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Chronique politique du Pérou, Mai 2014

Publié le 30 mai 2014 par Slal

Paris, mai 2014

Chronique politique du Pérou, Mai 2014

Un nouveau gouvernement, des préparatifs pour les élections municipales et la lutte anti-terroriste au VRAEM et contre le MOVADEF

[/Mariella Villasante Cervello
Anthropologue, IFEA et IDEHPUCP
[email protected]

Au début de l'année, le grand litige avec le Chili sur les frontières maritimes a été enfin résolu par la Cour de La Haye en faveur du Pérou, qui a obtenu plus de 70% de ses revendications. Les présidents du Pérou et du Chili s'étaient déjà mis d'accord pour respecter la sentence. [Voir http://www.larepublica.pe/15-01-2014/corte-de-la-haya-todo-lo-que-debes-saber-sobre-la-sentencia].

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Photo 1 : Le président Humala et la première dame saluent la foule devant le Palais du gouvernement, le 28 janvier 2014 (Archives de La República)

A la suite du procès qui a débuté en décembre 2013, relatif à la protection abusive d'un ancien complice de Montesinos par les forces de l'ordre, l'amiral de la Marine José Cueto Aservi a été remplacé par le général de l'armée de terre Leonel Cabrera Pinto à la tête de l'armée. Il a aussitôt déclaré que sa priorité serait l'anéantissement des activités terroristes et du trafic de drogue dans la région du VRAEM. [Voir http://www.larepublica.pe/27-12-2013/leonel-cabrera-nuevo-jefe-del-ccffaa-asume-el-mando-hoy].

Le général Raymundo Flores Cárdenas, chef des troupes du VRAEM, et proche ami de l'ancien conseiller du président, le colonel Adrian Villafuerte, a été nommé chef d'état-major de l'armée. Le général Leonardo Longa López l'a remplacé au VRAEM. Les cinq commandants généraux ont été renouvelés, à Chiclayo (général Luis Ramos), à Lima (général Rolando Hurtado), à Arequipa (Luis Arroyo), au VRAEM (Leonardo Longa), et à Iquitos (général César Díaz). [Voir http://www.larepublica.pe/03-01-2014/asignan-nuevos-cargos-en-la-estructura-del-ejercito].
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Photo 2 : Le général Leonel Cabrera, chef de l'armée péruvienne (Archives de La República)
L'économie du pays reste stable et l'on estime que la croissance se maintient entre 4% et 5%, soutenue par la demande, les investissements, la consommation et le retour des exportations, surtout non traditionnelles. L'inflation devrait se stabiliser sur l'année à 2,8% [Voir http://www.larepublica.pe/19-03-2014/peru-tiene-solidas-condiciones-para-sostener-crecimiento-economico].

Précisons encore qu'au début décembre 2013, le Pérou a accueilli la 15ème Conférence nationale pour le développement industriel (ONUDI) de l'ONU. Ce fut l'occasion pour le président Humala de rencontrer le secrétaire général Ban Ki-Moon, et le secrétaire de l'ONUDI, Li Yong. L'État péruvien se présente désormais comme un facilitateur de l'investissement privé, favorisant l'insertion des travailleurs dans les emplois industriels. Les régions les plus démunies devraient profiter du processus. Dans la Déclaration de Lima, les délégués de plus de cent pays de l'ONUDI ont souligné l'importance du développement industriel inclusif et durable pour les pays émergents. [Voir http://www.larepublica.pe/03-12-2013/humala-anuncia-plan-nacional-de-desarrollo-industrial].
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Photo 3 : 15e Conférence de l'ONUDI, le président Humala, le secrétaire général Ban Ki-Moon, et le secrétaire de l'ONUDI, Li Yong (Archives de La República)
La concentration des médias au Pérou a suscité la constitution d'une plainte auprès de la 150ème Conférence du CIDH à Washington, en mars dernier. On sait en effet que le Groupe El Comercio contrôle 78% des médias du pays depuis l'année dernière, lorsqu'il a acquis la majorité des actions de l'entreprise Epensa. Le Groupe El Comercio nie qu'il y ait eu une OPA sur les médias et déclare avoir respecté les lois du pays en la matière. Un procès a été ouvert à la suite de la plainte de huit personnalités de la presse en novembre 2013 contre le Groupe El Comercio, et les audiences se poursuivent [Voir http://www.larepublica.pe/24-03-2014/cidh-escucha-denuncia-sobre-concentracion-de-medios-en-peru]. Cette mainmise sur la presse a été critiquée ouvertement par le président Humala, par Vargas Llosa et par la majorité des personnalités politiques du pays.

