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Hollywood Babylone

Publié le 26 mai 2014 par Unionstreet

Sélectionné à Cannes, reparti bredouille (sauf pour l’interprétation magistrale de Julianne Moore), Maps to the Stars était pourtant une bombe! Et David Cronenberg une sorte de kamikaze 2.0 prêt à la mettre profond à toute l’industrie hollywoodienne avec ce portrait au vitriol, cette parade de monstres, cette danse des morts sous le soleil californien qu’est son dernier film. Maps to the Stars est une satire radicale, une tragi-comédie déchainée sur les coulisses de l’usine à rêves américaine.

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Une star has been, un chauffeur de limousine qui enchaine casting sur casting, un ado dépressif et drug addict, une jeune fille au visage brûle et au lourd passé… Même si Cronenberg affirme avoir fait un film réaliste  - à sa manière - Maps to the Stars relance le genre classique de la tragédie hollywoodienne, auquel beaucoup de grands auteurs se sont essayés, de Billy Wilder à David Lynch. Burn Hollywood Burn!!

Les Ensorcelés, Vincente Minelli

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Le producteur Harry Pebbel fait venir dans son bureau Georgia Lorrison, grande vedette de l’écran, Fred Amiel reconnu comme l’un des meilleurs réalisateurs d’Hollywood, et James Lee Bartlow, qui vient d’obtenir le prix Pulitzer pour son dernier roman. Pebbel attend un coup de téléphone de Jonathan Shields, qui se trouve en Europe. A ce nom, chacun se souvient de son passé et de sa rencontre personnelle avec Jonathan Shields.

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Sûrement le plus grand film de Minelli, Les Ensorcelés ne prend pas une ride 60 ans après sa sortie. Celui qui dès son premier film décide de faire une comédie musicale entièrement jouée par des Noirs décide de s’en prendre à un Hollywood alors en plein âge d’or! Suicide, alcool, adultère, addictions en touts genres.. le film dézingue toute l’imagerie glamour d’Hollywood et son star-system. Entre un producteur aux dents longues qui assume clairement de vouloir faire de l’argent plutôt que de l’art, des jeunes auteurs humiliés et une jeune actrice fragile malmenée par les hommes, Minelli – avec un sens du style et des mouvements de caméra qui inspireront beaucoup Scorsese – célèbre le cinéma comme un art du faux, de la tromperie… De la part d’un réalisateur déjà bien en place dans le système, il fallait oser! A voir et revoir!

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Boulevard du Crépuscule, Billy Wilder

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Quand on dit Billy Wilder, on pense toujours à ses comédies comme Certains l’aiment chaud ou Sabrina alors que son oeuvre la plus aboutie et la plus profonde est sûrement dans ce Sunset Boulevard, destruction du mythe hollywood en forme de polar noir.

Norma Desmond, grande actrice du muet, vit recluse dans sa luxueuse villa de Berverly Hills en compagnie de Max von Meyerling, son majordome qui fut aussi son metteur en scène et mari. Joe Gillis, un scénariste sans le sou, pénètre par hasard dans la propriété et Norma lui propose de travailler au scénario du film qui marquera son retour à l’écran, Salomé.

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Sunset Boulevard commence comme un polar  - cadavre flottant dans la piscine, voix-off, atmosphère poisseuse – mais ce n’est pas un polar: pas de femme fatale, (presque) pas de flingue, pas de gangsters: juste une ancienne du cinéma muet pour qui le temps s’est arrêté avec l’arrivée du parlant. La force de Boulevard du crépuscule réside dans la mise en abyme extraordinaire que Billy Wilder réussit à orchestrer. Tournant son film en 1950, le cinéaste l’a voulu le plus « réaliste » possible. Surtout dans le choix de l’actrice principale: Gloria Swanson qui, comme le personnage, était tombée dans l’oubli dès les années 40. Son personnage regarde sans cesse Queen Kelly, un film dont elle fut la vedette et réalisée par Eric Von Stroheim, un maitre de la provoc lui aussi tombé dans l’oubli et qui incarne son majordome dans le film! Ajoutez à cela la présence de Buster Keaton et vous tenez là un triste portrait là encore de l’illusion hollywoodienne qui sera très mal reçu par la profession. Il faut dire que Wilder dresse un portrait terrible de l’industrie cinématographique. Hollywood fabrique des vedettes, il fait d’individus des monstres aux égos boursouflés, les exploite et les oublie. Joe Gillis (incarnation de cet Hollywood sans morale) traitera Norma avec mépris jusqu’à ce qu’il saisisse comment tirer profit de la situation dans laquelle le hasard l’a plongé. La fin d’un empire, et nous ne somme qu’en 1950…

