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Interview I Bosco Delrey le roi des sonorités vintage dans un monde moderne

Publié le 29 avril 2014 par Generationnelles @generationnelle

Ce Bosco n’a rien d’un âne mais est si culotté ! Rencontre avec cette bête musicale. 

Sa musique donne l’impression de partir dans les Rocheuses puiser les origines du rock’n roll. Son rire très puissant propulse tous ses interlocuteurs dans un pub cool de Memphis à parler de ses collègues et de ses occupations. Sauf que ceux- ci s’appellent Diplo, Terrence Malick ou chanter pour True Blood et mixer Benjamin Biolay. Bosco Delrey est comme son album The Green Tiger’s Alibi : hors du temps, exotique, tout sauf pop mais diablement efficace. Il suffit d’évoquer le collier symbolisant sa copine, sorte de robot des temps modernes pour aussi aborder la mode et la France, sacrée histoire d’amour. 

Bosco Delrey 1 - C Arno LAM

Comment un gamin du New Jersey décide-t-il de se mettre à la musique? 
Je pense que tous les enfants du New Jersey rêvent de faire de la musique ! (Rires) Je viens de Long Valley, un endroit assez ennuyeux, tout en haut d’une montagne. Je pense que la création musicale est souvent le résultat d’un certain ennui. Dans cet environnement de pas grand chose, tu fais tes devoirs. Et puis après? Tu regardes la télé, tu fais du skate, ça suffit à certains. C’est à ce moment – là que j’ai commencé à enregistrer des compo perso et puis… c’est devenu très vite une drogue. Dans la maison, on avait un piano mais mon père n’était pas un « tuteur » à proprement parler. Papa participait à des formations locales et a remarqué que son petit voulait jouer de la guitare puis de la basse. Donc à l’âge de 11 ans, il me laissa interpréter quelques chansons sur « scène ». C’est sans doute comme ça que j’ai « commencé » la musique.

C’est à New York que vous tentez une carrière de musicien?
J’ai déménagé à New York parce que je voulais devenir réalisateur de documentaire scientifique dans l’espace, sur la nature pour National Geographic ou pour Nova. Mais ça s’est avéré être un boulot ingrat et je ne connaissais personne dans ce domaine. Je suis donc devenu déménageur pour les maisons huppées mais parfois c’était flippant.Je me souviens d’un jour où on a dû déménager un appart hyper grand à Chinatown, il y avait des tas de meubles, et je me disais : je vais mourir sur place et tout ça pour 10$! Du coup, j’ai commencé avec quelques petits groupes mais ça n’est jamais allé très loin car les autres se décourageaient rapidement; moi je voulais vraiment que cela soit sérieux. Je n’ai jamais pensé que j’allais faire un disque ou que j’allais répondre à des interviews, c’était bien au-delà des plus fous de mes rêves! Ce serait déjà dingue si je pouvais avoir une chanson sur une compilation obscure d’un label inconnu!

Pourtant ce rêve vous l’avez réalisé notamment grâce au DJ Diplo de Major Lazer, notamment?
Oui j’ai finalement pu enregistrer une chanson et quelqu’un l’a mise sur le net. Pour moi c’était déjà le nirvana. Et puis après on me demande de faire un album, c’était trop parfait, je ne pouvais pas y croire! Je n’étais pas du tout prêt pour cet album mais j’ai menti! Pour moi c’était le grand bluff ! Et j’ai rapidement pris le chemin des studios d’enregistrement! Quand l’album est sorti, j’ai dit au label Mad Decent de le mettre sur Soundcloud dans la catégorie néo folk. Je pensais que c’était juste une nouvelle version de la musique américaine folklorique. Mais après, j’ai découvert ce que ça n’avait rien à voir avec ça…

Bosco TGTA with Sticker

Votre album est très très vintage. Et pourtant quand vous l’interprétez sur scène, ça devient un rock énergétique avec toute la formation grattes/batterie. Ce sont vos origines profondes, le rock’nroll ?
Sur scène, il y a forcément quelque chose que tu reçois de la foule, c’est complètement dingue! Je veux que la fosse, parfois trop calme, soit dingue, j’aime leur montrer comment se comporter et comment l’exprimer. Je veux extérioriser mes sensations. Et dans ce cas, c’est difficile d’être calme et « pop ». Quand je joue la chanson sur scène, je la vois dans ma tête, comme une projection de film. Je suis comme un acteur sur fond vert et c’est la musique qui vous permet d’imaginer le reste du film. Peut-être que je suis un mauvais acteur, je ne sais pas.(Rires)

