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Le Pays du dauphin vert

Publié le 24 juin 2014 par Pralinerie @Pralinerie
Et voilà, j'ai enfin découvert ce roman d'Elizabeth Goudge, noté sur ma LAL depuis mes débuts sur la blogo. Je crois même pouvoir accuser Romanza pour la tentation. Et c'est avec Shelbylee que je l'ai lu et apprécié !

Le Pays du dauphin vert

Stewart, La Rédemption, 1905

Le plot ? Les sœurs Le Patourel vivent dans les îles anglo-normandes. Marianne est fière, intelligente, distinguée, mais peine à apprécier la vie. Elle connait quelques "moments parfaits" que la réalité vient interrompre. Cela peut-être une escapade avec sa sœur, la contemplation d'un paysage, la lumière qui change  ; un moment éphémère de pure joie. Marguerite est jolie et heureuse. Elle aborde le monde et la vie avec gentillesse et amour. Au milieu de ces caractères très différents, William sème le trouble car chaque sœur imagine secrètement que le jeune homme la préfère. Le jeune voisin, charmant mais indolent, gentil, capable d'empathie et de pitié, rêve d'aventure et de mer. Le lecteur voit les trois enfants s'amuser et apprendre puis se séparer : William devient marin sans avoir déclaré sa flamme à l'une ou l'autre des Le Patourel. Des années plus tard, alors que tous le croient mort, Marianne et Marguerite voient arriver une lettre de sa main pour demander à l'une des sœurs (je ne dirai pas laquelle) de le rejoindre en Nouvelle-Zélande où il s'est installé comme colon. Une nouvelle vie commence au milieu des Maoris, une vie d'aventure, là où la nature est encore à apprivoiser et les hommes à convertir...  Ce roman est avant tout une étude de caractères (mais aussi un roman d'aventures, on n'est pas non plus dans un pur roman psychologique). A partir de l'histoire des deux sœurs confrontées à des choix de vie très différents, l'auteur analyse et dresse les évolutions des personnalités Marianne, c'est la culture. C'est une tête d'homme dans un corps de femme. Elle est déterminée, elle aime apprendre, elle sait prendre des décisions. C'est une femme autoritaire.  Marguerite est son opposée. Plus douce et charnelle, elle tient de la nature. Elle n'a pas besoin de dresser le monde pour s'y plaire, elle s'y fond. Un peu paresseuse et molle, elle n'en a pas moins une force spirituelle naturelle, de celle qui accorde une âme à tous les éléments qui l'entourent. J'ai pu voir ici ou là que Marianne agaçait par son intransigeance, sa fierté et son désir de réussite. Pour ma part, elle ne m'a jamais vraiment semblé antipathique. J'admirais cette femme que rien ne brisait, capable de s'inventer un destin. Après, on sent bien où vont les préférences de l'auteur... Car ce roman est aussi un roman religieux. Il tend à montrer le chemin qui mène à l'épanouissement spirituel, au contentement, à ce fameux "Rien de trop" qui fait que chaque moment est une joie. Vous imaginez bien, au regard de son caractère, que les capacités naturelles de Marguerite sont bien plus grandes que celle de Marianne pour atteindre ce but, et ce, malgré toutes les épreuves qu'elle peut vivre. Qu'y a-t-il d'autre dans ce roman fleuve ? De très belles descriptions, de la vie rurale des îles anglo-normandes comme de la Nouvelle-Zélande. Ce pays nous apparaît comme un nouveau monde à découvrir avec ses jardins d'Eden et ses enfers. Les descriptions de l'auteur en sont certainement irréalistes puisqu'elle avoue avoir une connaissance purement littéraire du lieu, mais elles n'en demeurent pas moins très envoûtantes. Ces images sont accompagnées de toute une mythologie : des contes et des traditions imprègnent les lieux et leur donnent une dimension autre que paysagère. Ils sont autant d'indices sur la suite du roman. Mais le plus beau pays du livre est certainement le Pays du Dauphin vert : c'est un lieu imaginaire qui tient à la fois de la rue et de l'île de l'enfance des Le Patourel, d'un bateau commercial mené par le capitaine O'Hara et d'un monde qu'imagine William pour sa fille Véronique. Ce qui me fait penser que je n'ai pas parlé de O'Hara et de la mer, ni même de Tai Haruru, encore moins de Samuel, de Véronique ou de Nat. Car outre nos trois protagonistes, toute une belle galerie de personnages se dessine dans ce roman. Je vous laisse le loisir de les découvrir à la lecture. C'est amusant, ce roman aurait pu être écrit par Daphné du Maurier dont E. Goudge est contemporaine. On y retrouve ce mélange entre psychologie et aventure, ce goût pour le passé. Car ce roman fait très XIXe siècle... et se passe d'ailleurs au XIXe siècle. C'est étonnant cette capacité des anglais du début du XXe siècle à vouloir rester dans le siècle précédent, un peu comme le mouvement esthétique anglais qui reprend les mêmes motifs pendant quarante ans... Nostalgie de l'époque victorienne alors que l'Angleterre se débat dans la Seconde Guerre mondiale ?
Shelbylee avec qui s'est faite cette lecture commune
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