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Mulholland Drive

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Un bond de plusieurs années dans le futur! Et même dans l’inconnu avec David Lynch et son ovni Mulholland Drive. Comme d’hab’, toujours difficile de résumer un film de Lynch de manière logique et rationnelle: A Hollywood, durant la nuit, Rita, une jeune femme, devient amnésique suite à un accident de voiture sur la route deMulholland Drive. Elle fait la rencontre de Betty Elms, une actrice en devenir qui vient juste de débarquer à Los Angeles. Aidée par celle-ci, Rita tente de retrouver la mémoire ainsi que son identité.

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Mulholland Drive est le cinéma. Une sorte d’enfant monstrueux qui tiendrait du Hitchcock de Vertigo, des deux films précédemment cités, du Mépris de Godard et de la meilleure époque du polar noir. Rita est le Rêve hollywoodien incarné, l’écran de tous les désirs, autant que Betty est Mademoiselle Tout-le-Monde, la Spectatrice lambda. Démêlés Hollywoodiens où la vie des acteurs par projection narcissique se confond avec les rôles qu’ils cherchent à interpréter. Et tous, dans ce manège, ne sont que les pions d’un puzzle manipulé avec dextérité par le nain de Twin Peaks. La deuxième partie  - amenée par la découverte d’un corps dans une maison abandonnée – reprend la même histoire mais les noms et les rôles des personnages sont inversés. Comme chez Wilder, Mulholland Drive nous présente le cinéma comme l’art de l’illusion, l’héroïne est toujours blonde mais plus très fraîche, les yeux creusés par la dope, les traits usés par le chagrin : c’est une actrice ratée, ex-candidate au rêve en pleine situation d’échec, abonnée aux rôles de figurante et à la survie financière. Evidemment, avec Lynch, on n’est jamais sûrs d’avoir tout compris à la première vision, surtout quand on repense à ces étranges scènes situées à divers points de la ville oscillent entre burlesque et angoisse. Ici, le cauchemar monstrueux d’un client de la cafétéria Winkie. Là, la mainmise d’une obscure mafia sur les préparatifs d’un film à gros budget et sur son jeune réalisateur branché, bientôt dépossédé du choix de son actrice principale. Le vertige entre réalité et apparences, présent et passé, quotidienneté et mythologie, avant-garde et Histoire se réverbère à chaque instant de Mulholland Drive, dans chaque scène, chaque lieu, chaque personnage… Dans ce monde lynchien qui semble a priori si fermé sur lui-même, tout est en fait possible, tout reste toujours ouvert. Le prodige de Mulholland Drive est là, dans cette faculté paradoxale à être un objet archistylisé, maîtrisé, portant l’inimitable griffe lynchienne, tout en restant complètement interactif, ménageant des brèches de lecture béantes dans lesquelles peut s’engouffrer à loisir le spectateur un tant soit peu aussi actif et aventureux que Betty. C’est un film qui invente des pistes futures de fiction tout en intégrant dans sa matière même tout le passé de l’œuvre de Lynch et l’âge d’or du cinéma hollywoodien sans jamais tomber dans le piège de la citation vaine ; c’est une plongée au cœur de la nuit urbaine et des tréfonds du cerveau. Une plongée sur Los Angeles de nuit depuis la route Mulholland, une Los Angeles illuminée qui contient en elle tous les souvenirs de cinéma depuis sa création.

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