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Feuilleter une anthologie n’est pas toujours jouissif, car le choix des textes présentés reste toujours subjectif et peut ne peut correspondre au goût du lecteur!
Mais si l’auteur est connu et reconnu, l’envie de se plonger dans l’univers qu’il a choisi est prégnante et Edouard J MAUNICK nous entraine dans une petite ballade fort agréable “POEMES ET RECITS d’Afrique Noire, du Maghreb, de l’Océan Indien et des Antilles“, publié en 1997 aux Editions du Cherche-Midi.
Mauricien installé à Paris depuis 1960, il a travaillé dans le journalisme engagé dans le panafricanisme avant d’entamer une carrière d fonctionnaire international à l’UNESCO, tout en publiant d’ouvrages poétiques et d’enregistrements sonores et une série d’anthologie sur divers sujets africains.Il connait donc son sujet.
Une anthologie ne se lit pas de la première à la dernière page, elle se feuillète et le lecteur s’arrête à un titre qui l’interpelle ou au nom d’un auteur qui l’intéresse.
Dans celle-ci, les auteurs sénégalais sont les plus cités, avec quelques anonymes et quelques grands noms comme Aimé Césaire, Léopold Sedar Senghor et Tam’si Tchikaya
Ainsi, j’ai pu découvrir des perles poétiques, comme ce “Prière d’un fils de pêcheur” de Fatou Son N’Daye :
Mer immense, mer sans limite
épargne mon père, le pêcheur,
qui dès l’aube
affronte tes flots,
mais si un jour
ton courroux se déchaîne,
épargne mon père, le pêcheur
car ma maman que l’angoisse étreint
quand hurle la tempête
est une barque désemparée et son cœur bat le glas.
Mer immense, mer sans limite
Epargne mon père, le pêcheur
pour que nos sept faims
puissent s’assouvir de pain de sel quotidiens.
Je me suis longuement attardé à lire et à relire ce poème sans titre de Amadou LAMINE SALL :
Mais Dieu qu’elles sont
toujours tristes les rues au petit matin
l’enfant sans foyer au petit matin
et tous ces regards à vivre
tous ces fragiles et menus pieds nus écorchés
tous ces pots de pitance vides
au cou rouillés des petits talibés
de petis talibés de quatre ans
de petits talibés de six ans….l’âge de mon fils
de petits talibés qui ne mangent pas et lui qui mange
qui ne lisent pas et lui qui lit déjà.
Je me suis amusé avec mon petit-fils à réciter “RIME” de Gana KEBE MBAYE : j’en ai apprécié le rythme, il en a aimé la simplicité.
Tourterelle
sauterelle
çà rime, çà rime
comme prime et crime.
Ecolier
et collier,
çà rime, çà rime
comme fume et parfume.
Papillon
et grillon, çà rime, çà rime
comme cerceau et berceau.
Vive le rime, la belle rime,
pour les tout-petits!
J’ai aussi découvert quelques contes dont certains ont beaucoup amusé mon petit-fils comme “Chassez le naturel…. ” de Edouard NGOM où un lièvre et un singe essaient de refréner vaine ment leurs tics respectifs ou d’autres de M.M. DIOUF plus grave tel “Qui peut m’aider à mettre cette jarre sur ma tête?” qui relate l’égocentrisme d’une mère indigne et plus optimiste comme “BOORI“qui met en scène un enfant qui a perdu une vache confiée à sa garde par son père.
L’Algérie est représentée dans cette somme par un poème de Assia DJEBBAR intitulé “ALGER“, construit sur une anaphore, qui commence par “ville-vaisseau les flottes sombrées” et se termine 40 vers plus loin par “ville-flambeau la liberté” , “ville-des deux îles de Bab Aroudj”.
La poétesse réunionnaise Agnès OLIVE figure dans cette anthologie avec son poème “La race du poète” dont les premiers vers résonnent bien comme le cri d’une habitante d’une île du bout du monde :
“Dehors
est un grand pays.”
L’autre insulaire qui figure dans cette anthologie, le haïtien DAVERTIGE évoque lui aussi dans un poème la notion de “L’espace en lui même“, comme s’il étouffait dans son île maudite :
“Je m’en vais dans l’espace d’un homme seul”
Pour sa part, la littérature marocaine est évoquée à travers deux auteurs, évoluant dans deux univers différents. On y trouve un texte de Mohammed Khaïr-Eddine : le premier un inédit dédié à Mehdi El Mandjra et intitulé “Reptiles”, très caractéristique du style torturé de feu Khaïr-Eddine et l’autre “L’arganier” où le poète évoque l’arbre symbole de son Sud natal.
L’autre représentant marocain est bien sûr l’omniprésent Tahar Benjelloun. Mais l’auteur de l’anthologie ne doit pas manquer d’un certain humour car parmi les trois textes qu’il a retenu il a choisi l’un qui commence ainsi :
“Cet homme vend du sable et des mots.”
Pour finir, je ne peux pas me retenir d’émettre une réserve sur cette anthologie : Edouard J. MAUNICK aurait pu présenter, même de manière succincte, les auteurs, poètes et conteurs qu’il a choisis.
