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Jackpot (2008)

Par Eric Culnaert

Jackpot sur la-fin-du-film.comEt à la fin ils restent mariés

Si ton rêve secret, lecteur, coïncide avec celui de ton (très humble) serviteur, le début du film de Tom Vaughan comblera tes vœux : les deux héros, qui ne se connaissent pas encore, se sont offert un séjour de trois semaines dans un palace de Las Vegas. D’ailleurs, le film s’intitule What happens in Vegas? Las Vegas, où rien de ce qui touche au summum de la distinction ne semble déplacé, comme ces bagues de mariage vendues dans les distributeurs, et qui, en guise de pierre précieuse, exhibent une paire de dés sertie dans le chaton.

Certes, et soit dit en passant, comment le garçon, Jack (prénom qui semble avoir été conçu par le Divin Créateur pour favoriser les jeux de mots sur jerk off, expression que je n’ose traduire, et dont le film ne va pas nous priver), comment Jack, disais-je, fauché, viré de son emploi par son propre père fabricant de meubles, a-t-il pu payer ne serait-ce que le voyage depuis New York ? Mais ne chipotons pas. L’important, c’est que lui et cette fille rencontrée sur place, Joy, qui vient de se faire larguer le jour anniversaire de sa liaison avec un yuppie, sont des baratineurs de première, et ont vite accumulé les avantages en nature auprès du concierge de l’hôtel, victoire morale qu’ils ont fêtée de façon grandiose dès la première nuit.

Hélas ! Comme la scénariste Dana Fox a vu et assimilé la série Friends, elle n’a pas oublié le mariage involontaire de Ross et Rachel, unis à l’issue d’une nuit de cuite, dans l’épisode 24 de la saison 5. Ainsi, Joy et Jack se retrouvent mariés au petit matin, et pas vraiment ravis. Certes, ils sont d’accord pour divorcer, mais Jack gagne trois millions de dollars au casino, grâce à une pièce de monnaie empruntée à Joy, et bien sûr, Joy change illico d’avis ! Incapables de transiger, les deux tourtereaux se retrouvent devant le tribunal, où le juge, rétrograde et intoxiqué de fidélité conjugale (a-t-on idée !), les trouve imbuvables, décide de mettre l’argent sous séquestre, et de les condamner à vivre ensemble pour six mois, avec contrôle hebdomadaire par une psy qu’il désigne. Le délai passé, s’ils ne se sont pas mis d’accord, il leur collera un procès qui les ruinera !

La suite est prévisible : chacun va s’efforcer de dégoûter l’autre de la vie en commun, pour le pousser au dérapage. Le perdant, celui qui déclarera forfait, se retrouvera sans un sou ! Ambiance de cohabitation qui évoque celle de Chirac et Mitterrand, si quelqu’un se souvient d’eux… Comme de juste, en présence de la psy, les deux faux-culs jouent d’abord la comédie du couple uni, mais elle n’est pas dupe. Et lorsqu’ils finissent par se disputer ouvertement devant elle, « Vous faites des progrès, dit-elle, vous vous disputez à présent comme un ménage normal ». Ce que je m’abstiendrai de commenter.

Les gags pas très fins et un peu scatos abondent. Mais tu as compris d’avance, lecteur devin (hé oui, toi et moi, nous sommes entre devins), que les deux zozos vont s’aimer – univers hollywoodien oblige. Si bien que les scènes qui conduisent à l’attendrissement final ne te surprendront pas. Par chance, Cameron Diaz, qui commence à faire son âge, reste néanmoins efficace, et Ashton Kutcher est aussi beau garçon que bon acteur.

Bref, ils ne se marient pas à la fin, puisqu’ils l’ont fait au début. Et le film se clôt sur ce mariage initial, qu’on n’avait pas vu, et qui culmine dans le mauvais goût. Or c’est bien le mauvais goût assumé qui fait le principal intérêt du film, avec les deux acteurs. Allocine a-t-il au moins rappelé cette opinion de Picasso, selon qui l’Art n’a rien à voir avec le bon goût ? Va vite vérifier !


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