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Il faut beaucoup aimer les hommes de Marie Darrieussecq

Par Séverine @Sev_chronique
Il faut beaucoup aimer les hommes de Marie DarrieussecqSolange est une actrice française, installée à Los Angeles. Lors d’une soirée chez le célèbre George, elle fait la rencontre de Kouhouesso, acteur canadien d’origine canadienne. C’est le coup de foudre, surtout pour elle. Solange est blanche, Kouhouesso est noir, et leur relation ne sera pas de tout repos.
Le titre du roman de Marie Darrieussecq est tiré de La Vie Matérielle de Marguerite Duras : « Il faut beaucoup aimer les hommes. Beaucoup, beaucoup. Beaucoup les aimer pour les aimer. Sans cela, ce n’est pas possible, on ne peut pas les supporter. ». Et l’écriture de Marie Darrieussecq m’a rappelé à certains moments celle de Duras, notamment dans la scène de la rencontre entre Solange et Kouhouesso. Je parle d’ailleurs volontairement de scène, comme au cinéma, car ce roman est construit comme un film : un générique, un début, un « The End » et même des bonus. Et on y croise des stars de cinéma : George (Clooney), Matt (Damon), Vincent (Cassel), Steven (Soderbergh)…  
Il faut donc beaucoup, beaucoup aimer Kouhouesso pour pouvoir le supporter. Car il est distant, présent par intermittence et surtout totalement obnubilé par son projet de film, une adaptation d’Au cœur des ténèbres de Conrad. Si on ne doute pas du coup de foudre pour Solange, on peut franchement se poser la question pour Kouhouesso. Solange est prête à tout pour lui, prête à le suivre jusqu’en Afrique et à mettre de côté sa carrière d’actrice frenchie qui commence à se faire connaître. Si j’ai d’abord trouvé Solange touchante dans son désespoir de femme amoureuse, toujours dans l’attente que Kouhouesso la rejoigne chez elle ou l’appelle ou tout simplement daigne lui parler ou la regarder, j’ai fini par m’agacer légèrement de son comportement soumis et passif.  
Marie Darrieussecq raconte aussi les difficultés qui existent encore pour les couples mixtes : les regards des autres, les différents de points de vue et d’expérience.  Kouhouesso subit encore le racisme ambiant, et il en veut presque à Solange, qui ne peut pas comprendre à cause de son statut de Blanche : « Il l’arrêta, elle était trop française, barricadée dans ses propres préjugés, qu’elle le laisse finir : il aurait eu du mal, comme toujours dans ces dîners, à isoler une phrase vraiment raciste – il avait sa petite idée mais passons – c’était l’ensemble, et c’était fait exprès : on ne peut jamais pointer l’ennemi, il est pris dans l’entièreté de son monde, dans son raisonnement de dominant. C’était ce bloc qui l’épuisait, ce mur qu’ils lui opposaient sans même sans rendre compte, leur monde qu’ils prenaient pour l’univers. » Solange quant à elle, cherche à connaître l’Afrique, à travers Kouhouesso, à dépasser les préjugés et clichés pour se faire une idée de ce qu’est vraiment ce pays. 
C’est donc avec beaucoup de plaisir que j’ai lu cette histoire d’amour en cinq actes, rythmé par la belle écriture de Marie Darrieussecq que je découvre pour la première fois et qui a su m’émouvoir.
Lu dans le cadre du Prix Océans.

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