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Guillaume Gallienne, un fabuleux fabuliste

Publié le 27 mai 2014 par Elsapotine

Au travers de sa première réalisation, "Guillaume et les garçons, à table !", Guillaume Gallienne nous transmet la marque de sa singularité et une leçon d'humanité, intemporelle et géniale.

Galienne
 Guillaume Gallienne pour Paris Match.com

Le film commence sur des images de Guillaume en scène. Il raconte sa vie. Le champ prend aussitôt plusieurs dimensions encore plus intenses que la 3D. In and out. Passé, présent, plus que parfait. Nous, spectateurs, adoptons en osmose avec l'auteur, cette distance nécessaire qui donne le ton juste à toute fable, cette intelligence qui permet de retirer de chaque aventure une morale, au sens philosophique et non dogmatique du terme.

Nous suivons donc l'histoire de Guillaume. Ce n'est pas l'histoire d'un mec. C'est celle de Guillaume. Guillaume en scène. Guillaume à la maison. Guillaume en pleine introspection. Il raconte si bien que sa vie devient images. Normal ! lui, il rêve en CinémaScope. Fondu enchaîné. Sur l'écran, la maman de Guillaume jouée par Guillaume apparaît, suivie par Guillaume qui imite sa maman. Normal ! il se vit comme une fille.

Stop ! Nous le savons. Nous sommes au courant de la trame, du scénario tiré du One Man Show, spectacle couronné par un Molière et un prix de la SACD. Celui-ci et le long métrage ont eu suffisamment d'audience et de couverture médiatique pour que chacun n'en ignore plus le sujet.

Dans "Guillaume et les garçons, à table!", hormis la finesse du script, l'acuité des dialogues, l'auto dérision qu'il s'en dégage, nous retenons comme un message la force du témoignage de l'auteur.

Au fil du récit, nous entrons donc dans l'intimité de ce jeune homme en quête d'identité et de reconnaissance qui explore l’existence en dépit des projections des uns et des autres.

Contre vents et marées, déboires et mésaventures, cet escogriffe grandit, tente de se connaître, de se familiariser avec lui-même. Des années de psychanalyse, d'expériences sportives ou sexuelles plus tard, ayant vaincu sa peur des chevaux, il prend confiance en lui, respire mieux, ose vivre comme il l'entend, et surtout commence à s’accepter tel qu’il est.

Et comme il le dit, il raconte en définitif l'histoire d'un garçon que sa famille croyait à 100% homosexuel et qui se révèle en fait 100 % hétérosexuel - à la différence qu'il vit sa virilité autrement que les machos.

Que Guillaume aime se travestir, interpréter "les femmes et les petits vieux", très bien. Beaucoup de comédiens l'ont déjà fait avant lui, au théâtre, à l’opéra, en Chine, au Japon et ailleurs. Inutile d’y revenir, nulle nécessité (encore une fois) de vanter son incontestable talent.

Retenons plutôt la démarche du personnage vers la réalisation de soi, sa persévérance, son courage, son opiniâtreté, face aux mesquineries permanentes, aux humiliations et à la stupidité des idées reçues quelles que soient les formes d’éducation. Il avance tel Billy Elliot, démontrant ainsi que l'héroïsme n'est pas l'apanage des seuls... moustachus.

Pour citer André Malraux qui écrivait dans Les Voix du silence :"la biographie d'un artiste, c'est sa biographie d'artiste, l'histoire de sa faculté transformatrice", ce que je salue dans la création de  Guillaume Gallienne, c'est, je le répète, sa capacité à sublimer son vécu en œuvre d'art. Privilégiant la pureté des sentiments à l'amertume ou la rancœur, sans aucune velléité même pas celle de défendre son droit à la différence, par son innocence et son regard candide, il transgresse les tabous, même celui d'une tolérance politiquement correcte.

Guillaume Gallienne poursuit sa partition sans rien insinuer ni revendiquer, dessinant avec élégance le profil d'une belle personne qui n'a d'autre objectif que celui de montrer sa singularité d'être humain. D'évidence de telles qualités ne peuvent engendrer qu’un bel ouvrage. Un film qui me touche humainement et artistiquement par sa grâce. Dans une société transgénique, en mutation perpétuelle, nous sommes tous les inventeurs d’un nouveau genre humain ; Guillaume Gallienne en est un des archétypes réussi.

"Guillaume et les garçons, à table !", au cinéma et bientôt en DVD.


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