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Les poings contre les murs

Par Onrembobine @OnRembobinefr

[Critique] LES POINGS CONTRE LES MURS

Titre original : Starred up

Note:

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Origine : Angleterre
Réalisateur : David Mackenzie
Distribution : Jack O’Connell, Ben Mendelsohn, Rupert Friend, David Ajala, Sam Spruell, David Avery, Sian Breckin, Peter Ferdinando…
Genre : Drame
Date de sortie : 4 juin 2014

Le Pitch :
Eric, un jeune délinquant ultra violent, est incarcéré dans une prison pour adultes. Sur place, il tente de s’imposer face aux autres détenus et à l’autorité carcérale. Cependant, la présence dans la prison de son père, taulard de longue date, complique encore un peu plus les choses. Pris en charge au sein d’un groupe de soutien, Eric va devoir apprendre à refréner ses pulsions et accepter les codes de la prison, pour espérer pouvoir s’en sortir…

La Critique :
Transfuge de la série Skins, Jack O’Connell a su rapidement se faire remarquer au cinéma, à l’instar de ses camarades Kaya Scodelario, Dev Patel et Nicholas Hoult. Aujourd’hui, étrangement, alors qu’on loue à juste titre son incroyable performance dans Les Poings contre les murs, personne ou presque n’évoque Skins. On parle d’Harry Brown ou d’Eden Lake, dans lesquels O’Connell brillait, mais Skins passe injustement à l’as. Injustement car c’est bien dans cette série télé que le jeune anglais a explosé, en imposant l’image parfaite du lad bagarreur à grande gueule. Depuis l’arrêt du show (il a d’ailleurs participé à la septième et dernière saison), O’Connell a définitivement fait le grand plongeon sur le grand écran, et au passage prouvé à quel point il convient de le suivre à la trace. Parfaite incarnation du délinquant, Jack O’Connell retrouve aujourd’hui un rôle proche du Cook de Skins, à savoir un personnage dangereux, mais plus complexe qu’il n’y paraît.
Il est alors certain qu’accoler le mot « révélation » au nom de l’acteur est tout à fait pertinent. Ce n’est pour autant pas la première fois qu’O’Connell campe un personnage comme celui des Poings contre les murs. Le truc qui change tout finalement, c’est que dans le cas présent, c’est lui qui truste la tête d’affiche. Enfin, il mène la danse, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il assure tout du long.
Expression parfaite d’une jeunesse abîmée, en manque de repères et donc invariablement tournée vers la violence sèche, Jack O’Connell est à lui seul une raison suffisante pour courir voir Les Poings contre les murs. Car tout en ayant l’aura d’une véritable et authentique star, O’Connell impose une apprêté étonnamment réaliste, et une intensité en somme toute assez rares. On pense un peu au jeune Edward Furlong (le film n’est pas sans rappeler Animal Factory, de Steve Buscemi, dans lequel Furlong tenait le premier rôle), et au DiCaprio de Basketball Diaries. Il y a cette même rage et cette même urgence dans le regard du britannique. Ce même feu en passe de déclencher un incendie incontrôlable. Cette même faculté à mêler au sein d’une interprétation nuancée, l’expression sauvage d’une colère stupéfiante et la fragilité propre à la jeunesse bousillée qu’il personnifie.

Dernier film en date de David Mackenzie, à qui l’on doit notamment l’excellent Perfect Sense, Les Poings contre les murs tourne le dos aux conventions trop spectaculaires et convenues du film de prison (un genre à part entière). Porté par une mise en scène simple et immersive, basé sur les ruptures de ton, le long-métrage prend parfois des airs de documentaire (notamment via l’introduction angoissante) et s’intéresse avant tout à ses personnages. En cela, il ne s’interdit rien et contourne habilement certains des clichés les plus grossiers. Un peu à la manière de la série culte Oz, Les Poings contre les murs dessine les contours d’un microcosme régit par ses propres règles. Le fait même d’évoquer Oz pour parler du métrage de Mackenzie prouvant d’ailleurs à quel point ce dernier est bon.
Sans concession, le film met en route dès les premières minutes, un mécanisme qui peu à peu s’avère aussi anxiogène qu’émotionnellement éprouvant. Sans s’étendre sur les raisons qui ont mené ce gamin de 19 ans derrière les barreaux, il s’intéresse au présent. À la réhabilitation, qu’elle soit envisageable ou pas, aux relations entre les détenus et les gardiens et les détenus entre eux, ou encore à cette nécessité absolue de ne dormir que d’un œil pour veiller à sa propre survie.

Reposant sur un script remarquable, Les Poings contre les murs se pose d’emblée comme l’une des grandes œuvres du genre. Pour son réalisme, mais aussi pour cette formidable idée qui consiste à placer face à face, entre les murs de la taule, un père et son fils. Sans forcer, en laissant parler son récit et le talent des acteurs, le film fait mouche en brossant avec une justesse absolue la relation ô combien douloureuse d’un enfant confronté à son géniteur, alors que ce dernier doit accepter l’échec d’une éducation qu’il a lamentablement foirée, au point d’avoir transformé son fils en une copie carbone de lui-même. Voir le génial Ben Mendelsohn œuvrer en douce pour protéger son gamin sans que celui-ci ne s’en aperçoive, et malgré tout arriver à empirer les choses, est tragique. Les sentiments qui se dégagent de ce duo aussi improbable que superbement intégré à la dynamique du récit, échappent aux tentatives d’analyse. Et c’est notamment pour cela que Les Poings contre les murs se démarque. Parce qu’il ne suit personne. Il s’inspire d’autres films du genre bien sûr, mais met en avant une identité propre, sans chercher à caresser le public dans le sens du poil.

Forcement ça fait mal. Portrait brut de décoffrage de notre société, fable hardcore sur la famille, analyse pertinente de la violence via les raisons qui peuvent conduire un homme à se désocialiser au point de devenir une sorte de bête sauvage incontrôlable, Les Poings contre les murs ne fait pas les choses à moitié. Sans pour autant se complaire dans un pessimisme plombant, il verrouille sa cible et ne lâche pas l’affaire avant d’avoir mis son public à terre. Remarquable de sobriété et d’intelligence, il met aussi en avant une escouade d’acteurs solides (excellent Rupert Friend, vu dans Homeland), tous dirigés à la perfection, au service d’une entreprise qui s’apparente en tous points à une puissante baffe.

@ Gilles Rolland

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Crédits photos : Le Pacte/Wild Side Films


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