La faiblesse institutionnelle se confirme : un cinquième gouvernement depuis 2011

En février 2014, le premier ministre César Villanueva, nommé en remplacement d'Oscar Valdés, pro-fujimoriste notoire [le 31 octobre 2013], a démissionné de son poste en raison de désaccords avec la première dame Nadine Heredia et le ministre de l'économie Luis Miguel Castilla. René Cornejo, ancien ministre du logement a été nommé Premier ministre.
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Photo 4 : Premier ministre René Cornejo (Archives de La República)
L'origine des désaccords concernait les déclarations de Villanueva sur une augmentation du salaire mensuel minimum à l'étude, un salaire actuellement fixé à 750 soles [environ 200 €], alors qu'on estime qu'il devrait passer à 1500 soles (Institut national de statistique, INEI). La dirigeante nationale de la CGTP Carmela Sifuentes et l'ancien ministre du travail Julio Gamero s'accordent pour affirmer que l'augmentation devrait être au moins de 8% ou 10% compte tenu de la bonne croissance du pays [5% de croissance], et du bas taux d'inflation [0,32% en janvier]. Cette augmentation devrait réduire le chômage et le travail informel, qui restent très importants ; en 2012 on estimait que le travail informel urbain touchait 53% des travailleurs. Au niveau national, seuls 180 000 travailleurs salariés gagnent le salaire minimum. [Voir http://www.larepublica.pe/26-02-2014/el-aumento-del-sueldo-minimo-si-se-esta-evaluando-en-comision-tecnica]. Il faut ajouter que le problème central du chômage et de l'emploi légal ne sont jamais évoqués, ni par le gouvernement, ni par les partis politiques, comme si le silence sur cette question centrale, au cœur du sous-développement et du retard économique dans les relations de travail, suffisait à faire disparaître le problème. Le Pérou reste un pays pauvre et en retard, malgré ses immenses richesses en ressources naturelles, parce que le travail n'est pas régulé par l'État et qu'il reste largement informel.

Le nouveau premier ministre a déjà été mis en examen le 18 mars. En effet la Commission de fiscalización du Parlement a demandé une enquête sur les contrats de l'entreprise du ministre, Corporación Helios, avec l'État, entre 2011 et 2012, pour plus de 617 000 soles. [Voir http://www.larepublica.pe/18-03-2014/rene-cornejo-sera-investigado-por-fiscalizacion-por-contratar-con-el-estado]. L'entrée au gouvernement de Cornejo a été très animée suite à cette mise en examen, ce qui s'est reflété dans le rejet du vote de confiance du Parlement lors du premier tour, le 14 mars. Le 17 mars, une nouvelle réunion parlementaire vota finalement la confiance avec 66 voix pour, 52 contre et 9 abstentions [Voir http://www.larepublica.pe/17-03-2014-/congreso-define-hoy-si-le-da-o-no-el-voto-de-confianza-a-gabinete-cornejo]. La mise en examen n'a finalement pas eu de suite, le premier ministre ayant démontré qu'il avait bien vendu les actions de son entreprise avant d'occuper son poste de ministre du logement.

Sept ministres ont été changés en février : Eleodoro Mayorga remplace Jorge Merino au ministère de l'Énergie et des mines, Piero Ghezzi est devenu ministre de la Production en remplacement de Gladys Triveño, Juan Manuel Benites remplace Milton von Hesse au ministère de l'Agriculture, Carmen Omonte, congressiste de Perú posible, a été nommée ministre de la Femme en remplacement de Ana Jara, qui est devenue ministre du Travail. Cependant, le gouvernement actuel reste faible et s'appuie sur la première dame, Nadine Heredia, pour gouverner (ce n'est un secret pour personne qu'elle occupe une place centrale dans les coulisses du pouvoir péruvien). Il n'y a donc rien d'étonnant au fait que le premier ministre ait pris parti pour la première dame, à qui il accorde le « droit » de s'exprimer sur la politique nationale [Voir http://www.larepublica.pe/27-03-2014/rene-cornejo-nadine-heredia-puede-hablar-del-ejecutivo-no-por-el].

