’est un mode de vie qui nous est vendu avec ce disc.

« Southernplayalisticadillacmuzik, you know what I’m sayin’? Cadillac describes the vibe that we on, and the music if for your trunk, cause that’s how we ride. So we just describe it like that«   Big Boi

Il ne faut toutefois pas prendre cet album comme une collection de clichés sur la dure vie du proxénète ou sur les bonheurs de chiller en décapotable, le long d’une avenue ensoleillée. Les deux rappeurs sont aussi capables d’être lucides dans leur description de la vie au quartier. En refusant l’apologie de la violence et en s’éloignant d’une vision pour le moins primaire de la femme, Outkast évite les reproches fait à la scène « so gangsta » du sud tout en faisant passer son message.
Sur le morceau Git up, git out par exemple, ils mettent un grand coup de pied au cul de la jeunesse qui se morfond, you need to git, git out and do something, don’t let the days of your life pass by. You need to git, git out and do something, don’t spend all your day trying to get high.

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–> FUNKY MUZIC : Reste à aborder un dernier chapitre essentiel de cet album, celui de la Muzik en elle-même et de ses architectes, Organized Noize et toute la Dungeon Family.
Le donjon en question n’est en fait rien d’autre qu’un simple sous-sol d’un vieux bâtiment. Mais c’est là où se regroupent entre autres, Outkast, Goodie Mob et un trio de producteurs répondant au nom d’Organized Noize. Ces derniers sont responsables de l’entière production de Southernplayalistic, la première véritables sortie d’envergure de la family. Il est peu dire que Rico Wade, Ray Murray et Sleepy Brown s’en sortent avec brio, alliant instrumentation live et samples funky, mélangeant les influences, du country rap texan à la Miami bass façon 2 Live Crew.
Le sommet est atteint avec ce qui reste une des meilleures chansons de rap jamais enregistrées, le fantastique, le merveilleux, l’incroyable Player’s Ball, morceau originellement prévu pour la période de noël et qui, devant le succès rencontré, fut modifié pour pouvoir être écouté à toutes les saisons de l’année.
La Dungeon Family est ce genre de crew qui marque l’histoire d’une ville. Le rappeur Future ne s’y est d’ailleurs pas trompé au moment de se faire tatouer les deux bras.  A Atlanta, où la scène musicale et en particulier hip-hop est en constante innovation et dont l’influence se mesure souvent sur le pays tout entier, le rôle de précurseur de la Dungeon Family est extrêmement révélateur.

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Southernplayalisticadillacmuzik est le premier album d’une carrière qui ne sera jamais répétitive et il constitue finalement, l’album le plus « classique » du duo. Il y a 1000 choses à dire sur Outkast et son univers et chaque album mériterait d’être étudié avec attention. Mais comme on a pas envie de faire un article de soixante pages, on vous laisse avec un lien et un cri de guerre : Hootie Hoooo !

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