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Le congres - 5/10

Par Aelezig

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Un film de Ari Folman (2013 - Israël, Allemagne, Pologne, Luxembourg, France, Belgique) avec Robin Wright, Harvey Keitel, Danny Huston,  Paul Giamatti, Kodi Smit-McPhee, Sami Gayle - (mi-réel / mi-animation)

Mode d'emploi, please...

L'histoire : Robin Wright, 45 ans, actrice en déclin, se fait tancer par son agent. Trop de caprices, trop de coupures dans sa carrière (notamment pour s'occuper de son fils malade) et conséquence : plus aucune proposition. Il ne reste plus qu'un espoir : accepter la demande du studio chez qui elle est en contrat et se faire scanner. Son corps, son visage, ses expressions, chagrin, douleur, sourire, rires, tout ce qui fait son charme et son talent, seront ensuite utilisables par les studios pour réaliser les films qu'elle a refusés autrefois ou dont elle a brutalement quitté le tournage, et qui auraient cartonné au box-office. Robin, à qui l'on redonnera toute la splendeur de ses 30 ans, gardera éternellement le visage et le corps de cet âge idéal, pour le plus grand bonheur du spectateur... et du studio. En échange, une confortable retraite pendant vingt ans.

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Mon avis : Voilà encore un film que je me sens incapable de noter... J'étais super contente de le découvrir car j'avais adoré le Valse avec Béchir du même réalisateur, et il me semblait bien que les louanges avaient inondé la sortie de cette nouvelle oeuvre, atypique, entre réel et animation. Et puis retrouver la belle et talentueuse Robin est toujours un plaisir. Hélas... si je dois admettre que j'ai été captivée par l'aspect formel et l'onirisme SF de la chose, de gros défauts et l'hermétisme de beaucoup de scènes m'ont agacée et je me suis souvent ennuyée. Pourquoi donc a-t-on parlé de chef d'oeuvre, d'une originalité stupéfiante ? Essayons d'analyser.

D'abord, il y a LA première image. Un choc visuel bouleversant. Le beau visage de Robin, en plan serré, immobile, de grosses larmes roulant sur ses joues. Ca dure quelques secondes ; quelqu'un qu'on ne voit pas lui assène ses défauts, ses erreurs... Elle essuie ses larmes et la caméra recule pour nous montrer le duo et entrer dans le vif de sujet. Cette scène, et ROBIN, sont absolument SUBLIMES. J'étais comme hypnotisée par ce plan. Mais c'était peut-être très personnel, je ne sais pas. En tous cas, je me suis dit que c'était prometteur, que le film s'annonçait effectivement comme un OVNI et que j'allais tomber sous le charme.

Que nenni. Cette séquence est la seule qui m'ait vraiment subjugée. Tout le reste ne fut que déception à part quelques jolies trouvailles ici et là.

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Le film s'avère coupé en deux parties très nettes et à peu près égales en longueur. Ce qui n'est pas très propice à la fluidité... Pourquoi cette coupure ? Pourquoi Robin se retrouve-t-elle soudain dans un dessin animé ? Je n'ai rien compris... Qu'on la voie - Robin scannée - dans DES dessins animés, soit, mais restant, elle la vraie, dans le monde réel pour d'autres scènes, j'aurais pigé ; mais là... mystère et boule de gomme. Cette coupure entre les deux mondes ne m'a pas plu car franchement je n'ai pas capté. Et puis, déjà, toute la première partie, fort agréable dans sa mise en scène et son propos, n'en demeure pas moins extrêmement bavarde... ça papote, ça papote, on s'ennuie, on regarde sa montre, jusqu'à ce qu'enfin la môme Robin aille se faire scanner. Après, ellipse et carton Vingt ans plus tard. Ah bon. Et là, on entre dans le dessin animé, pour ne plus le quitter, sauf une brève réapparition du monde réel, où l'on voit Robin, vieillie, qui erre dans une ville sale, pleine de gens misérables... Rien compris, non plus. 

