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Contre les élections

Publié le 09 mai 2014 par Lecteur34000

élections

« Contre les élections »

VAN REYBROUCK David

(Babel/Actes Sud)

La première partie de l’ouvrage, intitulée « Diagnostics » est assez convaincante. Même si elle n’apporte pas d’éléments nouveaux, elle parvient à établir une synthèse des problèmes auxquels se confrontent les démocraties occidentales. Un paragraphe la résume fort bien.

« Nous avons réduit la démocratie à une démocratie représentative et la démocratie représentative à des élections. Un système valable s’est trouvé ainsi confronté à de graves problèmes. Pour la première fois depuis les Révolutions américaine et française, les prochaines élections pèsent plus lourd que les précédentes. Il s’agit là d’une transformation effarante. Le passage aux urnes n’accorde plus qu’un mandat très provisoire. Nous ramons avec des rames toujours plus courtes. La démocratie est fragile, plus fragile qu’elle ne l’a jamais été depuis la Seconde Guerre mondiale. Si nous n’y prenons garde, elle dégénérera peu à peu en une dictature des élections. »

Le Lecteur est peu ou prou d’accord avec ce constat. La France avec son système monarchique offre une sorte de caricature de ces dérives progressives : le Monarque, à peine élu, entre aussitôt dans une nouvelle campagne électorale et n’agit pour l’essentiel que dans la perspective d’obtenir du corps électoral un nouveau mandat. David Van Reybrouck a mille fois raison de rappeler la réflexion d’Aristote : « Le principe fondamental du régime démocratique, c’est la liberté… Une des marques de la liberté, c’est d’être tour à tour gouverné et gouvernant. » Le Lecteur partage donc la conclusion que tire de cette réflexion le chercheur belge : « La liberté, ce n’est pas : être soi-même au pouvoir. Ce n’est pas non plus : ne pas avoir à respecter le pouvoir. La liberté, c’est l’équilibre entre autonomie et loyauté, entre gouverner et être gouverné. »

La seconde partie, celle de l’énoncé de solutions héritées du modèle grec, n’a par contre pas pleinement convaincu le Lecteur. David Van Reybrouck s’évertue en effet à imaginer une sorte de système mixte dans lequel se conjugueraient le modèle actuel, celui de la démocratie représentative, et le modèle grec antique, basé lui sur le tirage au sort des citoyens destinés à assumer, souvent durant un laps de temps assez court, des charges publiques. Même si l’Auteur, Lui, fait appel à Jean-Jacques Rousseau pour étayer son argumentaire. Même s’il rappelle non sans pertinence que « si… les élections sont aujourd’hui un instrument démocratique périmé, nous apprenons aujourd’hui qu’elles n’ont jamais été conçues comme un instrument démocratique. » Les exemples que cite David Van Reybrouck, pour convaincants qu’ils fussent (Islande, Irlande, Ontario, Pays-Bas, Colombie Britannique) ne permettent pas, aux yeux du Lecteur, de les appliquer comme des sortes de modèles universels. Si dans des cas limités, le tirage au sort peut permettre de mettre en place des assemblées délibératives, il appartient toujours au Peuple Souverain d’assumer ses prérogatives. Dans un contexte rénové qui ne fasse pas de l’action politique une profession « durable » mais un moment limité de la vie d’une citoyenne ou d’un citoyen.

David Van Reybrouck: «La démocratie fonctionnerait mieux avec des citoyens tirés au sort»


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