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Comment est né Exploratology ?

Publié le 28 juin 2014 par Exploratology @exploratology

Comment m’est venue l’idée d’Exploratology ?
C’est une question à laquelle j’ai déjà répondu à plusieurs reprises en version courte. Mais je vous livre ici la version longue, avec les origines, la chronologie, les petites histoires… Tout ça! :)

// 2009, dernière année de master, lors d’un cours un tantinet soporifique…

Je me réveille quand l’intervenant du jour, un entrepreneur, commence à raconter son parcours et son mode de vie. Le gars nous parle d’être libre de mener sa barque, de risques qui en valaient la chandelle, de rencontres… Et ça me donne vraiment envie de créer ma boîte. Trop tard pour changer de voie, je voulais alors travailler dans le théâtre et c’est ce que je vais faire pendant trois ans, tout en notant dans un carnet les idées de projets qui me viennent en tête.

[Intermède] Quelques idées que j’avais notées dans ce carnet

Vente de muffins ambulante (avant que les food trucks deviennent à la mode, hé!) ; une école pour adultes ; du commerce équitable (j’en rêve toujours) ; reconstituer la bibliothèque de Babel de Borges (ça ne fait pas de mal de rêver) ; un réseau de prêt de livres entre particuliers (j’avais créé l’association et je me suis dégonflée) ; un journal féministe (j’en rêve toujours bis) ; …

[Fin de l'intermède]

// 2010, je donne des cours d’anglais à des particuliers pour arrondir les fins de mois…

Et sous couvert d’enseigner la conjugaison et du vocabulaire pointu, j’en profite pour partager avec mes élèves tout ce que j’aime : les articles Shouts and Murmur du New Yorker et les fantaisies geek de Boing Boing ; des vidéos sur Youtube ; la poésie de Tagore… Et rien ne me ravit plus que de les voir intéressés. C’est plus ou moins à cette époque que je me rends compte qu’une des choses que j’aime le plus, à part découvrir des idées et des histoires nouvelles, c’est de les partager avec d’autres personnes.

(Pour l’anecdote, ces cours d’anglais auront été ma première expérience entrepreneuriale – j’ai eu un statut auto-entrepreneur pendant trois ans. J’avais même monté un petit site sur WordPress, avec un nom de folie : « The loquacious lorikeet english classes ». Devinez qui avait fait ce joli logo ? Eh oui, Anaïs, qui a fait le design d’Exploratology :) )

loquacious_exemple

L’était pas mignon ce logo ? ^^

//En 2011-2012, je découvre simultanément : 

- TED, Brain Pickings, Arts and Letters Daily (j’en ai déjà parlé ) : ces sites sont une grosse révélation. Je découvre qu’on peut apprendre sur de tout, réfléchir tout en restant ludique et hyper accessible (bon, un peu moins accessible pour ALD, je vous l’accorde). J’ai très très envie alors de proposer avec un esprit similaire en France. Mais quoi ?

- les concept store à la Merci ou des boutiques comme Anthropologie, les librairies ++ comme Magma et Cook & Book… J’adore l’esprit de ces boutiques qui abolissent les frontières, proposent une sélection pointue de produits, développent tout un univers. Et si je me lançais ?

J’ai alors l’idée de faire une sorte de concept-store mixant ludique et savant, où on pourrait découvrir et apprendre grâce à une sélection exigeante et personnelle de produits.

Je commence à y réfléchir sérieusement fin 2011, puis je démissionne de mon boulot en juin 2012 pour me consacrer à ce projet.

carnet-idées

Mes premières notes en 2011… A l’époque, je parle d’ « expérience totale de lecture ». Bon je visais loin ^^

// Septembre-novembre 2012 : formation, abandon et idée

Je passe par une formation professionnelle de libraire à l’INFL et j’enchaîne avec une formation/coaching business plan à l’ADIE. Je me rends compte que :

- Créer une librairie ou un concept-store avec des livres (mon idée de l’époque, donc) ça allait être très dur : marges très faibles, grosses charges fixes, beaucoup de librairies qui échouent à cause de l’investissement financier de folie et la baisse de fréquentation générale des librairies.

- Avoir une boutique bien placée à Paris, c’est juste… Bref, ne remuons pas le couteau dans la plaie.

Devant le jury de fin de formation, je présente donc un projet qui ne sera donc pas réalisé, mais qui m’aura fait rêver depuis une dizaine de mois. Alors, que faire ? Je réfléchis, je réfléchis… Et je repense à cette boutique américaine fantastique à laquelle j’avais failli m’abonner : Quarterly. En faisait quelques recherches de plus, je découvre un concept qu’on appelle le « subscription-based e-commerce »… Ou les « box » en français. L’idée commence à faire son chemin : et si je mélangeais le principe des box, l’esprit de découverte à la cool, et la sélection pointue de livres, magazines et objets que je voulais pour mon concept-store ? C’est ainsi que s’est amorcée l’idée d’Exploratology. Qui est finalement, une bien meilleure idée que mon concept-store de départ. Et un bien meilleur choix de vie (OUI, je peux bosser aux heures que je veux – impossible si on a une boutique en dur).

