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Patrick Galais ou la transmission d’une pratique photographique ancienne

Publié le 27 mai 2014 par Lifeproof @CcilLifeproof

La passation d’un savoir-faire artistique est très importante pour perpétuer nos connaissances et propager une technique à travers le monde. Patrick Galais l’a bien compris.

Natif du Havre, en 1961, et initié très jeune à la photographie analogique par son grand-père, il est diplômé de l’École supérieure d’art de Rueil-Malmaison. Depuis 2002, il enseigne dans plusieurs établissements, notamment à l’École supérieure d’art du Havre et de Rouen, à Science Po, à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, et participe à de nombreuses expositions, workshops et conférences. Entre 2000 et 2005, il intègre le collectif Oscura et prend part au programme européen Vues Imprenables, dans lequel des ateliers sténopés ont vu le jour dans des villes méditerranéennes : Marseille, Barcelone, Naples et Palerme. Photographe-reporter, d’architecture et aujourd’hui documentaire, Patrick Galais fait figure de porte-parole de la photographie ancienne.

Construire, 2010 © Patrick Galais

Patrick Galais, Construire, 2010 © Patrick Galais
  

Nominé pour le grand prix du Festival d’Arles – Voies Off en 2009, le projet Construire est celui d’un photographe militant pour une pratique humanitaire. En Palestine, il met en place des ateliers sténopés où la population peut expérimenter ce mode singulier de prise de vue, à l’aide de boîtes de conserve.

C’est très difficile de dater l’invention du sténopé – au XVIe siècle semble-t-il ; le dispositif est resté le même. Il s’agit d’une camera obscura, c’est-à-dire une boîte hermétique à la lumière, percée d’un trou, appelé sténopé, qui donna le nom à l’appareil tout entier. Par cet orifice, la lumière pénètre et projète l’image inversée sur une surface photosensible. Le temps de la prise de vue est variable selon l’intensité de la lumière, la taille du boîtier et de l’ouverture. L’impression sur le papier photosensible est négative ; pour obtenir le positif, il suffit de superposer le négatif et un autre papier – les deux faces émulsionnées doivent être en contact – en projetant de la lumière à travers le négatif. L’empreinte est inversée sur le second papier et le positif apparaît.

Selon le choix de la boîte, le cliché peut avoir différents formats et prendre une forme particulière. Ici, l’image est comme incurvée, due à la structure arrondie de la boîte de conserve utilisée. Le sujet est déformé ; le flou, plus marqué sur les bordures, adoucit le paysage. Les clichés nous plongent dans un univers onirique et étrange, peuplé de silhouettes fantomatiques et de bâtiments courbés, dont les murs paraissent être en mouvement et construits en une matière molle.

Atelier Palestine, 2010 © Patrick Galais

Patrick Galais, Atelier Palestine, 2010 © Patrick Galais

Parallèlement, il entreprend un travail documentaire sur les conditions de vie des palestiniens. Errant très tôt le matin dans les rues – l’absence de vie est un choix important pour lui – le photographe prend des clichés des nombreuses bâtisses, dont leur construction, très géométrique, n’a jamais abouti ou est restée en suspens. Loin de nous entraîner dans un pathos exacerbé, ces prises de vue permettent de nous montrer une certaine réalité d’un monde, composé de structures en ruine avant même d’avoir servi. Des cubes, des rectangles, des diagonales… une architecture simple, parfois froide, mais offrant aux photographies une esthétique, à la limite de l’abstraction, dans laquelle les éléments du paysage urbain se juxtaposent et s’entremêlent, immergeant le spectateur au sein de constructions empreintes de mystère.

Métaphore de la complexité pour bâtir une identité nationale et pour se construire en tant que palestinien, la tâche accomplie par Patrick Galais, basée sur l’expérience collective, marque surtout un partage culturel et la disparition des frontières.

Caroline.

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Quatre clichés font partis du fonds de l’Artothèque de Strasbourg depuis 2011.

Artothèque de la Ville de Strasbourg

1, place du Marché

67100 Strasbourg


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