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Only Lovers Left Alive

Publié le 10 juin 2014 par Lifeproof @CcilLifeproof

Vendredi dernier, rendez-vous était pris pour aller voir ''Only Lovers Left Alive'' en plein air, un film de Jim Jarmusch sorti en février dernier. Séance de rattrapage donc, dans le parc Hasenheide situé dans le quartier Neukölln à Berlin.

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© Jim Jarmusch

Adam (Tom Hiddleston) et Eve (Tilda Swinton) sont deux vampires, amants depuis plusieurs siècles. La seconde vit à Tanger et le premier réside à Detroit, ville en décomposition, presque fantôme par endroits. Il habite une maison de musicien rock underground et bidouillée par ses propres soins (installation électrique, visiophone bricolé maison,etc). On constate alors la transformation inéluctable des lieux et la beauté des ruines, berceau de nouveautés à venir (?). Nos deux protagonistes sont des êtres éthérés, élégants, savants, créatifs et Adam souffre terriblement de la déliquescence des choses qui l'entourent. Il en veut terriblement aux humains, qu'il appelle lui-même zombies, de souiller non seulement tout ce qu'ils touchent mais aussi leurs propres corps. Si nos deux amants éternels s'approvisionnent en sang dans les hôpitaux ou pas d'autres voies sécurisées, ce n'est pas seulement par respect pour la vie humaine mais aussi car le sang actuel est largement infecté par différentes maladies et autres résidus nocifs. Cet état de faits, ainsi que la question : ''Comment vivre quand on a déjà eu plusieurs vies ?'', hantent Adam qui pense alors au suicide et c'est ainsi que les deux amants se retrouvent à Détroit, Eve pressentant les pensées morbides de son amoureux.

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© Jim Jarmusch

Les vampires de Jarmusch retrouvent une intellectualité, une espièglerie, une consistance en dépit de leur aspect diaphane, une sensibilité et un véritable romantisme largement esquintés par des films tels que ''Twilight''. Ils sont les êtres constants, témoins des plus hauts faits de l'humanité tout autant que des plus horribles. Ils ont connu Shakespeare, Schubert et Einstein. Ils sont savants et esthètes, autant que malicieux et leur humour pince-sans-rire est absolument charmant et stimulant.

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© Jim Jarmusch

La consommation de l'humeur écarlate est bouleversante*, distinguée ou du moins ajustée aux besoins de nos protagonistes. Elle se transforme en véritable expérience extra sensible, submergeant leurs corps entièrement, comme lors de l'utilisation de certaines drogues. Ils dégustent des verres de sang à la manière dont on goûterait une liqueur aux parfums subtils et enivrants. Nous ne sommes pas loin de l'absinthe, de son rite de préparation et exit les bains de sang grossiers.

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© Jim Jarmusch

Les derniers amants encore vivants (oxymore s'il n'en faut, se sont des vampires tout de même) est une petite merveille de subtilité, au minimalisme envoûtant et baignée par une bande originale parfaitement ajustée aux accents narratifs du film. Celle-ci allant d'un rock noir et ambiant, flirtant avec l'expérimental, ainsi que le krautrock, jusqu'au blues et au jazz le plus habité. Merci monsieur Jarmusch.

Cyril

* "Ces humeurs bouleversantes, le sang, le sperme et les larmes." Jean Genet


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