Idem pour l'histoire de son fils, Aaron. Il semble central dans l'histoire puisque sur la fin, il n'en finit plus d'apparaître (lui aussi en dessin animé) dans la vie de sa mère, avec de multiples références à son enfance, passionnée par tout ce qui vole. On sent bien qu'il y a là quelque chose d'important ; bien sûr c'est la relation forte entre une mère et son fils, malade chronique, mais je n'ai pas saisi le message que voulait nous faire passer le réalisateur.

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Et puis c'est quoi ce délire sur l'aviation (...en passant par l'évocation des frères Wright...) : Robin et ses enfants habitent à quelques petits mètres des pistes d'atterrissage d'un aéroport, avec de gros zincs qui passent juste au-dessus de leur hangar-habitation ; lepetit garçon est obsédé par les avions et les cerfs-volants ; à la fin retour, en dessin animé, sur ce lieu ; séquences où Robin et Dylan volent... Ca doit vouloir dire quelque chose, mais quoi ?

Cette partie animée est très belle sur la forme, elle aussi. Très originale. A mi-chemin entre le manga et les Simpsons ! Plein de poésie, d'imagination, de jolies créations (les gros n'avions qui ont des ailes d'oiseau...). On est entre Le voyage de Chihiro, pour le côté maga et poétique ; Avatar pour les décors fabuleux, voire psychédéliques ; et Matrix, pour l'aspect mais-dans-quel-monde-vivons-nous : dans une "matrice" ? Trois excellentes références chez moi puisque je leur ai attribué respectivement 10/10, 10/10 et 9/10 ! Mais la beauté, le rêve et le mystère... ça ne suffit pas si on ne comprend rien. Vous me direz que dans Matrix... on ne commence à piger qu'à la troisième vision. Enfin moi, en tous cas. Peut-être faudra-t-il que je revoie ce Congrès plusieurs fois, car je sens bien qu'il s'y passe des choses fantastiques que je n'ai pas su interpréter.

L'immense atout du film (du moins dans la première partie, puisqu'après elle est dessinée), c'est Robin Wright qui joue son propre rôle. Enfin presque. Elle a le même nom, elle est née au Texas, elle a la même première partie de carrière (Princess Bride, Forrest Gump... ) puis une seconde un peu en dents de scie, elle a deux enfants, mais la fausse vraie identité s'arrête là : pas de Sean Penn en vue et les enfants sont en bonne santé ! Bel esprit d'auto-dérision de la part de l'actrice, et magnifique prestation ; quelle grande actrice ! En parlant de Sean Penn, j'ai trouvé que le personnage de Dylan, son "animateur" du futur, lui ressemblait ! Clin d'oeil à celui qui fut son compagnon pendant quinze ans ? Je ne crois pas, car le fait qu'il soit son "animateur" pourrait faire croire que Sean était son pygmalion, que sans lui, elle n'était rien ; ce n'est pas très sympa, d'autant qu'elle nous prouve que depuis son divorce, elle se débrouille fort bien à l'écran sans lui ! Enfin... en même temps... on ne peut pas dire qu'elle tourne beaucoup non plus... Bon. Oubliez, j'ai dû me faire un délire sur ce coup-là.

Ceci dit, on reconnaît tout autour de Robin une foule de personnalités de Hollywood (ou d'ailleurs, j'ai vu Coco Chanel !) caricaturées... mais aussi des personnages de dessins animés connus... c'est très amusant !

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La scène où elle se fait scanner est bouleversante et rappelle la toute première image. Robin fait son boulot d'actrice et obéit aux injonctions de l'informaticien (souris, éclate de rire...). Mais elle a du mal, car elle souffre de ce concept qu'elle a été plus ou moins obligée d'accepter. Elle craque. Son agent prend alors le relais, il la connaît bien... il la "manipule" en lui rappelant des éléments heureux et malheureux de sa vie, et le visage de Robin redevient vibrant d'émotions vraies... à la grande joie du studio.

Le deuxième atout fort du film, c'est le message véhiculé sur la cruauté du monde actuel vis-à-vis de la vieillesse et du culte de la jeunesse ; une réflexion également sur l'avenir du cinéma, avec la montée en puissance du numérique qui pourrait bientôt rendre les acteurs inutiles... C'est effrayant, mais réaliste (et c'est pour ça que c'est effrayant !).

De bonnes choses donc, mais l'empression général, c'est quand même... un certain ennui.