Élections régionales et municipales, octobre 2014

Quatre ans après les dernières élections, on prépare actuellement les élections régionales et municipales du 5 octobre 2014. Il s'agit de renouveler 25 gouvernements régionaux, 195 municipalités provinciales et 1643 municipalités de district. Le coût de l'opération est estimé à 101 millions de nuevos soles. [Voir http://www.larepublica.pe/01-01-2014/jne-mas-de-101-millones-de-soles-costaran-elecciones-regionales-y-municipales-de-2014].
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Photo 5 : Elections régionales (Archives de La República)
Ces élections sont importantes dans la perspective de la décentralisation du pays car elles dépassent le cadre strict des partis politiques. En effet, si 18 partis inscrits sont habilités à participer à ces élections suivant le Jurado nacional de elecciones, 159 mouvements régionaux sont également habilités à le faire, et on attend l'inscription de 54 autres mouvements régionaux. Autant de mouvements qui ne représentent que des petits groupes de pouvoir locaux et éventuellement régionaux, et qui semblent trop éparpillés et disparates pour incarner un quelconque mouvement d'idées ou des programmes politiques nationaux. Ce désordre politique illustre le déclin définitif des partis ; il trouve un reflet redondant dans les affaires de corruption qui ont touché les régions de Tumbes, Ancash et Cajamarca. De fait, les grands partis nationaux (Fuerza popular de Fujimori, Perú posible de Toledo, APRA de García, Gana Perú de Humala, Acción popular de Lourdes Flores Nano) ne bénéficient d'aucune présence régionale, et ne s'intéressent pas aux affaires régionales et locales. Ils ont abandonné l'intérieur du pays aux groupes de pouvoir, à l'exception de quelques villes comme Cajamarca, Cusco, Arequipa et Iquitos, dans lesquelles ils présentent des candidats [1].

Les élections sont également l'occasion de levées de fonds provenant des secteurs illégaux, dont le trafic de drogue, les mines informelles, etc. Ce point est souligné par l'analyste de la Puente, qui rappelle qu'il y a treize ans le candidat à une mairie dépensait 50 000 dollars, alors que le chiffre peut dépasser aujourd'hui les 500 000 dollars. Les entreprises qui apportent leurs financements exigent en échange certaines faveurs ou imposent leurs marchés aux élus. Aussi, l'ONPE, Bureau national de processus électoraux, devrait exercer un contrôle bien plus strict pour que les partis rendent des comptes transparents, ce qui est loin d'être le cas, y compris pour les élections nationales au Parlement [http://www.larepublica.pe/14-02-2014/dinero-negro-e-infiltracion-en-las-campanas-electorales].

La situation de la lutte anti-terroriste au VRAEM et contre le MOVADEF

Les affrontements entre les narcoterroristes du VRAEM et les militaires n'ont pas cessé depuis le début de cette année ; en février il y a eu une attaque dans la zone de Kepashiato (Echarate, La Convención, Cusco), où l'entreprise Dexso travaille à la construction du gazoduc du Camisea. L'attaque n'a fait que des blessés. [2].

En janvier, on apprenait l'histoire d'un jeune homme de 17 ans, Roger Guevara Vargas, qui s'était échappé d'un camp dirigé par les frères Quispe Palomino, où il était né d'un père senderiste et d'une mère captive, Maria Vargas Figueroa, récupérée par les forces de l'ordre en 2005, dans la zone de San Martín de Pangoa (Satipo, Junín). Il avait été endoctriné et formé à la guerre, comme tant d'autres enfants-soldats du pays. Il servait sous les ordres de Gabriel (Martín Quispe), et connaissait aussi les autres chefs : José (Víctor Quispe) et Raúl (Jorge Quispe), et le camarada Alipio (Orlando Borda), expert en armes et connu pour sa cruauté. Rappelons que Gabriel et Alipio ont été tués lors d'un affrontement avec l'armée le 11 août 2013 [Voir ma Chronique de novembre 2013]. Le jeune Roger s'échappa en août 2012. Il travaillait comme ouvrier agricole dans la zone de Kumpirushiato (Vilcabamba, Cusco), où il fut identifié par les militaires en janvier 2014 ; il raconta la vie misérable et l'idéologie de violence dans laquelle lui et les autres enfants avaient grandi, et l'inutilité de la mort de plusieurs de ses compagnons, autant de tragédies qui lui avaient donné le courage de s'échapper malgré les menaces de mort en cas d'échec [Voir http://www.larepublica.pe/09-01-2014/deserte-de-sendero-porque-muchos-de-mis-companeros-murieron-por-nada].
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Photo 6 : Un jeune déserteur des bandes senderistes du VRAEM, Roger Guevara Vargas, sa mère et sa petite sœur (Archives de La República)
Après la mort de Gabriel et Alipio, les forces de l'ordre ont continué à œuvrer pour porter un coup fatal à l'organisation terroriste et de trafic de drogues des senderistes. La Brigade Lobo est composée d'agents de la DIRCOTE, de la DIRANDRO et des forces spéciales de la marine et de l'aviation. Même si Sendero Luminoso (ainsi dénommé par les forces de l'ordre) n'a plus la même force qu'avant dans la zone, les vieux dirigeants, José et Raúl, seraient en train de former des nouveaux chefs (Renan et Lucio dans La Convención, Cusco), cachés dans des zones encore plus difficiles d'accès [Voir http://www.larepublica.pe/13-01-2014/tras-muerte-de-alipio-y-gabriel-fuerzas-del-orden-alistan-golpe-final]. Un autre pas important dans la lutte anti-terroriste est l'attaque de la principale source de financement des bandes armées, le trafic de drogues. Plusieurs pistes d'avions clandestines utilisées pour les vols vers le Brésil et la Bolivie ont été détruites depuis la fin de l'année 2013. Ainsi le 20 décembre 2013, les forces de l'ordre tombaient sur une nouvelle piste clandestine gérée par les frères Arce Medina de Satipo (Junín), originaires de La Mar, Ayacucho. Cette bande criminelle achète la drogue aux producteurs des fleuves Apurímac, Ene et Mantaro et la transfère par les narco-pistes qu'ils ont fait construire dans la province de Satipo (Paquiochari, Puerto San Miguel et Puerto Ene, habités par une majorité d'Andins d'Ayacucho, de Huancayo et de Cusco). L'Opération infierno verde a été lancée en décembre et comptait 220 soldats, 10 hélicoptères et des explosifs pour détruire les pistes d'atterrissage. [Voir http://www.larepublica.pe/20-12-2013/el-clan-de-los-hermanos-arce-medina-controla-las-narcopistas-de-satipo].

