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[Critique] Noé

Publié le 27 avril 2014 par Pauline R. @Carnetscritique
[Critique] Noé

de Darren Aronofsky.

Sorti le 9 avril 2014.

       Mieux valait être ambitieux et déterminé à lutter contre des producteurs qui exigeaient le final cut, pour réaliser Noé. Darren Aronofsky (Requiem for A Dream, The Foutain, Black Swan) adapte l’épisode du Déluge, issu de la Bible. Le Créateur, déçu par l’attitude des Hommes (ses créations), décide de noyer l’humanité pour purger le monde, et lui permettre de prendre un nouveau départ. Il désigne Noé pour construire l’arche qui guidera les êtres vivants méritant d’être sauvés (animaux, insectes et quelques hommes choisis) dans ce futur monde purifié par les eaux.

   Le texte originel est concis, sobre et comporte peu de descriptions. Il laisse donc une large place pour la créativité des scénaristes qui souhaitent combler les vides. Aronofsky sonde le personnage de Noé (Russell Crowe), qui n’est décrit dans la Bible que comme l’outils de Dieu, celui qui construit. Ici, Noé adopte tout d’abord la vision de Dieu : lui aussi reste pétrifié devant le comportement des hommes les uns envers les autres (colère, avidité, meurtre, violences de toutes sortes). Le réalisateur ose, au grand dam des catholiques fondamentalistes, montrer l’ humanité mais aussi les doutes de Noé. C’est tout l’intérêt du film. Rendre compte du texte à la lettre aurait donné un court métrage !

Ila (Emma Watson) et Shem, le fils aîné de Noé (Douglas Booth).

Ila (Emma Watson) et Shem, le fils aîné de Noé (Douglas Booth).

          Aronofsky introduit un personnage qui n’existe pas dans la Bible. Ila, une petite fille que Noé recueille et élève comme sa propre fille, devient à l’âge adulte la promise de son fils aîné (il en a trois). Le réalisateur montre alors les incertitudes de Noé : Ila représente la seule chance de survie de l’humanité car ses deux plus jeunes « frères » n’ont pas de femme (autre entorse au texte). Or pour Noé, si Dieu décide d’anéantir l’Homme, il semble logique que le Créateur ne veuille plus du tout d’êtres humains dans son nouveau monde. Les interrogations de Noé quant à la pérennité de l’espèce sont pertinentes. On imagine bien et naturellement qu’un homme soumis à une telle responsabilité puisse se demander si ce qu’il doit faire –pour Dieu en plus !- est juste. Qu’importe le moyen de faire passer le message de cet épisode biblique ! On pardonne facilement à Darren Aronofsky les libertés plutôt intelligentes qu’il prend par rapport au « scénario » des Textes.

   Visuellement, les décors choisis sont somptueux et grandioses, et deux séquences de montage sont à savourer: toutes deux sont montées en accéléré et décrivent l’une le retour à la vie d’un espace complètement désertique, l’autre la création du monde. L’accéléré semble être l’œuvre du Créateur. Ca fait mouche. Une autre scène montrant Noé et sa femme (Jennifer Connelly), en ombres chinoises dans le coucher de soleil du désert, est vraiment magnifique. Aronofsky nous rappelle alors qu’il maîtrise son image et son montage.

   Il ose même introduire du fantastique dans ce passage de la Bible. Les Ecritures sont truffées d’Anges, de Géants, de Démons. Le réalisateur entreprend ici de montrer les Géants, qui règnent sur une partie de la Terre. Cela paraît surprenant dans un premier temps. Mais quand on relit la Bible, on les retrouve. Nous sommes peut-être trop enlisés dans une lecture sérieuse et obtus pour imaginer voit ces êtres prendre vie. Aronofsky a cette vision décomplexée qui nous décoince un peu par rapport à notre sérieux judéo-chrétien. Ce n’est bien entendu pas du goût de tout le monde…

   Il n’est reste pas moins que Noé est un film très hollywoodien. Noé a une famille magnifique, aux dents d’une blancheur parfaite ! Sa femme est superbe et son fils aîné sort tout droit d’un podium de mode. Les combats sont parfaitement chorégraphiés. Tout cela sonne faux et manque parfois de vérité. Si le film avait eu plus de sobriété et moins de bling bling, il aurait eu une aura bien différente. En plus, le scénario, dans le dernier quart du film, vire au mauvais thriller et au drame larmoyant, avec, en supplément, une musique trop grandiloquente.

   Noé reste néanmoins un film à voir pour le questionnement qu’il soulève et le choix qui s’offre au personnage principal : croire en son libre arbitre ou suivre aveuglément la Voix de Dieux. Et surtout, l’homme peut-il –enfin- vivre en paix avec son environnement (faune, flore) ? Le film, de ce point de vue, est une réussite.

                      Pauline R.


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