Exploratology naît donc le 17 juillet 2013, 4 ans après mon premier désir d’entrepreneuriat, 2 ans après les prémices d’idée, 7 mois après m’être décidée à créer une boutique en ligne. Ouf! :)

[Intermède bis] Un aperçu des noms finalistes auxquels j’ai pensés avant de me décider sur Exploratology

Grāmata ; Znaniya ; Konesans ; Mskumo ; Philomathie ; Polymathie ; Bright & Wise

Gramata avait été fortement pressenti, mais je ne pouvais choisir ce mot, qui signifie livre en letton car… On n’a pas le droit de donner comme nom à son entreprise une dénomination de ce qu’on vend! Une boulangerie ne peut s’appeler Baguette. Et une boutique de livres ne peut s’appeler Livre… Même si c’est en letton!

J’ai fini par choisir Exploratology - pas mal de gens m’ont reproché ce nom compliqué à retenir/prononcer… Mais enfin, ça va finalement, non ? :)

 [Fin de l'intermède]

brainstorming-noms

Une des nombreuses pages « brainstorming de noms » dans un de mes carnets

// En parallèle… Une joie et un engagement

On dit que les idées d’entreprises naissent parfois d’un problème (que l’entrepreneur aura envie de résoudre), mais Exploratology est plutôt né d’une forme de joie… et d’un engagement.

Je l’ai dit plus haut, rien ne me ravit plus que de faire découvrir des idées ou des connaissances à d’autres personnes, et plus généralement de proposer un autre regard sur le monde qui nous entoure. Rétrospectivement, je pense que c’est cela qui m’a amenée à travailler dans le théâtre, ou à enseigner. J’adorais l’idée qu’un spectacle puisse nous amener à réfléchir tout en nous divertissant (j’ai encore le souvenir ébloui de pièces comme Perthus ou Combat de nègre et de chiens, par exemple). Et j’espérais, plus ou moins secrètement, que mes élèves à terme maîtriseraient suffisamment l’anglais pour lire les articles de Edge ou regarder les vidéos de The RSA.

Et pourquoi cela me ravit-il autant ? Tout simplement parce que découvrir des choses nouvelles, changer mon regard, comprendre mieux certaines choses, me rendre compte tout simplement que le monde est infiniment plus riche et plus complexe que ce que je croyais est une des plus grandes joies que j’ai. Et c’est cette joie que j’ai eu envie de partager avec d’autres personnes, en espérant qu’elles ressentiraient la même « félicité » en lisant ces livres qui m’ont bouleversée ou en découvrant ces créateurs qui m’ont enthousiasmée.

Mais découvrir n’est pas seulement une joie. C’est peut-être, de fait, avant tout un engagement.

Découvrir demande une ouverture d’esprit : sa propre disponibilité intellectuelle (et émotive!) à être bousculé dans ses convictions et à réfléchir sur ce qu’on pourrait considérer comme acquis. Et dans un monde où le « prêt à penser » est vite adopté et ou on se forge facilement des opinions sur des bases friables, c’est beaucoup plus exigeant que ce qu’il en paraît.

Là, je vais raconter un peu ma vie :) Il se trouve que l’athée que je suis est tombée amoureuse d’un fervent catholique. Bon, je ne vous raconte pas les engueulades qu’on a eues. Et quand j’ai été fatiguée de ne pas comprendre mon petit ami, je me suis mise à lire, ou plus précisément je me suis littéralement forcée à lire sur un sujet qui, à priori, me barbait complètement. Et puis j’ai été vachement contente. Très contente de lire Frédéric Lenoir (que beaucoup critiquent, mais son Christ philosophe m’a passionnée), puis Lucien JerphagnonDennis GiraAlexandre Jollien… Des auteurs que je n’aurais certainement pas lus si je ne m’étais pas forcée. Ces lectures et d’autres efforts m’ont permis de comprendre (un peu mieux) mon compagnon, mais aussi d’avoir un regard différent, peut-être plus prudent et plus curieux sur la spiritualité en général.

Il aura fallu de longs mois avant que je n’abaisse mes barrières intellectuelles pour embrasser d’autres façons de penser. Mais cela en aura valu la peine. Depuis, même si je n’y arrive pas toujours (je reste humaine hein), je garde toujours en tête cet engagement que j’ai avec moi-même : rester ouverte, être curieuse de tout, TOUT, ne pas juger hâtivement. Et me souvenir que même si quelque chose peut me paraître chiant/incompréhensible à priori, sait-on jamais si ça me passionnera et me permettra de mieux comprendre certaines choses ?

Exploratology est en quelque sorte une expression de cet engagement. C’est pour cela que le site fait allègrement côtoyer super héros et féminisme, jolies choses lifestyle et créativité, littérature exigeante et chat mignons, Histoire un tantinet gauchiste et entrepreneuriat. Parce que ce serait dommage de ne s’intéresser qu’à ce qui nous intéresse naturellement, comme je l’ai fait pendant longtemps. Faire un effort ajoute finalement du sel à la découverte (que vaut une victoire sans la bataille ?), et franchement, qu’est-ce qu’il y a de plus chouette que de se dire « aaah mais en fait, c’est comme ça ?! Mais c’est génial en fait » ? :)

Voilà pour la longue histoire! Si vous avez des questions, n’hésitez pas :)


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