D'après les chiffres de DEVIDA, il existe au Pérou 60 400 hectares de culture de coca, dont 93% destinés à la fabrication de la pasta de cocaïne et au trafic de drogue. En 2013, 23 947 hectares ont été éradiqués. La région du VRAEM constitue la principale zone de production de coca du pays, avec 54% du total des surfaces cultivées. En 2013, le pays a investi 278,3 millions de dollars dans la lutte contre le trafic de drogue ; par comparaison, la coopération internationale se situe à 108,98 millions. [Voir http://www.larepublica.pe/15-01-2014/planean-erradicar-30-mil-hectareas-de-hoja-de-coca-este-ano].

Enfin, au mois d'avril, le chef des armées, le général Leonel Cabrera est arrivé dans le district de Santa Rosa pour apporter des services sanitaires aux populations les plus démunies de cette zone du VRAEM. Le maire, Milton Pariona Pareja, a souligné qu'ils avaient pu obtenir la reddition de 163 senderistes grâce au travail des milices d'autodéfense civile (rondas) (La República du 13 avril 2014).
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(Photo 7 : Le général Cabrera visite Santa Rosa, au VRAEM. (Archives de La República)
Un nouveau cas de découverte de fosse commune a été rendu public le 6 mai 2014. Il s'agit du massacre de Mapotoa et Yaynapango (San Martín de Pangoa, Satipo), où plus d'une centaine d'indiens Ashaninka furent massacrés par les terroristes du Sendero Luminoso au début des années 1990. J'y reviendrai plus longuement dans un autre texte (Les violences de masses contre les Ashaninka du Pérou : une histoire tragique de la guerre interne péruvienne passée sous silence, MSH) [Voir http://www.larepublica.pe/06-05-2014/mapotoa-y-yaynapango-escenarios-de-otra-masacre-cometida-por-sendero-luminoso].

Les accusations contre Alan García : massacre des prisons (1986) et amnistie des narcotrafiquants

Depuis avril 2013, l'ancien président Alan García a été mis en examen par une commission parlementaire pour sa responsabilité dans l'amnistie accordée à plus de 5 000 prisonniers, dont 400 accusés de trafic de drogue, au cours de son second mandat (2007-2011). Il aurait en outre signé 1 692 exemptions de peines [Voir http://www.larepublica.pe/01-04-2013/gobierno-aprista-dejo-en-libertad-5500-delincuentes]. Sa première comparution devant la commission a eu lieu en octobre 2013. En janvier 2014, il a été reconnu que García avait transgressé les articles 39, 43, 44, 45 et 118 de la Constitution péruvienne en accordant des « concessions massives de grâces présidentielles ». [Voir http://www.larepublica.pe/23-01-2014/informe-de-megacomision-recomienda-acusar-penal-y-constitucionalmente-a-alan-garcia# !foto1]. A ce délit s'en ajoutent d'autres impliquant l'enrichissement illicite et le trafic d'influence. Au total, huit rapports ont été approuvés par la commission après 25 mois de travail et le président Sergio Tejada a recommandé que l'on traduise l'ancien président devant le Parlement, où un débat doit avoir lieu pour examiner les rapports. [Voir http://www.larepublica.pe/29-03-2014/megacomision-proponen-que-informes-se-discutan-en-sesion-extraordinaria].