Je vais maintenant aller voguer sur Internet pour voir si cela me clarifie les idées.

(...)

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Vous ne trouvez pas qu'il y a comme un air de Sean Penn ? (voir aussi plus haut, le regard bleu clair)

Alors, au niveau des explications, c'est bon, j'ai trouvé quelques trucs : on passe en mode animation parce que le congrès où se rend Robin est dans le département Animation des studios, et on ne peut y pénétrer qu'en respirant une drogue qui fait voir la réalité dans cette "dimension" (pourquoi donc ? pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? prétexte pour un mélange des genres ?).

Lorsque l'on voit brièvement Robin de nouveau dans le monde réel, pouilleux et misérable, c'est parce que Dylan lui a fait respirer un autre "cocktail" qui efface toutes les autres drogues hallucinogènes à la mode, pour revenir à la réalité vraie et tenter de retrouver Aaron (pourquoi l'avait-elle perdu ?). A force de vivre dans des mondes idéaux, avec ces petites fioles vendues par les studios qui vous permet de vivre dans l'univers que vous souhaitez, les gens ne font plus rien, la pauvreté et la maladie se sont abattues sur le monde, et quelques politiques dictateurs tirent sur les ficelles de cette nouvelle société (quelles ficelles ? que peuvent-ils en tirer puisqu'ils n'ont plus rien ?).

Je ne vous donne pas la fin, je ne spoile pas. Si vous voulez voir le film, à la lueur des explications ci-dessus, vous comprendrez ! A moins que vous n'ayez au départ un QI très supérieur au mien et que vous n'ayez pas besoin de mes lumières googlisées.

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Au niveau des critiques, c'est bien l'enthousiasme général dont j'avais gardé le souvenir. A croire que vraiment mon QI est faible, car les commentaires m'éclairent fort utilement sur le film, tout en soulignant les aspects déroutants :

"La première partie du "Congrès" nous laisse terrassé par l’émotion. (…) Puis, dans le dédale de cette science-fiction échevelée jusqu’à la confusion, on se sent perdu mais on a la sensation aussi que quelque chose gonfle (…) "Le Congrès", dans son délire, ne racontait que cela : l’histoire d’un enfant fragile et de sa mère, une actrice qui avait peur." (Les Cahier du Cinéma). "Sous la forme d’un cri du cœur contre le jeunisme et la course technologique post-Avatar, "Le Congrès" réunit ses thématiques dans un puzzle à moitié animé." (Métro). "L’emballement narratif (et graphique), qui (...) risque, avouons-le, d’en perdre certains – est ce qu’il y a de plus vertigineux dans "Le Congrès". (Les Inrocks). "Tout film digne de ce nom se doit d’être un dépaysement vers un autre monde. A la vision du "Congrès", nous sommes intellectuellement mais aussi physiquement chamboulés." (L'humanité). "Frôlant le surréalisme, flirtant avec les hallucinogènes, ce film à part est plus qu’un voyage, c’est un trip. Que vous en reveniez enthousiaste ou souffrant du mal des transports, vous ne serez pas près d’oublier ce Congrès." (Paris Match).

Les bémols : "Les premières cinquante minutes du "Congrès" sont, de loin, les plus intéressantes (...). Vient ensuite le temps des images animées, et c'est là que le film se perd (...), et l'on se demande de surcroît pourquoi [cette partie] s'étire durant plus d'une heure." (Le Nouvel Obs).  "Le film, au fond, est victime de son ambition : il brasse trop de thèmes, trop d’idées, mais sa liberté force une certaine admiration." (TéléCinéObs). "D’une actrice contrainte de signer un contrat qui a tout du pacte avec le diable à un univers cartoonesque un brin hystérique, on ne comprend pas toujours où veut nous mener le cinéaste avec ce voyage dans le temps, l’espace et les genres." (Critikat).

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Réactions du public également partagées. Ca me rassure, je ne suis pas complètement neuneu.

Bref, après tout ce baratin... j'ai envie de le revoir pour mieux apprécier, maintenant que j'ai quelques clés !

A noter qu'il s'agit de l'adaptation d'un roman du polonais Stanislas Lem, également auteur de Solaris.


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