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Déjà Mort

Publié le 29 avril 2014 par Olivier Walmacq

déjà mort

Année: 1998 (interdit aux - 12 ans)
Durée: 1h45
Genre: drame

L'histoire: Laure a vingt ans, elle est belle et veut réussir à tout prix. Andrea est fou d'elle et pour mieux la séduire, il la présente à Romain et David, deux flambeurs de la Côte d'Azur qui ont monté une agence de photos de charme. Pris dans un tourbillon de fêtes, de cocaïne et d'argent facile, les quatre jeunes gens vont commencer une irrémédiable descente aux enfers, avec pour certains d'entre eux, la mort au bout du chemin. 

La critique d'Inthemoodforgore:

En 1998, la France gagnait la Coupe du monde de football et le pays tout entier entrait dans une liesse mémorable. Cependant il faut bien reconnaître que côté cinéma, les films qui sortaient à cette époque donnaient plutôt l'envie de se mettre une balle: "J'irai au paradis car l'enfer est ici", "J'aimerais pas crever un dimanche", "Déjà Mort"... Sans compter que Xavier Beauvois nous avait gratifié quelques temps auparavant d'un superbe "N'oublie pas que tu vas mourir".
Déjà Mort est le deuxième film d'Olivier Dahan et pour ses presque débuts, le futur réalisateur de La Môme fait confiance à la jeune génération en réunissant Benoît Magimel, Romain Duris, Zoé Felix et Clément Sidony, qui lui, ne connaîtra plus de grands rôles par la suite. Déjà Mort se révèle être une oeuvre choc qui nous balance une bonne claque dans la gueule. Une oeuvre qui parle de pornographie. Pas de manière frontale et explicite, bien sûr; on s'en serait douté avec ces acteurs "grand public". Mais un film qui a le mérite de décrire sans concession les dérives d'un univers dépravé où règne tous les excès. 

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A travers le parcours désespéré d'une jeune femme prête à tout pour accéder à la célébrité et à la reconnaissance, Dahan dresse le portrait peu reluisant d'une certaine jeunesse. Une jeunesse désabusée, avide de notoriété, qui veut tout et tout de suite. De nos jours, on pourrait remplacer le thème de la pornographie par celui de la télé réalité

Attention spoilers: Andrea vit dans les quartiers populaires du vieux Nice. Il tombe fou amoureux de Laure qui, comme lui, végète dans la médiocrité. Il fait alors la connaissance de Romain et David, deux jeunes issus de familles très aisées, qui montent une agence de photos de charme. Afin de séduire Laure, Andrea la présente aux flambeurs fortunés, pour qui la vie semble facile. Très vite, ces derniers ne vont plus se contenter de photos et engagent la jeune femme pour leur premier film pornographique, bien que celle ci soit déjà liée par contrat a Millo, un producteur véreux. Pris dans la spirale infernale de soirées cocaïnées, d'argent facile et de jalousie inavouée, Andrea se rend chez Millo et l'abat. En représailles, les sbires du producteur débarquent alors chez David pour une expédition punitive qui tourne au carnage alors qu'au loin, éclatent les feux d'artifice du 14 juillet.

Déjà Mort est un film pessimiste, nihiliste même. Dès le départ, on se doute que Dahan n'accordera aucune chance à cette jeunesse arrogante et désoeuvrée qui se brûle les ailes. Il pousse la description de ses personnages jusqu'à la caricature pour accentuer leur côté bling-bling. En fait, le réalisateur fait ici non seulement le procès du milieu du X mais aussi celui de la jeunesse dorée d'une France qui n'est pas encore en crise. Il associe clairement sexe et argent; sur ce point, on ne peut pas vraiment le contredire. Bien sûr, tous les tournages pornographiques ne se terminent pas (heureusement) en règlement de compte et en bain de sang.
Je vois la fin du film comme une sorte de message d'avertissement adressé par le réalisateur. Ainsi comment ne pas penser au cas de Karen Bach, actrice porno décédée d'une overdose en 2005 ou à celui, moins tragique mais tout aussi évocateur, de Loanna, égérie déchue et dépressive d'une télé de pacotille. Ou comment on achève bien les pseudo idoles. Le quart d'heure de célébrité cher à Andy Warhol est devenu le seul but à atteindre de ces jeunes paumés dans une société anxiogène. Pour un qui réussit, combien restent sur le carreau, jetés dans les abîmes de l'oubli parfois pire.

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En tout cas, Déjà Mort peut compter sur des acteurs excellents malgré leur jeune âge à l'époque. Duris est parfaitement insupportable en gosse de riches, défoncé du matin au soir. Zoé Felix est à mille lieux de son rôle de potiche dans Bienvenue chez les Ch'tis. Quant à Magimel, il tient son rang avec un aplomb remarquable. Évidemment, le film loin d'être parfait.
On pourrait reprocher au réalisateur un traitement parfois trop manichéen de l'histoire. On aurait aimé plus de profondeur (sans jeu de mots) dans la description de ce milieu si particulier qu'est celui du X. Un milieu glauque et opaque où les apprenties actrices peuvent rapidement se retrouver victimes à la fois de leurs dépendances et de mauvaises fréquentations.

Avec Déjà Mort, Dahan signe une oeuvre coup de poing, terriblement noire et, on peut le dire, assez dérangeante. On sentait que le talent était là, restait à gommer quelques erreurs de jeunesse, comme certaines invraisemblances dans le scénario. Hélas, malgré le succès considérable du très formaté La Môme, le réalisateur n'a pas confirmé les espoirs que l'on plaçait en lui. Il s'est même récemment fourvoyé en commettant Les Seigneurs, un navet si affligeant qu'on aurait pu le croire signé Fabien Ontoniente. Je vous conseille donc d'oublier cette dernière infamie et de jeter un coup d'oeil sur ce drame troublant qu'est Déjà Mort. Mérite sincèrement le détour. 

Note: 14/20


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