Le 12 avril, le procureur anti-corruption Christian Salas a déclaré que l'ancien président allait être présenté devant la Fiscalía de la nación pour avoir accordé des amnisties de manière irrégulière. De plus, d'autres hauts fonctionnaires du gouvernement de García ont été mis en examen pour leur participation aux grâces présidentielles et pour corruption en relation avec l'entreprise de gestion de l'eau (SEDAPAL). Il s'agit notamment de Jorge del Castillo et Hernán Garrido Lecca. [Voir http://www.larepublica.pe/12-04-2014/ex-presidente-garcia-sera-denunciado-por-el-caso-narcoindultos].
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(Photo 8/ Alan García devant la commission parlementaire (Archives de La República)
Alan García est également mis en examen par la justice péruvienne pour sa responsabilité en tant que président dans les graves atteintes aux droits humains qui ont émaillé son premier mandat (1985-1990). En effet, le Rapport final de la CVR a dénombré durant cette période 8 173 morts, dont 58% dus aux subversifs, notamment le Sentier Lumineux, et 30% (2 450 morts) aux forces de l'ordre. Deux cas ont été particulièrement meurtriers : d'une part, la mort des 244 prisonniers accusés de terrorisme qui s'étaient mutinés à Lima, et dont la majorité s'étaient rendus et avaient été désarmés (124 à Lurigancho et 111 à El Frontón) ; d'autre part, le massacre de Cayara (Ayacucho) où 39 paysans trouvèrent la mort des mains des forces de l'ordre. Enfin, le groupe paramilitaire « Rodrigo Franco » fut créé au cours du premier mandat de García ; il aurait été dirigé par l'ancien ministre Agustín Mantilla, du parti APRA dont García était le chef de file. Ce groupe a été reconnu responsable de l'assassinat de dizaines de personnalités de gauche et de dirigeants syndicaux. [Voir http://www.larepublica.pe/04-05-2014/en-el-gobierno-de-alan-garcia-ffaa-y-policia-causaron-2450-muertos-y-desaparecidos].
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(Photo 9 : Prisonniers de El Frontón, juin 1986 (Archives de La República)

Les agissements d'Alberto Fujimori dans sa tentative de retour à la politique nationale

C'est le 17 octobre 2013 qu'a débuté le procès de l'ancien dictateur Alberto Fujimori, pour détournement de l'argent public en vue de financer les campagnes de la « presse de caniveau », dit « Caso diarios chicha » [Voir la Chronique de novembre 2013]. En mars 2014, l'ancien ministre de la Défense Carlos Bergamino avait affirmé sous serment que Vladimiro Montesinos, ancien conseiller de Fujimori (qui purge une peine de 25 de prison), lui donnait des ordres au nom du président. Il déclara également avoir reçu l'ordre de transférer des fonds de son ministère au service des renseignements (SIN) contrôlé par Montesinos. Le bureau anti-corruption estime que près de 122 millions furent ainsi détournés du budget des forces armées pour acheter les journaux et réaliser des campagnes virulentes contre les opposants au régime. [Voir http://www.larepublica.pe/06-03-2014/caso-diarios-chicha-ex-ministro-bergamino-confirma-que-fujimori-le-ordeno-obedecer-a-montesinos].

En avril 2014, l'avocat de Fujimori, William Paco Castillo, a tenté de présenter une demande de révision de la condamnation de Fujimori pour les cas Barrios Altos et La Cantuta, c'est-à-dire les cas sur lesquels est fondée sa condamnation à 25 ans de prison ferme. [Voir http://www.larepublica.pe/21-04-2014/abogado-de-alberto-fujimori-presentara-recurso-para-revision-de-sentencia]. Cette tentative n'avait évidemment aucune base légale, mais elle démontre une fois de plus que l'ancien dictateur n'est pas aussi malade qu'il le prétend et qu'il tente de revenir sur la scène nationale. Le système judiciaire étant ce qu'il est au Pérou, le président de la Sala permanente de la Corte suprema, le controversé juge Javier Villa Stein, a néanmoins accepté la demande de révision des peines de Fujimori. Le même juge s'était déjà prononcé à faveur du Groupe Colina, responsable de dizaines d'assassinats, et il est connu pour son soutien au fujimorisme. Cependant un recours a été présenté le 7 mai dernier par des avocats de l'Institut de défense légale (IDL) contre Villa Stein pour avoir exprimé une opinion favorable aux arguments de Fujimori. [Voir http://www.larepublica.pe/07-05-2014/recusan-a-juez-villa-stein-por-adelantar-opinion-en-proceso-contra-fujimori].

