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Culturopolis Express, encore et toujours !

Publié le 27 juin 2014 par Delanopolis
Suivez le guide et, attention, il va vite ! Culturopolis Express, encore et toujours ! Et c'est parti pour notre tant attendu speed dating culturel parisien !

1 - Commencez par visiter les nouvelles salles du Louvre dédiées aux arts décoratifs aux temps où la France dominait l'Europe, du règne de Louis XIV à celui de Louis XVI. Quand on pense qu'il n'y aura eu, peu ou prou, que quatre dirigeants entre 1642 et 1789 - presque 150 ans régence comprise-, on mesure la stabilité du pouvoir. Dans les 150 années qui suivirent, le nombre de gouvernements en tout genre atteignit la centaine.

Cette pérennité fut favorable à la floraison des arts de cour, ébénisterie, tapisserie, panneaux décoratifs, orfèvrerie, porcelaine, joaillerie, etc. La France se ruinait en initiatives malheureuses à l'étranger, s'endettait et s'enlisait progressivement dans la paralysie gouvernementale mais la vie culturelle y était brillante. C'est toute la différence avec nos ternes temps actuels. Et pourquoi donc ? La classe dirigeante, les riches et autres honnis de la pensée égalitariste, n'avaient pas honte de dépenser leur argent ostensiblement et de vivre dans le luxe.

Si, aujourd'hui, nous avons encore -pour combien de temps ?- des entreprises relativement prospères dans ce domaine, nous le devons à cet héritage.

Quoi qu'il en soit, la collection du Louvre, formée par les versements du Mobilier national, enrichie par des donateurs exceptionnels tels que Moïse de Camondo, Salomon de Rothschild, Nicolas Landau, Grog-Carven ou Stavros Niarchos forme l'un des ensembles les plus éblouissants au monde avec celui de Versailles, les collections du Metropolitan ou de Henry Frick à New York, celles de Wallace à Londres et l'incroyable ensemble de Gulbenkian à Lisbonne. Quand on pense que ces deux dernières auraient pu rester à Paris avec davantage de doigté des pouvoirs de l'époque, on est attristé de ces occasions manquées de reconstituer le patrimoine dilapidé durant la Révolution.

Bref, durant deux siècles, c'est en France qu'il fallait vivre pour jouir de toutes ces splendides créations, à condition d'être aisé bien sûr. Allez donc admirer ne fût-ce que les boîtes à cachets, à poudres et autres préciosités toutes d'or et de diamants. Vous comprendrez.

Le problème est que la qualité des collections n'est pas tout et que ce nouvel aménagement n'est pas entièrement convaincant. L'espace est vaste et a été artificiellement compartimenté et même cassé par un parti pris d'alvéoles stylistiques et de reconstitution de décors entiers qui font des murs aveugles et dans lesquels on ne peut naturellement se mouvoir. Sauf à menacer les objets qui, du coup, ne se voient qu'à une certaine distance. Ce principe de segmentation a quelque chose de chichiteux là où les collections ne sont que splendeur.

En revanche, le travail des artisans du Louvre pour recréer les tentures, éléments de boiseries et autres décors qui manquaient pour la restitution d'ensembles homogènes, est à tous égards remarquable.

Un dernier point, négatif hélas. Il est sans doute nécessaire de "donner de la face" aux mécènes et donateurs, trop longtemps passés sous silence en France au bénéfice des politiciens et des conservateurs de musées. Mais les énormes panneaux à la gloire de Madame Pinault et sa bande tombent dans l'excès inverse.

Le discret cartel qui, dans les salles d'arts d'islam, rappelle la générosité de la baronne de Rothschild qui légua l'incroyable collection de gemmes et d'objets d'art moghols de son époux, où l'indication à peine visible, à Guimet, qui nous remémore que la France possède, avec le vase en forme d'éléphant donné par Camondo, le chef d'oeuvre de la métallurgie chinoise, sont en réalité de plus puissants hommages.

2 - Puisque vous êtes dans les parages, faites un détour par le musée des Arts décoratifs pour y voir rassemblée en une exposition unique sa collection asiatique. Elle présente l'avantage de vous montrer de manière condensée un très bel échantillon de la production chinoise et japonaise des 17ème au 19ème siècles, notamment un époustouflant ensemble d'émaux cloisonnés donnés, une fois de plus, par les Rothschild. Décidément, il ne fait pas bon être antisémite et/ou anti-riches et visiter les musées parisiens en ce moment !

3 - Allez vous distraire au cinéma grâce aux Chinois, aux Américains et aux Rosbeefs.

D'abord, suffoquez dans l'ambiance pesante et glacée de Black coal. Le style elliptique et néoréaliste du réalisateur, Diao Yi Nan, n'est en réalité guère innovant mais il parvient, au prétexte d'élucider un meurtre mystérieux, à communiquer la lourde ambiance des hivers chinois dans une société mal cadenassée par un appareil répressif que la population supporte uniquement parce qu'il garantit des taux de croissance désormais fragiles. Le système capitaliste mondial repose aujourd'hui un peu trop sur l'efficacité du parti communiste chinois, c'est paradoxal et dangereux. Vous sentirez vaguement pourquoi en allant voir ce film.

Dans la veine post-Dickienne (Philippe K.), Edge of Tomorrow, un banal opus où Tom Cruise démontre qu'il n'est pas le cabot que ses détracteurs dénoncent à chaque film. On finit toutefois par se lasser des flash-back permanents, entonnoir dans lequel le réalisateur pousse les spectateurs. De manière amusante, c'est sous la pyramide du Louvre que niche le mal absolu qui menace l'humanité. Décidément, cet édicule à l'esthétique contestable, n'en déplaise au conformisme planétaire qui l'encense, a au moins le mérite de frapper les imaginations en entrant en résonance avec les plus épais mystères de l'Egypte antique. Déjà, l'hilarant Da Vinci code enfouissait sous son pendant renversé, gloire du centre commercial qui le jouxte, le tombeau présumé de Marie-Madeleine et des plus fantastiques secrets du monde occidental. On s'amuse comme on peut. Bah, si cela contribue à faire venir des touristes qui paieront les taxes de séjour exorbitantes votées par les socialistes ce sera toujours çà de pris ...

Plus sympathique : "Two faces of January" où excelle comme d'habitude l'ultra-raffiné Viggo Mortensen. Dans l'esprit des romans de Thomas Hardy ou Scott Fitzgerald, ce pessimisme anglo-saxon vous montre mieux qu'un pesant Bourdieu comment il est difficile de s'extraire de sa classe sociale. Les élégants tourtereaux qui roucoulent dans le luxe, au début du film, dans les ruines du Parthénon, finiront séparés et quasi anonymes dans des tombes vouées à une décrépitude rapide. Le tout en moins de quinze jours de descente aux enfers.

Retrouvez enfin le chemin des musées pour vous effrayer de l'énorme succès populaire de l'exposition sur les tatouages à Branly. Alors que cette noble institution peine d'ordinaire à intéresser le public aux grâces des danseurs pahouins, elle draine les foules quand elle exhibe les tatoués, les durs, les vrais. Il y a davantage de bobos propres sur eux dans l'assistance que de porteurs de ces marquages qu'on peut trouver douteux dès lors qu'ils n'expriment plus une identité tribale ou un défi de bagnards mais le snobisme de petits bourgeois imbéciles ou la stupidité de supporteurs de football bas du front. Ils n'imaginent pas à quel point ils mettent en danger leurs épidermes. La faiblesse de cette exposition tient d'ailleurs à sa complaisance vis-à-vis de cette mode ridicule, inquiétant reflet du grégarisme ambiant.


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