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Black Coal, un polar chinois d'une renversante beauté..

Par Filou49 @blog_bazart
10 juin 2014

 black-coal-thin-ice-film-review-belinJe ne sais pas si ca vous arrive quelquefois, mais de mon côté,  j'ai parfois l'occasion - et même de plus en plus- d'apprécier un film tout en ayant le sentiment, lorsque le générique de fin arrive, de ne pas avoir compris grand chose à ce que j'ai vu sur l'écran.

C'est un peu l'impression que j'ai eu lors de la projection, il y a maintenant plus de deux mois, lors du dernier Festival du film Policier de Beaune, d'un film qui sort demain en salles. Il s'agit de "Black Coal" réalisé par le Chinois Yinan Diao, et que je ne voulais absolument pas rater lorsque j'ai su qu'il était en sélection officielle.

En effet, quelques semaines auparavant, le film avait raflé l'Ours d’Or au dernier festival de Berlin, ainsi que l’Ours d’Argent du meilleur acteur, et toutes les critiques qui l'avaient vu étaient vraiment très élogieuses sur ce film d'un cinéaste chinois assez peu connu en France (son dernier film sorti en France, Train de nuit avait été, présenté à Un Certain Regard en 2007. Je savais donc que j'allais voir un polar dense et ambitieux, qui en même temps, disait pas mal de choses, mine de rien-histoire de contourner habilement la censure qui sébit fortement là bas- sur la société chinoise actuelle

En voyant Black Coal, on a effectivement affaire à un film noir, il y a bien enquête policière qui se déroule sur plusieurs époques (1999 et 2006), mais, en revanche, la critique sociale d'un pays où les pauvres sont à la fois victimes et bourreaux dans un pays qui ne leur laisse pas vraiment le choix, n'est pas forcément évidente à deviner, tant elle est dissémée avec énormément de discrétion et de subtilité.

Quant à l'intrigue proprement dite, c'est peu de dire qu'elle m'a semblé un peu nébuleuse et que, le jour de la projection- certes en plein Festival, donc après avoir vu déjà trois autres films auparavant- j'ai quand même du mal à remettre toutes les pièces du puzzle dans le bon ordre et à combler tous les trous et zones d'ombres du scénario. Quant aux personnages, les motivations et les actions de ceux ci nous semblent souvent un peu trop insaissaissables pour qu'on puisse totalement s'identifier à eux.

Black Coal, un polar chinois d'une renversante beauté..

Mais finalement, alors même, que d'habitude, je suis assez exigeant sur la solidité et la linéarité du scénario, je m'aperçois qu'avec le recul, je garde un excellent souvenir de ce Black Coal, tant le film éblouit par sa mise en scène et l'ambiance assez incroyable qu'il met en place.

Le cinéaste a avant tout le souci de planter le décor d'une ville de province chinoise constamment plongée sous la neige, pétrifié par la glace et dont on sent une menace se profiler de plus en plus.  Le souvenir qu'il me reste de ce long métrage est avant tout celui d'un film dont l'utilisation des couleurs est admirable, avec un constraste formidable entre le noir de la nuit et toutes ces lumières artificielles déchirant la nuit.

Je me souviens de plans absoluments exceptionnels d'enseignes qui scintillent, de grande roue qui s'éteint et se rallume, d'une fascinante séquence de patinage sur glace nocturne, et l'ensemble confère à l'oeuvre un côté très envoutant, presque hypnotique.

Black Coal, un polar chinois d'une renversante beauté..

 Et au delà des immenses qualités visuelles et plastiques du film, la mise en scène de Diao Yinan épate dans toute sa globalité. Le réalisateur chinois opte en effet pour une réalisation très épurée, au tempo très lent, mais traversé par des séquences dont la violence et la radicalité surprennent terriblement le spectacteur.

On sent pendant tout le film l'immense maitrise formelle du cinéaste, et notamment lors d'une scène d'interpellation située au début du film, qui laisse le spectateur pantois, tant la violence de la scène totalement inattendue nous chope et nous prend à la gorge.

Au final, si l'on peut être un peu déçu que l'intrigue policière paraisse un peu trop opaque, et le dénouement paradoxalement un peu trop simple et prévisible, l'œuvre de Dia Yinan ne peut laisser insensibles tous ceux qui aiment les films d'atmosphère et à la mise en scène aussi bluffante de maitrise.

Un film qui privilégie incontestablement la forme au fond, et qui en tout cas, garde ses mystères du début à la fin, et qui, pour ces raisons, peut, tout à la fois,aussi bien frustrer qu'émerveiller.

Pour ma part, contrairement à mes principes de base, je serais plus à ranger dans la seconde catégorie...  à vous de choisir un camp en allant voir dès demain en salles cet envoutant Black Coal.

BLACK COAL - Bande-annonce VO


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