Parallèlement, le 15 mai 2014, le Conseil exécutif du pouvoir judiciaire a annulé la décision du président par intérim de la Cour supérieure de Lima, Juan Carlos Vidal Morales, qui tentait de récuser l'une des juges de Fujimori, la Dra Colquicocha, ce qui aurait contraint à arrêter le procès en cours alors qu'un magistrat avait déjà été changé en janvier dernier. Les trois juges (Victoria Sánchez, Aissa Mendoza et Avigail Colquicocha) continuent donc à s'occuper de cette affaire qui remet en cause les tentatives de Fujimori de revenir sur la scène politique nationale. [ Voir http://www.larepublica.pe/15-05-2014/consejo-ejecutivo-interviene-y-anula-cambio-de-jueces-en-proceso-a-fujimori].
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Photo 10 : Fujimori lors de son procès, avril 2014. (Archives de La República)
La situation interne du parti fondé par Fujimori est assez chaotique. Alors que Keiko tentait de le présenter comme le groupe politique du « renouveau », le retour en politique de son père a changé la donne. Ce processus présente quelques similitudes avec ce qu'a connu le Front national en France, avec la concurrence entre Jean-Marie Le Pen et sa fille Marine. Selon Héctor Becerril, porte-parole de Fuerza popular que dirige Keiko Fujimori, l'avocat William Castillo tente de diviser le parti afin de faire concurrence à Keiko. L'avocat se trouverait ainsi derrière la création d'une nouvelle faction dirigée par Alberto Fujimori, Avanza Frente Libertad. [Voir http://www.larepublica.pe/08-05-2014/fuerza-popular-abogado-de-alberto-fujimori-nunca-tendra-espacio-en-el-partido]. Il est probable que Fujimori prépare l'entrée en politique de sa faction à l'occasion des élections régionales d'octobre 2014. On l'aurait aperçu écrire des noms de candidats lors de son procès de « diarios chicha ». [Voir http://www.larepublica.pe/06-05-2014/desde-prision-de-la-diroes-ex-dictador-escoge-a-los-candidatos-del-fujimorismo].

Coup de filet chez les dirigeants néo-senderistes du MOVADEF

A la suite d'une enquête de deux ans, 28 dirigeants du mouvement néo-senderiste MOVADEF (Mouvement pour l'amnistie et les droits fondamentaux) ont été arrêtés à Lima et dans quelques provinces (Puno, Huaraz, Huancayo, Ayacucho). Parmi eux se trouvent les anciens avocats d'Abimael Guzmán, Alfredo Crespo et Humberto Fajardo, et Walter Humala, un cousin du président Ollanta Humala. Le coup de filet désigné sous le nom d'Opération Perseo a rassemblé des agents de la Police, des forces armées et du ministère Public, soit environ 300 agents.
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Photo 11 : Capture d'Alfredo Crespo, dirigeant du MOVADEF (Archives de La República)
Les détenus ont été conduits à la Direction Contre le Terrorisme (DIRCOTE) afin d'y être mis en examen pour collaboration dans des activités terroristes et utilisation de financement provenant du trafic de la drogue. L'enquête est placée sous la direction de la juge Wendy Calero qui avait organisé la capture du dirigeant terroriste Florindo Flores Hala, « Artemio », en février 2012. Elle a établi que le MOVADEF n'était qu'un organisme de façade du Sentier Lumineux et ordonné une enquête approfondie. Le président Humala a déclaré que l'enquête avait également été menée à la base navale du Callao où sont emprisonnés Abimael Guzmán et Florindo Flores, ainsi que dans les prisons de femmes de Chorrillos (où est incarcérée Elena Iparraguire, devenue l'épouse de Guzmán), et d'Ancón. [Voir http://www.larepublica.pe/10-04-2014/detienen-a-24-dirigentes-de-movadef-en-lima-y-provincias]. On a établi l'existence d'un réseau de communication clandestin reliant les prisonniers senderistes (dont María Pantoja, Margot Liendo, Margie Clavo, Osmán Morote) aux dirigeants du MOVADEF. Parmi les détenus se trouve un cousin d'Humala, Walter Humala Lema, chanteur et compositeur, qui aurait suivi les directives de Guzmán lui-même. L'opération se poursuit, et six autres dirigeants sont recherchés. [Voir http://www.larepublica.pe/11-04-2014/interceptaciones-telefonicas-y-testimonios-de-ex-senderistas-acusan-a-lideres-del-movadef]. [3].
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(Photo 12 : Abimael Guzmán (Archives de La República)

Élection des membres du Tribunal constitutionnel

Après les péripéties de l'élection de juillet 2013, annulée pour vice de forme, le Parlement a réussi à élire les six nouveaux membres du Tribunal Constitutionnel, et l'élection du Défenseur du Peuple devrait intervenir sous peu. Les élus sont Ernesto Blume Fortini (110 voix), Eloy Espinosa Saldaña (88 voix), Marianela Ledesma Narváez (99 voix), Manuel Miranda Canales (122 voix), Carlos Ramos Núñez (119 voix) et José Luis Sardón (101 voix). [Voir http://www.larepublica.pe/21-05-2014/congreso-hoy-elige-a-los-miembros-del-tribunal-constitucional].

