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La transparence et la vertu

Publié le 28 mai 2014 par Pralinerie @Pralinerie
Merci aux éditions Albin Michel pour cet essai intelligent et prenant de l'avocat Daniel Soulez Larivière Fenêtre transparence En voici le sommaire :  1. Tout et son contraire 2. L'homme dans le citoyen 3. Le temps du secret et le secret du temps 4. Le lanceur d'alerte, ce nouveau héros 5. De la transparence de la censure à la censure de la transparence 6. La transparence a une histoire 7. La politique de la transparence 8. Comment la solitude démocratique se nourrit de la transparence 9. Quand la réalité dépasse le fantasme 10. Le juge, censeur moderne En guise de conclusion Qui peut croire qu'il a encore une vie privée aujourd'hui ? Avec la NSA qui écoute le monde entier ou l'usage des réseaux sociaux qui incite à raconter sa vie, on peut encore se demander s'il reste des secrets. Il y a une dictature de la transparence assimilée à une vertu, comme si le secret était un péché. Le journalisme notamment part à la chasse aux secrets et se met dans une position de défenseur de l'intérêt public. Ainsi, quand le maître d'hôtel de Mme Bettencourt l'a enregistrée, Mediapart a diffusé des extraits de ces CD puis a dû les ôter de son site. Pourquoi ? Le journal n'a pas eu le droit de publier ces informations car elles ont été recueillies de façon illicites. Daniel Soulez Larivière rappelle que le journaliste justicier n'est pas celui qui doit juger. Par contre, le juge d'instruction pourra utiliser des enregistrements illicites pour le procès et c'est à ce moment que ces informations pourront être utilisées et connues du grand public. Mais combien de jugements pour en arriver là ? La justice parait manquer de cohérence. Le paradoxe principal de la transparence, c'est celui qui s'applique aux états : ceux-ci observent et espionnent la vie des citoyens, de façon complètement anti-démocratique, mais ne supportent pas d'être espionnés à leur tour par des dénonciateurs comme Snowden. Comment vivre sous le regard potentiel de tous sans risquer la paranoïa ? Ne risque-t-on pas un climat de méfiance générale ? A mesure que s'accélère ce besoin de transparence, le secret se fait de plus en plus précieux. Rappelons tout de même que Google a déclaré que la vie privée pourrait être une anomalie... De quoi faire réfléchir un peu à ce que signifie transparence. Par exemple, certaines entreprises (et états) favorisent l'auto-investigation et la délation au nom de la transparence. Sans parler du Patriot Act qui permet aux renseignements américains d'accéder à toutes les données informatiques des entreprises et des particuliers. Big Brother n'est pas loin, non ?  A travers une étude qui se nourrit d'histoire et de philosophie, D. Soulez Larivière analyse ce qu'est la transparence. Dotée d'une dimension presque affective, elle n'est pourtant qu'un outil, comme l'est le secret. Remontant à l'Egypte d’Akhenaton puis à la République romaine, l'auteur analyse ce qu'est la censure et le regard qui voit tout. La censure romaine organise la société, en dévoilant et en punissant. Puis, d'outil, la transparence devient vertu. C'est celle de Louis XIV à Versailles qui se donne à voir et voit ce que fait la noblesse qui l'entoure. Régime absolutiste. Mais la politique ne se nourrit pas de transparence, bien au contraire. C'est le secret qui en est l'essence, notamment dans la diplomatie, dans les luttes de pouvoir, etc.   Et aujourd'hui, les journalistes ou Wikileaks ne sont-ils pas les nouveaux censeurs ? Sauf qu'au lieu d'organiser, ils dénoncent, ils jugent et mettent l'autre en danger. Ils prennent la place de la justice. Et ces affaires très médiatisées sont-elles encore jugeables ? Voici quelques unes des questions que pose ce livre. Par cet essai, Daniel Soulez Larivière nous interroge sur une société orwellienne, soumise aux regards multiples sans que cela ne la dérange. Il pointe les dangers d'une transparence à tout prix et propose le juge comme garant de l'équilibre entre transparence et secret. Il rappelle l'importance de la visibilité de cette justice : "Not only must Justice be done ; it must also be seen to be done". Un livre érudit, bourré de références, qui fait réfléchir à ce qu'est l'intimité et à cette obligation de la transparence.

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