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Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran d'E-E Schmitt.

Par Mademoizela
Après son passage dans la dernière Grande Librairie,j'ai succombé à la douceur d'Eric-Emmanuel Schmitt. Je n'ai lu de cet auteur que La nuit de Valognes, une réécriture pour le moins originale et néanmoins très puissante de Dom Juan. Je connaissais par coeur le film Odette Toutlemonde, adaptation de son roman.
J'ai donc téléchargé sur ma liseuse des extraits qui m'ont beaucoup plu. Il faut dire que Monsieur Schmitt a un sacré talent pour commencer ses romans. Il a le truc; la phrase d'accroche qui va titiller le lecteur. Dans Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, l'incipit est des plus déroutant:
"A onze ans, j'ai cassé mon cochon et je suis allé voir les putes."
Cette lecture, en plus d'enlever une pierre à mon édifice PAL, d'intégrer parfaitement le challenge "Ma Pal fond au soleil" de Métaphore, entre parfaitement dans le challenge de Philippe D, lire sous la contrainte.
Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran d'E-E Schmitt.
La contrainte est la suivante: le titre doit contenir une conjonction de coordination: la mienne sera "et".
Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran d'E-E Schmitt.MONSIEUR IBRAHIM ET LES FLEURS DU CORANLe récit repose donc sur deux personnages centraux: Moïse dit Momo et l'épicier Monsieur Ibrahim. Le jeune homme Juif va donc se lier d'amitié avec le Musulman.
Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran d'E-E Schmitt.Moïse est un enfant qui a été abandonné par sa mère lorsqu'il était petit et va être, à l'adolescence abandonné par son père qui préfère se suicider plutôt que de s'occuper de son fils. 
Monsieur Ibrahim apparaît tôt ou tard comme un père de substitution. Le récit qui est fait est celui d'un enfant, puis d'un adolescent qui voit le monde depuis ses hauteurs, c'est-à-dire de façon partielle. 
Le récit est vraisemblablement un récit initiatique, un roman d'apprentissage dont le guide est Monsieur Ibrahim, figure tutélaire et paternelle par excellence. Il va apprendre au jeune homme ce qu'est la vie, ce qu'est la religion, à quoi elle sert...
Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran d'E-E Schmitt. La religion est prédominante dans ce texte puisqu'on a une définition du mot "Arabe", du mot "musulman", deux vocables qui sont souvent amalgamés. 
Monsieur Ibrahim est considéré comme un Arabe alors qu'il vient du "Croissant d'Or"; il est musulman mais pas Arabe.  Il est Turc mais pour tout le monde, il est l'Arabe de la rue.
De ce mini-débat théologique, va naitre une invitation au respect de l'Autre, une véritable leçon de tolérance et d'ouverture d'esprit ainsi qu'une belle leçon de vie qu'il gardera ancrées dans son esprit à jamaisIl lui apprend à être un homme. Il lui ouvre la voie.Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran d'E-E Schmitt.
Cette relation amicale  polymorphe- père-fils, maître-élève, guide spirituel-initié...- va trouver un aboutissant formidable dans le voyage qu'ils feront ensemble -tant de façon métaphorique que de façon réelleIbrahim emmène le jeune homme au pays des Derviches. Cette expérience forte et spirituelle va chambouler notre jeune héros qui va prendre la mesure de sa foi et comprendre ce qu'il y a au fond de lui. Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran d'E-E Schmitt.Ce voyage initiatique demeurera du reste pour le jeune Moïse une véritable introspection, une quête réussie de son identité disloquée. Identité religieuse, certes; identité existentielle, assurément.
Un drame va alors se tramer et mettre fin au voyage: désormais, Moise devra continuer la route seul. Finalement, Moïse apparaît comme le prolongement de Monsieur Ibrahim. 
 Une sorte d'héritier qui fera perdurer la mémoire de l'homme disparu. 
Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran d'E-E Schmitt.C'est un magnifique conte philosophique, qui pourrait être lu parallèlement à Candide
Mais, sérieusement, même si la quatrième de couverture certifie que ce conte peut être étudié en collège et en lycée pro, je ne suis pas certaine que le public suive. Il y a dix ans, cela aurait été possible, Aujourd'hui, les élèves rigolent pour un rien: on les perd à la seule prononciation d'un mot à connotation sexuelle! Ici, les mots sont crus, les références sexuelles largement explicitées. Ils passeraient à côté de l'histoire et en tant que prof, on  passerait notre temps à leur demander de cesser leurs rires, leurs bavardages. Et puis, avec ce genre de vocabulaire, les parents n'auraient pas fini de crier au scandale. C'est vraiment dommage car en lisant ce récit, j'imaginais comment j'aurais pu faire étudier l'oeuvre. Bref, nous ne sommes pas là pour ergoter sur la pédagogie...
J'ai adoré ce récit. Et je poursuis ma lecture du formidable Eric-Emmanuel car ce type est génialissime.

Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran d'E-E Schmitt. 
 

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