L'ancien président du Tribunal constitutionnel, Víctor García Toma, a déclaré que le groupe ainsi constitué devrait déterminer ensemble ses règles de conduite et prendre ses résolutions par consensus, sans que personne n'impose un point de vue unique. Il devra également se fixer une méthodologie de travail et être transparent vis-à-vis des citoyens pour que l'image du Tribunal s'améliore. [Voir http://www.larepublica.pe/21-05-2014/garcia-toma-nuevo-tc-debe-realizar-una-especie-de-auditoria-de-su-linea-jurisprudencial]. De son côté, le président du Tribunal constitutionnel, Oscar Urviola, a salué l'élection des six nouveaux membres en insistant sur leur grande compétence. [Voir http://www.larepublica.pe/21-05-2014/presidente-del-tribunal-constitucional-saludo-eleccion-de-nuevos-miembros# !foto1].
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[Photo 13 : Le nouveau président du Tribunal constitutionnel, Oscar Urviola, Archives de La República]

La situation de la justice et les droits humains

Trois agents du groupe paramilitaire Colina, aux ordres de Fujimori et Montesinos, ont été condamnés à 22 ans de prison ferme le 20 novembre 2013 pour le meurtre de neuf étudiants et d'un professeur de l'université La Cantuta, en juillet 1992. Les condamnés sont Juan Vargas Chochoque, César Alvarado Salinas et Angel Arturo Pino Díaz. Gisela Ortiz, la sœur de l'une des victimes a demandé au pouvoir judiciaire d'accélérer le procès contre Vladimiro Montesinos inculpé dans la même affaire [4].

Au mois de décembre 2013, le ministère Public et son équipe d'anthropologie légale ont procédé à l'exhumation de 56 personnes dans 19 fosses communes situées dans la zone de haute montagne de Oreja de Perro et de Chungui (Ayacucho), à 3 800 mètres d'altitude. Les survivants affirment que le massacre eut lieu en 1986, au lieu-dit Suyrurupampa. 13 des corps sont ceux d'enfants entre 2 et 16 ans, et deux appartiennent à des femmes âgés entre 25 et 40 ans ; ils ont été torturés et démembrés, et ont reçu des balles de fusils de guerre (FAME 77), ce qui semble indiquer que l'armée est responsable des crimes. 1 384 personnes ont été assassinées dans cette zone entre 1983 et 1984 par le Parti communiste du Pérou, Sentier Lumineux, ainsi que par l'armée et par les comités d'autodéfense. La Commission de la vérité et la réconciliation (CVR) a estimé qu'il existait 300 fosses communes dans le seul district de Chungui et elle a qualifié la violence qu'on y a fait régner comme la plus dévastatrice de tout le pays. Le ministère Public prévoit d'exhumer les restes de 48 fosses communes pour retrouver au moins 202 personnes qui auraient été tuées entre 1984 et 1989. [Voir http://www.larepublica.pe/03-12-2013/19-fosas-conservan-los-restos-de-56-civiles-en-las-alturas-de-chungui].

Rappelons ici que la CVR a montré que Sendero Luminoso avait forcé les paysans de Chungui et d'Oreja de Perro à vivre dans les montagnes pour constituer les noyaux de la future nouvelle société communiste, sans classe. En réalité il s'agissait des premiers camps senderistes de rééducation créés dans le pays ; ils allaient être implantés plus tard, entre 1989 et 1994, chez les Indiens Ashaninka de la forêt centrale [Voir l'article qui leur est consacré]. Des enfants des victimes ont accompagné la mission du ministère Public pour tenter d'identifier leurs proches. [Voir http://www.larepublica.pe/05-12-2013/huerfanos-de-la-guerra-buscan-a-sus-familiares-entre-las-fosas-desenterradas].
Chronique politique du Pérou, Mai 2014

(Photo 14 : L'anthropologue légal Dannal Aramburú nettoie les corps de deux personnes découverts à Chungui (Archives de la República)
La même région est le théâtre d'un nouveau type de violence depuis 2011. Le village d'Oronccoy, où une centaine de personnes furent tuées par les militaires dans les années 1980, est devenu un lieu de transit pour les transporteurs de drogue et les délinquants des villages voisins qui tentent de les voler. De janvier à avril 2014, on a dénombré 14 morts, dont une mère et sa petite fille ; ce crime a profondément choqué les habitants du village et les a poussés à s'adresser aux autorités de Chungui pour qu'elles organisent l'inspection des corps. Il faut préciser que Oronccoy est très difficile d'accès depuis Chungui, situé à 6 heures de la capitale régionale de Huamanga : il faut voyager à cheval pendant trois jours jusqu'au pont de Kutinachaca, avant d'entreprendre une montée de 9 heures jusqu'au village d'Oronccoy, à 3 800 mètres d'altitude. Les transporteurs de drogue, armés de fusils AKM, passent chaque jour par groupes de 10 à 30 hommes, avec une charge moyenne de 10 à 15 kg de drogue. La police de Chungui affirme qu'il s'agit d'une « zone libérée » et qu'il leur faudrait trois véhicules 4x4 et 30 agents pour rétablir l'ordre. Cette base de la police travaille avec une grande pauvreté de moyens, ne disposant que d'un seul véhicule souvent en panne et de quelques agents, raison pour laquelle ils ne sont jamais allés à Oronccoy. Des responsables de Chungui et d'Oronccoy se sont rendus à Lima pour demander au ministère de la Défense l'installation d'une base militaire anti-subversive, mais ils attendent toujours une réponse. La seule aide reçue à ce jour est celle de « Médecins sans frontières » qui effectue des campagnes sanitaires et demeure sur place une quinzaine de jours. [Voir http://www.larepublica.pe/22-04-2014/oronccoy-un-pueblo-entre-la-guerra-de-narcos-y-el-olvido]

