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Un peintre et son modèle

Publié le 12 mai 2014 par Dubruel

LE MODÈLE (d'après Maupassant)

Sur la plage du Tréport,

Le peintre Fédor,

(Le fils, Jean)

Poussait un fauteuil roulant

Où reposait une jeune femme,

Jeanne, sa femme

Qui lui a dit :

-« Arrêtons-nous un moment. »

Le peintre s’assit

À côté d’elle, sur son pliant.

Non loin de là, deux hommes causaient :

-« Malgré son infirmité, Fédor l’épousait,

Touché par son amour, dit-on. »

-« Je connais bien Jean Fédor

Ce n’est pas vrai, non ! »

-« Pourquoi alors

L’a-t-il épousé ? 

La compagnie de ces dindes nommées modèles

Devrait dégouter les peintres de ces femelles. »

-« Pas du tout. Après les avoir fait poser,

Ils vont souvent jusqu’à les épouser.

Pour ce couple ce fut un drame terrifiant,

Un accident effrayant.

La petite femme qui posait

Chez Jean était jolie, séduisante,

Fine et élégante.

Il crut qu’il l’aimait.

Trois mois plus tard, il se débattait

Dans ses liens invincibles

Et invisibles

Dont l’habitude avait enlacé sa vie.

Elle le tenait, l’opprimait

Le martyrisait.

Ils s’injuriaient,

Se querellaient

Du matin à la nuit.

À la fin, il voulut rompre, mettre les voiles

Il a vendu toutes ses toiles

Et réalisa ainsi vingt mille francs

Qu’il déposa pour elle sur le divan

Avec une lettre d’adieu.

Puis il vint se réfugier chez mon neveu.

Vers trois heures, on sonna.

Mon neveu alla ouvrir. Une femme le bouscula,

C’était elle,

Le modèle !

Jean s’était levé.

Elle lui jeta avec rage

Les billets au visage :

‘’-Votre argent, je n’en veux pas !’’

Jean demanda :

‘‘-Qu’est-ce que vous désirez ?’’

Elle répondit :

‘‘-Je ne veux pas être traitée ainsi.

Vous m’avez implorée.

Vous m’avez prise. Gardez-moi.’’

Fédor frappa du pied :

‘‘Non, c’est trop fort ! Si tu crois

Que tu vas…’’

Il lui avait saisi le bras et ajouta :

‘’Ma famille veut me marier.’’

‘‘Ah !...Ah… Je comprends !

…Si tu me lâches, je me tue. Tu entends ?!’’

‘‘Eh bien… tue-toi !’

Elle articula deux fois :

‘‘Répète… Tu dis ?...’’

‘‘Eh bien, tue-toi, vas-y !’’

‘‘Je vais me jeter par la fenêtre.’’

Fédor s’avança vers la fenêtre.

Et l’ouvrit en la saluant.

Elle prit son élan,

Sauta et disparut.

Jean ne fit pas un geste, éperdu.

On recueillit le modèle, les jambes brisées.

Dévoué, Jean l’a épousée. »


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