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[Critique] MUNICH

Par Onrembobine @OnRembobinefr
[Critique] MUNICH

Tire original : Munich

Note:

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Origine : États-Unis
Réalisateur : Steven Spielberg
Distribution : Eric Bana, Daniel Craig, Ciarán Hinds, Hanns Zischler, Mathieu Kassovitz, Geoffrey Rush, Mathieu Amalric, Lynn Cohen…
Genre : Thriller/Drame/Action/Adaptation
Date de sortie : 25 janvier 2006

Le Pitch :
Le massacre de onze athlètes israéliens aux Jeux Olympiques de Munich en 1972 par des terroristes palestiniens de l’organisation Septembre Noir, donne lieu à un moment décisif dans la politique du Moyen-Orient : la décision d’Israël d’enlever les gants blancs et partir à l’offensive contre les groupes, les nations et les personnes qui ont fait le serment religieux de l’éliminer. Priorité numéro un : traquer et tuer les onze survivants responsables du complot de Munich. Avner, agent du Mossad et patriote d’Israël, est promu à la tête d’une des équipes d’assassinat et mène une campagne de meurtres à travers l’Europe avec seulement les outils les plus essentiels. Mais au cours de leur mission ultra secrète, alors qu’ils rencontrent des agents de la CIA, des anarchistes français qui vendent des informations et des terroristes palestiniens en chair et en os, Avner et ses hommes s’enfoncent de plus en plus dans la confusion de l’espionnage international, et seront transformés par l’expérience, au point où le seul combat idéologique qui reste, est celui où chacun est persuadé qu’il fait une bonne chose. Pourtant, tout le monde est perdant…

La Critique :
Très tôt dans le Munich de Steven Spielberg, le premier ministre d’Israël, Golda Meir (interprétée par Lynn Cohen), remarque que de temps à autre, chaque civilisation trouve la nécessité de négocier des compromis avec ses propres valeurs.

Précisément, jusqu’à quel point et à quel prix une nation et ses citoyens peuvent être prêts à se compromettre, est l’argument habitant Munich : un film de Spielberg comme on en a jamais vu auparavant. Il s’agit d’un ouvrage doté d’une âme malade, une œuvre qui se cherche – on ne parle pas d’un cours d’histoire facilement digéré, mais d’une tentative honnête de comprendre des troubles sérieux auxquels l’Amérique fait encore face aujourd’hui par le filtre sournois d’évènements passés.

Munich est le quatrième volet de la « série » de films Spielbergiens où il s’est confronté allégoriquement à l’après-11 septembre, et si Minority Report, Le Terminal et La Guerre des Mondes ont chacun donné leur petit coup de pinceau, Munich se retrousse enfin les manches et s’attaque de face à la question philosophique épineuse : est-il possible de répondre au terrorisme d’une manière qui est satisfaisante, sans finir par se rabaisser au même niveau que les terroristes ?

Ce que nous savons déjà : aux Jeux Olympiques de Munich en 1972, 11 athlètes israéliens ont étés kidnappés et brutalement massacrés par un groupe palestinien appelé Septembre Noir. Dans un prologue aussi brillant que viscéral, Spielberg déploie la tragédie télévisée à travers un montage agité d’écrans en noir et blanc crasseux et pourris, affichant l’horreur dans tous les domiciles, aux quatre coins du monde.

L’image iconique de l’évènement, un tueur cagoulé traînant furtivement sur un balcon, est ici restituée avec un effet sinistre de trois dimensions. Spielberg filme la scène à l’intérieur de la chambre d’hôtel à droite du cadre, tandis que les célèbres images d’archives prises de l’extérieur s’affichent sur un écran de télé placé côté gauche. Avec ce double mouvement allant miraculeusement dans deux directions à la fois, ce plan singulier sert à bouleverser nos perceptions. Comme le film, en fait.

Le scénario d’Eric Roth (l’auteur de Forrest Gump) a été lourdement réécrit par le dramaturge Tony Kushner de Angels in America, et passé cette ouverture époustouflante, Munich part dans le décor et dérive vers la supposition, se faisant l’avocat du diable face à une armée de positions politiques différentes, sans se préoccuper de considérer ce qui est bien ou ce qui est mal. Plus coriace que le reste, un des films les plus « adultes » de Spielberg s’est fait des ennemis un peu partout. Rien de bien surprenant, finalement, puisque le ton vif et quasi-talmudique d’inquisition morale de l’ouvrage n’offre pas de réponses sûres ou d’échappatoires faciles. À une époque où beaucoup aiment sortir l’argument que les films destinés à tel ou tel public servent principalement de matraquages médiatiques, voici une œuvre qui cherche à secouer nos préjugés.