Le 24 avril, la Chambre pénale nationale a ouvert les audiences des proches des victimes de la base militaire de Los Cabitos (Ayacucho), où la CVR a recensé la mort de 138 personnes entre 1983 et 1985. Les enquêtes sur les assassinats n'ont débuté qu'en 2005, et on a exhumé jusqu'à présent une centaine de corps dont six seulement ont pu être identifiées. Gloria Cano, coordinatrice de APRODEH (Asociación pro-derechos humanos), a présenté un livre consacré à cette affaire le 19 avril, sous le titre Los Cabitos, lugar de horror y muerte. [Voir http://www.larepublica.pe/25-04-2014/las-voces-de-las-victimas-del-cuartel-militar-los-cabitos].

Le mot de la fin

En dépit d'une lenteur certaine, les avancées sont réelles dans les affaires de justice relatives aux crimes commis au cours de la guerre interne au Pérou ; les proches des victimes et les organismes de défense des droits humains ne baissent pas les bras, malgré l'indifférence et le silence généralisés, à tous les niveaux de la société, face à la violence des militaires et des subversifs dans les années 1980-2000.

En outre, le pays assiste actuellement à une forte montée de la corruption institutionnelle dans les régions qui finira sans doute par peser sur le résultat des élections prévues en octobre. Parallèlement, la popularité du président Humala est au plus bas ; on lui reproche notamment l'augmentation impressionnante de la violence criminelle, en particulier les assassinats sous contrat des mains de mercenaires (sicarios), ce qui rapproche le pays de la situation de violence interne ordinaire en Colombie, voire au Brésil. Une telle situation ne pourra être résolue par un accroissement du nombre de lois ou de policiers dans les rues. L'aggravation de la criminalité résulte d'abord d'une très mauvaise répartition des richesses, ainsi que d'une intensification du trafic d'armes au travers des réseaux de la drogue.

Dans ce contexte, les réformes de l'université et la restructuration du travail des fonctionnaires ont beaucoup du mal à passer, d'une part parce qu'elles ne sont pas suffisamment expliquées aux populations dont le niveau éducatif reste très bas, et d'autre part parce que le gouvernement actuel est trop faible pour imposer un minimum d'autorité tant sur le plan syndical que sur le plan social. Les grèves contre les réformes en cours des universitaires et des fonctionnaires, dont on parlait dans la chronique de juillet 2013, et auxquelles s'ajoutent celles des médecins, sont donc de retour et risquent de le rester pour un bon moment.

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[1] http://www.larepublica.pe/29-01-2014/partidos-y-movimientos-ya-se-alistan-para-elecciones-regionales-y-municipales->http://www.larepublica.pe/29-01-2014/partidos-y-movimientos-ya-se-alistan-para-elecciones-regionales-y-municipales

[2] Voir http://www.larepublica.pe/18-02-2014/narcoterroristas-lanzan-ataque-contra-base-militar-en-la-convencion-y-hieren-a-trabajador-de-camisea->Voir http://www.larepublica.pe/18-02-2014/narcoterroristas-lanzan-ataque-contra-base-militar-en-la-convencion-y-hieren-a-trabajador-de-camisea

[3] http://www.larepublica.pe/12-04-2014/esta-probado-que-abimael-guzman-dirigia-el-movadef-desde-base-naval-del-callao->http://www.larepublica.pe/12-04-2014/esta-probado-que-abimael-guzman-dirigia-el-movadef-desde-base-naval-del-callao

[4] http://www.larepublica.pe/20-11-2013/imponen-22-anos-de-prision-a-tres-agentes-de-colina-por-caso-cantuta->http://www.larepublica.pe/20-11-2013/imponen-22-anos-de-prision-a-tres-agentes-de-colina-por-caso-cantuta


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