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[Critique] MINORITY REPORT

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] MINORITY REPORT

Titre original : Minority Report

Note:

star [Critique] MINORITY REPORT
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Origine : États-Unis
Réalisateur : Steven Spielberg
Distribution : Tom Cruise, Colin Farrell, Samantha Morton, Max Von Sydow, Kathryn Morris, Tim Blake Nelson…
Genre : Thriller/Science-fiction/Action/Adaptation
Date de sortie : 2 octobre 2002

Le Pitch :
2054 : le nombre de meurtres dans la capitale Washington D.C. est tombé à zéro, grâce à des informations fournies aux autorités par un trio de pré-cognitifs. Jusqu’au jour où John Anderton, le chef de l’unité PréCrime, devient la cible d’une énorme chasse à l’homme. La raison ? Il y a eu un meurtre, ou plutôt il y en aura un, commis par Anderton lui-même…

La Critique :
Peut-être était-ce tous ces Oscars, peut-être était-ce le succès commercial sans précédent ou simplement le fait qu’il n’a plus rien à prouver aujourd’hui. Mais honnêtement, avec le recul, il est curieux de penser que Steven Spielberg a ressuscité son sens de l’humour (qu’on pensait perdu aux alentours de La Couleur Pourpre) avec nul autre que son formidable Minority Report – qui est non seulement un des meilleurs exemples où l’action et les idées n’ont pas besoin d’être mutuellement exclusives, mais aussi le film Spielbergien le plus soigneusement monté et génialement divertissant depuis Les Aventuriers de l’Arche Perdue. Ce truc est tellement bon qu’il en est ridicule.

Adapté avec beaucoup de verve par Scott Frank (scénariste du Hors d’Atteinte de l’autre Steven S.) d’une nouvelle du grand Philip K. Dick et réalisé avec une virtuosité éblouissante, Minority Report décolle comme une fusée et nous renvoie en spirale sur Terre deux heures et demie plus tard à la vitesse de l’éclair ; le cœur battant, la tête remplie de grandes idées étoffées, et peut-être même l’envie de sourire – juste grâce au brio de l’ensemble.

Blade Runner, également inspiré d’une histoire de Dick, montrait un monde futur en décomposition. Minority Report offre une vision légèrement plus optimiste, si ce n’est encore plus troublante. Grâce aux efforts intoxiqués de trois drogués télépathiques et une avancée assez incroyable dans la technologie haut débit, les officiers de la loi peuvent maintenant prédire et donc empêcher des meurtres simplement en téléchargeant de futures scènes de crimes, directement depuis les cervelles de ces mutants et intervenir rapidement avant que les choses ne se gâtent. Les coupables, envoyés en taule pour l’intention de leur crime, sont mis en état d’hibernation pendant un temps indéfini.

Gérée par l’inspecteur John Anderton, la division PreCrime de Washington est sur le point de devenir une police nationale, ce qui amène l’inspecteur Danny Witwer (un Colin Farrell phénoménal) à venir fourrer son nez dans leur Q.G., apparemment pour une vérification de routine, mais cherchant en secret à usurper le poste d’Anderton. On sait d’emblée que Witwer est un type louche, parce qu’il a cette fâcheuse habitude de faire semblant d’écouter les gens pendant une minute ou deux, avant de les interrompre en sortant ce qu’il avait prévu de dire depuis le début.
Malheureusement, Anderton n’est pas dans une bonne position pour emmerder Witwer. Incarné par un Tom Cruise à cœur ouvert, Anderton est un junkie profondément blessé qui est balèze au boulot, mais qui rentre quand même chaque soir dans sa maison vide pour se défoncer en regardant des vidéos de son fils, sauvagement assassiné il y a longtemps. Que se passe-t-il alors quand les « précogs » inquiétants de PréCrime identifient Anderton comme l’assassin futur d’un mec qu’il n’a jamais rencontré ? Comment réagit un homme qui a dédié toute sa vie à un système judiciaire « parfait » (quoique prématuré) quand il est soudainement confronté à une culpabilité est qui destinée à être la sienne ? Comme le remarque Anderton, dérouté et résigné avant que ne commence toute une série de séquences d’action aussi hilarantes que palpitantes : tout le monde s’enfuit.

