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La part de l'autre d'Eric-Emmanuel Schmitt

Par Mademoizela
La part de l'autre d'Eric-Emmanuel SchmittLa part de l'autre d'Eric-Emmanuel SchmittC'est LE roman que, définitivement, j'aurais aimé écrire. 
 Il y a deux ans, un de mes lycéens m'en avait parlé. C'était un élève qui ne lisait pas beaucoup et il avait été emballé par ce roman. Je m'étais dit qu'il fallait que je le lise. J'ai mis le temps... J'ai juste envie de lui dire auourd'hui: " Merci  beaucoup, cher élève, adoré!" (Je ne suis pas très pro; j'aime bien m'investir émotionnellement. Ce n'est pas de ma faute si j'aime adorer mes élèves!)La part de l'autre d'Eric-Emmanuel SchmittLe proverbe 
La part de l'autre d'Eric-Emmanuel Schmitt
est un peu le thème du roman.
La première question que pose le roman est la suivante: 
"Adolf Hitler serait-il devenu Hitler le führer s'il n'avait pas échoué en tant qu'artiste?"
On a d'emblée l'idée que c'est cet échec qui est à l'origine du nazisme Hitlérien. 
C'est stupide! C'est même consternant  de penser qu'un artiste recalé va forcément devenir le dictateur le plus sanguinaire de tous les temps. 
Alors, on part malgré tout de ce postulat: Adolf H. a réussi ses études. Adolf H devient un artiste (qui côtoie quand même les Surréalistes dont mon Louis  Adoré Aragon, mon cher André Breton (qui sont quand même des grandes figures de résistance durant la seconde guerre.) Puis il découvre des articles antisémites dans une revue.Et là on se dit: "ça y est, c'est en lisant cette revue qu'il est tombé dans le nazisme". De nouveau, notre pensée voit son caquet rabattu. Adolf H est un homme bien et l'antisémitisme le dégoûte, le révolte.
La part de l'autre d'Eric-Emmanuel Schmitt
La part de l'autre d'Eric-Emmanuel Schmitt
Et puis nous avons la rencontre surréaliste (le mot est volontairement choisi et consciemment pesé!) entre Adolf H et un jeune médecin-psychanalyste: un certain Sigmund Freud.Derechef, notre cerveau repart en vrille: "voilà, si Adolf Hitler avait soigné ses soucis provenant de l'enfance, son complexe d'Oedipe, et ses énormes problèmes sexuels, il aurait été bon, guéri, en un mot: HUMAIN!"
Et puis Adolf H s'en va en guerre.
On se dit donc que c'est fatalement La Grande Guerre qui est à l'origine du Mal Hitlérien. Une fois de plus, nos préjugés sont mis à mal. Adolf H voit la mort en face et croit de plus en plus en l'homme grâce à Soeur Lucie qui le veille.
Et puis, il y a la séance d'hypnose
Mon cerveau, lassé d'avoir tort, n'a rien pensé et pourtant...La part de l'autre d'Eric-Emmanuel Schmitt
"On l'avait trouvé convaincant. On l'avait trouvé grotesque. Mais presque personne ne l'avait trouvé dangereux."
La part de l'autre d'Eric-Emmanuel Schmitt On a forcément à l'orée de la lecture un cliché diabolisant de cet Adolf inconnu. On déteste a priori ce personnage. Et puis, à un moment donné, (et Schmitt le fait très bien), on s'octroie le droit de ne pas détester et haïr violemment ce personnage dans la mesure où il est fictif et ce qu'on aime c'est la partie humaine, celle qui nous ressemble, d'Adolf. Le personnage reste mégalo, prétentieux, imbu. Mais il est gentillet, niais (et surtout pas encore bien déniaisé puisque la vue de la nudité féminine lui inflige des évanouissements... d'où la visite chez Freud!)
 Et puis, se superpose ou s'ajoute à l'entité Adolf H, l'autre moitié: Hitler (celui qu'on connaît).
La part de l'autre d'Eric-Emmanuel Schmitt
J'ai adoré ce roman car on a Hitler vu par Adolf. D'habitude, on a souvent la focalisation d'une victime, d'un proche, mais rarement on a eu ce type. Même si Adolf H est un personnage fictif: beaucoup de détails biographiques sont réels. Du coup, certains éléments faisaient vraiment écho aux anecdotes du roman La Cuisinière d'HImmler de Franz-Olivier Giesbert: (Himmler bête et discipliné, Goebels le laideron dangereux, Heinrich le beau gosse cruel... )
La part de l'autre d'Eric-Emmanuel SchmittEric-Emmanuel Schmitt, en parlant du modèle absolu de l'immondice, nous fait comprendre que ce n'est pas forcément un concours de circonstances qui fait que nous sommes  ce que nous sommes devenus. Il montre qu'il y a en nous l'Homme et le Monstre et à un moment donné, l'un prend le pas sur l'autre.
Il n'y a pas d'une part les Hitler, Husein, Kadafi, Staline et d'autre part les Mère Térésa, l'Abbé Pierre, mais il y tout cela en nous.
Oh mon dieu c'est Affreux!Julie Zenatti, Face cachée
Le miroir que nous tend Eric-Emmanuel Schmitt est peu reluisant mais c'est la vérité. J'ai toujours pensé que j'étais du côté du Bien, avec ma Tolérance, mon Respect et mon Altruisme mais en réalité, c'est pour le moment la seule facette que j'ai arborée fièrement. Peut-être qu'un jour, je serai raciste, irrespectueuse, poseuse de bombes, tueuse en série... ou pire encore!J'ai toujours fait en sorte d'être la plus Humaine possible parce que j'ai foi en l'homme... On peut dire que Monsieur Schmitt vient de mettre un bazar dans mon esprit. Ma philanthropie ne serait donc peut-être pas durable? Toutes les valeurs que l'on m'a inculquées et que j'ai acquises ces 29 dernières années pourraient bien un jour se voir anéanties parce que la part d'ombre aura pris le dessus?La part de l'autre d'Eric-Emmanuel Schmitt Comment ne plus avoir peur de soi après ça?Grâce à ce roman, j'ai pris conscience qu'il y avait en moi un monstre, qui, pour le moment est endormi voire cérébralement mort ou dans un coma très très profond mais il est là quand même.
Et il faut se dire également qu'en Hitler, il y avait forcément quelque chose de bien mais qui a été annihilé par sa haine. A l'origine, Adolf n'est pas mauvais. Ce sont ses actions, la victoire du monstre sur l'humain, qui l'ont hissé au rang des plus grands salauds de l'Histoire.
Difficilement avouable tout de même tout cela quand même!
Cela m'a autant remué les neurones qu'après avoir vu la Pièce de théâtre Le Prénom qui pose la question du choix du prénom. "Appeler son fils Adolphe est-il une apologie du nazisme?"
La question est encore ouverte...
J'aime beaucoup le discours de Vincent (alias Patrick Bruel) qui rétorque que justement nier le prénom Adolphe, c'est hisser Hitler sur un piédestal, comme une icône indétrônable, un mythe.. 
 D'ailleurs Eric-Emmanuel Schmitt fait dire à son personnage: "Dans cinq ans, tout l'Europe sera bolchévique, le nazisme sera une légende et je deviendrai un mythe."
Bonne réflexion et bonne soirée!!!!

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