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[Critique] JOE

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] JOE

Titre original : Joe

Note:

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Origine : États-Unis
Réalisateur : David Gordon Green
Distribution : Nicolas Cage, Tye Sheridan, Adriene Mishler, Gary Poulter, Ronnie Gene Blevins, Aaron Spivey-Sorrells, Sue Rock, Heather Kafka…
Genre : Drame/Adaptation
Date de sortie : 30 avril 2014

Le Pitch :
Ancien taulard, Joe tente de maintenir sa vie sur les rails. Le jour, il dirige une équipe qui est chargée du déboisement de la région et la nuit, il boit. Un matin, Gary, un adolescent, vient demander du boulot à Joe qui décide de lui donner sa chance. Sympathisant rapidement avec le gamin, Joe fait également la connaissance du père de ce dernier, un alcoolique violent qui tyrannise sa famille en utilisant l’argent de son fils pour s’enivrer. Il voit alors l’occasion d’expier ses pêchés et prend Gary sous son aile, l’aidant du mieux qu’il peut…

La Critique :
Nicolas Cage est un acteur incroyable. Depuis ses débuts, en 1982, dans Ça chauffe au lycée Ridgemont, il n’a jamais cessé de tourner. Il a porté à bout de bras plusieurs dizaines de longs-métrages. Des bons et des moins bons. Des chefs-d’œuvres (Sailor & Lula, Adaptation, Birdy, Leaving Las Vegas…) et des navets. Depuis quelques années, il est devenu également l’objet d’un étrange culte sur internet et son talent est passé au second plan. Lui, de son côté, payait le prix de ses excès, avec le fisc notamment. Discrètement car au fond, on l’a toujours vu à intervalles réguliers. Dans des films d’action, dans des drames, des comédies, des trip fantastiques ou encore des thrillers. Nicolas Cage est un bosseur. L’un des plus grands. Il aime le heavy metal, les comics, Elvis et son métier. Ses cheveux, qui sont précisément l’objet de cet étrange culte, franchement, on s’en fout. Lui en tout cas s’en fout. Il se moque de passer pour un con. Il sait qui il est et n’hésite pas à qualifier de « merdes » beaucoup de films alimentaires qu’il a tourné. Le truc, c’est qu’il assume. Encore aujourd’hui au vu de ses dernières déclarations fracassantes. Il assume et continue sa route. Il donne l’impression de se donner à fond dans tout ce qu’il entreprend. Que l’on parle du DTV poussif Suspect ou de ce récent Joe. Il n’est pas là pour faire tapisserie. Sa conception du métier d’acteur exclue toute passivité. Quitte à en faire trop. Quitte à se mettre les cinéphiles à la mémoire trop courte à dos. Nicolas Cage fait son métier. Il met les tripes sur la table, s’ouvre les veines devant la caméra et reste entier, quelles que soient les circonstances.
Tout dépend alors du rôle, du scénario et du réalisateur. Diriger Nicolas Cage s’apparente à dompter un fauve. Un fauve qui aujourd’hui, colle parfaitement avec le récit de Joe. Nicolas Cage est Joe. Joe est Nicolas Cage. Il ne joue pas, il est. Que les autres en prennent de la graine.
On parle de come-black, mais Cage n’est jamais parti. Il jouait. Il bossait. Combien de croûtes Picasso a-t-il jeté aux orties entre ses chefs-d’œuvres ? Alors oui, dans Joe, Nicolas Cage est époustouflant. Mais au fond ce n’est pas nouveau. On le savait déjà et tant pis pour ceux qui l’avait oublié et qui le redécouvrent ici.

Solide, brut de décoffrage, âpre et taciturne, Nicolas Cage habite cette authentique tragédie du quotidien sortie de l’esprit de l’écrivain Larry Brown. Parfait dans le rôle de cet ancien prisonnier en quête de rédemption, Cage personnifie avec l’intensité et le dévouement qui lui sont propres, les ressentis d’un homme qui tente par tous les moyens de contrôler le feu qui le dévore. Véritable cocote-minute, Joe est un homme bon, mais fougueux. Comme le Sailor de Sailor & Lula, il agit impulsivement, tente de faire le bien mais commet des erreurs plus qu’à son tour. Sa rencontre avec ce gamin, abimé par la vie, représente alors sa chance de saisir cette lueur d’espoir qui lui échappe sans cesse. L’occasion, en quelque sorte, de remonter le temps pour réparer ce qui doit l’être.
Un adolescent joué par le surdoué Tye Sheridan, vu auparavant dans Tree of Life et Mud. Parcours sans faute pour le jeune comédien qui continue d’incarner la détresse d’un sud américain frappé de plein fouet par la crise. L’Amérique des oubliés. C’est précisément de cela dont il est question dans le film de Gordon Green. Il n’y pas de privilégiés. Juste des gars qui arrivent tant bien que mal à maintenir la tête hors de l’eau.
Le choix du cinéaste d’embaucher de parfaits inconnus, même pas acteurs de profession, apparaît alors comme géniale. Ces personnes ne simulent pas. Ce qu’elles jouent reflète ce qu’elles vivent, à l’image du troublant Gary Poulter, qui incarne le père de Tye Sheridan et que Gordon Grenn a trouvé dans la rue. Rencontré à un arrêt de bus alors qu’il faisait de la breakdance pour récolter de quoi se nourrir, Poulter crève l’écran. Son rôle n’est pourtant pas évident. Intense, perturbant, effrayant, à la fois fort et faible, charismatique au possible, Poulter est une révélation. Un acteur né qui malheureusement décéda peu après le tournage.

Continuant à appliquer les mêmes recettes de mise en scène que pour son précédent et très réussi Prince of Texas, David Gordon Green fait de Joe une fable mi-contemplative mi-sauvage, à la classe inouïe. Parcouru d’accès de violence terrassants, son film est aussi l’objet de petites expérimentations notamment au niveau du montage, ce qui lui confère un côté fascinant et une personnalité propre. La musique se fait quant à elle discrète bien qu’omniprésente. Elle illustre l’étau qui se resserre sur les protagonistes, tandis que l’histoire s’apprête à trouver sa conclusion, alors que la chaleur, notamment illustrée par une magnifique lumière, en rajoute une couche en poussant à l’abandon ses âmes errantes.
Œuvre brillante marquée par une profonde sincérité, Joe raconte une histoire simple. Une histoire de rédemption. Celle d’un type qui regrette et qui tente de nager à contre-courant pour se racheter. Celle d’un gamin qui galère pour s’extirper d’un schéma fatal. Dans la lignée des récents Mud, Les Amants du Texas ou Les Brasiers de la Colère, Joe gagne sa légitimité grâce à la force combinée de son histoire, de ses acteurs, de son scénario et de son réalisateur, en état de grâce. Sans faire de concession, le film est aussi perturbant que fascinant. Il remue et laisse une empreinte durable. Hors du temps, il impose son universalité à la manière des grands classiques du cinéma humaniste américain et s’apparente à un véritable uppercut qui laisse K.O.

@ Gilles Rolland

Joe Nicolas Cage [Critique] JOE
Crédits photos : Wild Side/Le Pacte

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