Pour certains, ça représente probablement un défaut, et pour le reste ça fait de Munich un film essentiel. Spielberg lui-même est préoccupé par le concept du « foyer », que ce soit un territoire idéalisé du désert ou le confort que partagent deux être humains, qu’ils soient ensemble ou à l’autre bout du monde. Tout le monde a son concept individuel du « foyer » pour lequel il est prêt à mourir…et prêts tuer. Comme le remarque un renégat français joué par Mathieu Amalric : « Un foyer est quelque-chose qui peut parfois coûter très cher. »

Eric Bana incarne Avner, un agent prometteur du Mossad, catapulté en première ligne à la suite des répercussions de Munich. Le lendemain du massacre, on lui donne une liste de onze noms : onze vies pour venger les onze vies. Tous doivent être traqués en secret mais éliminés de façon publique et spectaculaire afin « d’inspirer la terreur dans le cœur des terroristes. »

Et là se trouve la combine : ceux qui s’attendent uniquement à un film politique de la part de Spielberg n’ont qu’à se tenir, quelle que soit la politique qu’ils attendaient. Parce que si le film soulève bien des questions et s’aventure dans des eaux moralement troubles, il se trouve aussi que pendant un moment, Munich est aussi un film (génial) d’espionnage. Il y a une bonne demi-heure pendant laquelle le long-métrage devient un film d’action tellement divertissant, que ça en devient embarrassant, où chaque nom est illustré via une séquence chatouilleuse de suspense à la Spielberg, profitant au max des endroits exotiques et des montages imprévisibles de bombes et de gunfights, purement pour le fun et la catharsis.

Filmant dans le format extra-large du Cinémascope pour seulement la deuxième fois dans sa carrière et évitant d’organiser le tout par des story-boards comme il le fait régulièrement, Spielberg se déchaîne par le biais d’un déluge frénétique de cuts rigoureux et de zooms téléobjectifs piqués à la Nouvelle Vague, jusqu’à ce que Munich donne enfin l’impression d’être le thriller d’espionnage le plus bavard, le plus sanglant et le plus génialissime. Un film qui aurait pu figurer dans les filmographies de John Frankenheimer et de William Friedkin.

Mais rien ne dure éternellement, et les zooms et le rythme punchy de Munich finissent par s’évaporer en même temps que la certitude morale de ses héros. Un brouillard finit par envahir le long-métrage, comme une sorte de malaise, et alors que le film continue, il se rallonge, s’écoule plus lentement, et semble presque se désintégrer au fil de sa durée. Chaque assassinat devient plus sale, plus personnel, moins héroïque et encore plus vicieux que le précédent. Notamment, un détour narratif qui arrive tardivement dans le film donne lieu à l’image cauchemardesque d’une femme à moitié nue qui prend une balle dans la gorge.

Mais toute crainte que le film pourrait se transformer en méditation indigeste sur l’inutilité de la violence, en tirade lourdingue sur la paix dans le monde ou encore en justification d’agression palestinienne reste infondée. Munich est trop intelligent pour choisir un camp ou suivre une route aussi simpliste. Alors qu’Avner et son équipe sont hantés par la désillusion et la paranoïa, le dur-à-cuire joué par Daniel Craig (James Bond avant l’heure !) reste focalisé sur la mission, déclarant avec fierté que le sang juif est le seul sang qui compte pour lui, et le film ne cherche jamais à le rendre détestable par ce biais. De son côté, Avner est tourmenté par des visions imaginées des meurtres à Munich, ce qui semble impliquer qu’il fait appel à ces « souvenirs » pour se motiver ses actes.

Munich est parfois victime de ses propres ambitions, particulièrement lors d’une scène de sexe complètement givrée, où Avner est forcé de choisir entre la vengeance et la domesticité dans des termes malheureusement trop symboliques. Mais en même temps, on parle de Steven Spielberg : le bonhomme qui avec La Guerre des Mondes nous a donné un 11 septembre réécrit pour que tout le monde rentre sain et sauf à la maison. Il nous réserve sûrement quelque chose de joli et de réconfortant, non ?

Que dalle. La dernière image glaçante de Munich est celle d’un tueur solitaire, détruit et inconsolable devant la silhouette chatoyante d’un Manhattan des années 70, avec deux monuments révolus qui surgissent à l’horizon et servent de coup de poing final. Ce n’est pas un film qui prétend avoir des réponses. Il demande seulement à ce qu’on se souvienne de tout ce qu’on a perdu.

@ Daniel Rawnsley

munich 2005 [Critique] MUNICH
Crédits photos : United International Pictures

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