Oui, on a bien dit hilarantes. Le film a beau commencer dur et rude, il se trouve que Minority Report est une grande rigolade. Évidemment en pleine forme, Spielberg prend une joie enfantine à pousser son antihéros arrogant dans la plus impossible des situations et regarder avec émerveillement tandis que Cruise s’efforce à trouver malgré tout un moyen de s’en sortir. Depuis le Mission : Impossible sous-estimé de 1996 et pendant un bon bout de temps, Cruise a évolué sans rival, travaillant avec des cinéastes de plus haut niveau pour ébranler cette image du beau gosse je-suis-le-plus-fort qui a fait de lui une superstar (avant, bien sûr, que son égo ne reprenne le dessus dans des projets comme Le Dernier Samouraï).

Quel que soit le film – qu’il joue un bouffon pour Kubrick dans Eyes Wide Shut, qu’il mène l’auto-parodie de John Woo à son apothéose dans Mission : Impossible II ou qu’il se transforme en caricature grotesquement misogyne de lui-même dans le Magnolia magnifique de Paul Thomas Anderson, Tom Cruise sera toujours isolé, brutalisé, tabassé, humilié, écrasé et souvent physiquement défiguré pour le plaisir de nous, spectateurs. La tendance atteint son summum avec Minority Report, où Spielberg se défoule avec le plus grand plaisir à torturer sa vedette charismatique. Comme dans ce premier périple fantastique d’Indiana Jones, toutes les mésaventures d’Anderton sont super-chargées d’une sorte de loi de Murphy à l’esprit tordu : le bougre subit un pépin après l’autre dans l’histoire.

Il y a d’autres séquences incroyables : considérons une scène où des araignées robotiques fouillent un complexe d’appartements et Anderton s’immerge dans une baignoire d’eau glacée pour éviter de se faire choper. La séquence commence avec une vue plongeante des différents appartements et de leurs habitants, et on pourrait jurer que c’est fait par ordinateur, mais non : on regarde un vrai décor physique, et les mouvements élégants de la caméra en plongée étaient toutes chorégraphiées au millimètre près. C’est typique de Spielberg : ayant conçu cette séquence ahurissante, il l’utilise à des fins dramatiques et pas simplement pour montrer à quel point il est doué. Y’a qu’à regarder le superbe timing lorsqu’une des araignées, s’apprêtant à sortir, entend quelque chose et s’arrête avant de poser le pied à terre.

D’ailleurs, on ne peut exagérer la légèreté et l’enchantement avec lesquelles Spielberg a exhaustivement réalisé son monde du futur. C’est un endroit bizarre et exotique, mais rempli à ras-bord avec des petits agacements du quotidien pour nous garder émotionnellement investis dans une réalité banale et reconnaissable (Après tout, plus les choses changent…). Filmant dans le glorieux procédé du CinemaScope pour la première fois depuis plus d’une dizaine d’années, Spielberg semble revigoré par sa redécouverte du format panoramique, bourrant chaque cadre et chaque plan implacablement dynamique avec des gags cachés et de l’humour visuel désinvolte.

Pareil concernant son attirance pour les blagues puériles et les gadgets de science-fiction, Spielby se régale avec le don qu’il a pour définir ses personnages avec des touches microscopiques, accordant à chaque perso secondaire un minimum d’activité pour renforcer l’illusion qu’ils sortent tout droit d’une histoire ou d’un film qui leur est propre (regardez bien le séminariste déchu incarné par Colin Farrell qui joue avec son chapelet quand il est stressé : ça c’est un bon garçon catholique venu de l’Irlande !)

C’est seulement après être descendu du grand huit qu’est Minority Report, qu’on peut prendre le temps d’apprécier le nombre d’obsessions personnelles de son créateur qui se sont agités sous les rails tout au long du film. Comme la plupart des œuvres de Spielberg, Minority Report s’intéresse à la folie des hommes qui veulent jouer aux dieux et une famille brisée cherchant à se ressouder. Et comme avec la plupart des œuvres de Spielberg (tel que Attrape-moi si tu peux, sorti la même année à environ six mois d’écart), on peut trouver des réactions qui le rejettent comme étant simplement « un film de genre » – comme si la prévenance, le savoir-faire et le travail d’artiste étaient compromis par la valeur du divertissement.

Erreur, car Minority Report est aussi une méditation sur l’opposition entre le destin et la liberté d’esprit. Le film met en garde le danger que peut représenter la foi aveugle et pose la question d’actualité sur le nombre de libertés civiles que nous sommes prêts à sacrifier pour mieux dormir la nuit. Et le fait qu’il puisse faire tout cela avec autant de sang froid est précisément ce qui fait de Minority Report un exploit aussi brillant, aussi magistral.

@ Daniel Rawnsley

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Crédits photos : UFD

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