Le cinéma et la télé font partie de votre vie maintenant. Comment cela s’est-il passé?
Je ne m’y attendais tellement pas! Je me suis dit : oh mon dieu! Jackpot ! ça a commencé avec True Blood. Mon manager aux Etats-Unis m’a appelé en me disant: » ils veulent ta musique sur True Blood. » Mais à ce moment, je n’avais aucune idée de ce qu’était True Blood, je pensais que c’était un genre de Buffy contre les Vampires. Depuis je n’ai toujours pas vu l’épisode en question mais ma mère m’a envoyé une photo du générique de fin avec mon nom.
Pour Terrence Malick, c’était autre chose. Il représente pour moi un réalisateur hors-pair ! Alors quand il m’a appelé ,vous imaginez ma tête! Il m’a demandé de jouer dans deux scènes, mais, je n’ai aucune idée si elles sont dans le film ou non, on ne sait jamais avec lui ! Le coordinateur musical m’a prévenu que plusieurs de mes chansons seront dans la bande-originale et il m’a appelé dans le générique « le Bosco ». Je lui ai répondu que quand je parlais de Terrence Malick, je l’appelais « le Maître ».

Vous êtes aussi connu pour avoir remixé Benjamin Biolay. Comment avez-vous abordé cette collaboration ?
Pour Biolay, j’ai juste pris sa voix sur sa chanson en duo avec Julia Stone et puis j’ai réenregistré tous les instruments; ça a dû me prendre 4 heures. C’est très proche de la création : d’abord tu observes, ensuite tu imagines après tu essaies de reproduire ce que tu imagines. C’est très simple (rires). A vrai dire, souvent je peux faire 45 versions d’une seule chanson. La première est souvent sympa mais je peux refaire à volo jusqu’à ce que j’aille au studio d’enregistrement. J’ai rencontré Biolay une fois en studio pour lui faire écouter le mix. Il me l’a fait jouer plusieurs fois en disant (il imite Biolay) : « c’était génial, j’adore, j’adore, j’adore! » Je ne comprends pas bien le français, du coup, pas les paroles de ses chansons et je sais que beaucoup de gens l’aiment pour son côté gainsbourien. Mais il est aussi un très très bon compositeur, faisant de la bonne pop.

Vous habitez en France depuis 1 an et demi. Qu’est-ce que cela veut dire pour vous ?
Je ne savais pas dire un mot de français donc j’essaie continuellement de faire des progrès dans votre langue J’adore la vie à Paris, avant j’habitais à New York. Là- bas, on ne voulait pas de moi sur les plateaux de films parce que j’étais américain et qu’on préférait engager un français ou un anglais. Maintenant, c’est moi l’étranger ! La vie est calme, je me sens plus créatif ici. Mon rêve aurait été de vivre dans une maison avec un côté donnant sur la campagne et l’autre sur la ville! Ici, je peux avoir ce sentiment parce que je peux aller en ville puis à Ménilmontant.

Vous avez un univers esthétique assez particulier notamment vos clips. Avez-vous des inspirations particulières ?
The Egyptian Holed Up a été tourné il n’y a pas longtemps (NDLR : au moment de l’interview), j’ai vu le montage cut et c’est très cool ! Il ressemble enfin à un vrai clip, pas que les autres n’en soient pas mais ils ne sont pas ce qu’on avait imaginé initialement. L’idée du premier était de réveiller les gens dans une fête dans un énorme manoir mais en fait cela ressemble plus à une rave! Pour l’autre, je voulais ressembler à un épisode jamais diffusé du show TV Party à New York et qui a accueilli Blondie, Jean-Michel Basquiat présenté par Glenn O’Brien. Dans les années 80, c’était le spectacle que tous les artistes désiraient réaliser.

Dans W Magazine, vous avez posé avec la nouvelle scène internationale avec Selah Sue et Adam Green entre autres. Parlez-nous de cette expérience
Il m’a demandé de choisir les vêtements que je voulais porter et j’ai dit que je voulais ce costume dingue cher et fleuri parce que je n’allais pas avoir tous les jours l’occasion de porter un tel vêtement. Je n’ai pas particulièrement pensé : tiens qu’est ce qui me conviendrait le mieux? C’est vraiment un jeu pour moi d’enfiler un complet à 10 000$. Si j’avais les moyens, je serais plus excentrique que Liberace, je ne prétendrais pas être pauvre, je ne suis pas un menteur!

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@Crédits Photo : Arno Lam et Emma Summerton


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