Magazine Cinéma

Un jour de chance - 7,5/10

Par Aelezig

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Un film de Alex De La Iglesia (2012 - Espagne, France, USA) avec Jose Mota, Salma Hayek, Juan Luis Galiardo, Blanca Portillo, Antonio Garrido, Fernando Tejero

Drôle et délicieusement insolent !

L'histoire : Espagne. La crise économique. Roberto, cadre dans la publicité et la communication, est au chômage depuis deux ans et les dettes s'accumulent. Il a heureusement le soutien sans faille de son épouse. Ce matin-là, il a un entretien et il fonde de grands espoirs car il connaît personnellement le recruteur ; ce sera peut-être le petit coup de pouce en plus pour décrocher enfin un travail. Mais il est reçu avec la cruauté ordinaire que l'on a tous expérimentés en ces temps amers... Bouleversé par ce nouveau revers, il se rend dans une petite ville balnéaire où lui et sa femme avaient passé leur lune de miel. Il va réserver une chambre pour un week-end ; cela leur remontera un peu le moral et ils ne sont plus à une dette près... Mais l'hôtel d'autrefois a fait place à un immense musée, en pleine inauguration. Bousculé par la foule, Roberto tente d'échapper au flot humain et prend un couloir de traverse. Il aboutit dans un espace encore en chantier et fait une chute terrible. Allongé sur le sol, il ne peut plus bouger : il a une barre de fer plantée dans le crâne. Les secours arrivent, et les hautes autorités du musée et de la ville trépignent pour cette mauvaise publicité... Et en plus, les ambulances, les journalistes qui accourent vont abîmer leurs vestiges romains... Tout cela donne une idée à Roberto. Oui, venez, venez, venez ! Il va faire le buzz, passer sur toutes les chaînes, il lui faut un agent pour gérer l'événement et négocier des contrats juteux avec les annonceurs qui ne vont pas manquer d'arriver ; Il pourrait peut-être même attaquer le musée pour accès à une zone dangereuse. Des millions vont pleuvoir sur sa famille... Il appelle donc un de ses anciens collègues...

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Mon avis : Voilà du cinéma comme j'aime. Impertinent, cynique, qui met les pieds dans les plats, qui dénonce, qui dérange. C'est un régal d'humour noir, avec un tas de personnages secondaires hilarants, volontairement caricaturaux pour mieux illustrer la proposition.

De La Iglesia nous présente, avec une ironie mordante, diverses facettes de notre société moderne : la crise, le chômage et son cortège d'humiliations et d'inquiétude, l'envahissement de nos vies par les médias et la disparition de la vie privée, le buzz à tout prix, la starification du n'importe quoi... et le corollaire de tout ça, le nerf de la guerre : le fric, le fric, le FRIC. Il va loin, le bougre, et on rit parfois jaune tant le trait est acide. Mais en même temps, c'est tellement vrai que le film est dans son ensemble jubilatoire ! Une oeuvre qui fait réfléchir : et nous, que ferions-nous ? Il y a un petit côté snuff-movie, qui m'a rappelé le film de Johnny Depp, The brave, très injustement boudé par les critiques, où un homme criblé de dettes acceptait de mourir pour de vrai dans un film underground afin que les millions à la clé soient versés à sa famille.

Caustique également la dimension christique que donne le réal à sa victime : les bras en croix, cloué au sol, Marie-Madeleine (ou la Vierge Marie, comme on veut), éplorée à ses côtés, la foule hostile autour, le tout dans un... théâtre romain !

La victime qui se donne à la foule pour sauver les "siens"...

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Dommage que la fin soit un peu larmoyante et moraliste... On a l'impression que le réalisateur n'a pas osé aller jusqu'au bout de sa démonstration, pour ne pas trop choquer son monde.

Les critiques sont généralement enthousiastes, avec pour certains, le petit bémol que que j'ai évoqué ci-dessus. Exemple, Charlie Hebdo : "Alex de la Iglesia n'assume pas jusqu'au bout la violence de sa critique, et donc la misanthropie de son sujet (...) et transforme le personnage de la femme du blessé (...) en une sorte de sentinelle morale".

Les plus méchants, très rares, trouvent l'affaire balourde et exagérée. Télérama fustige : "Faute d'avoir choisi entre premier et second degré, entre cynisme et naïveté, le réalisateur exerce un insupportable chantage à l'émotion qui se vautre." Je pense qu'il ne s'agit pas de premier ou de second degré... c'est une satire, c'est donc forcément exagéré, mais c'est bien à prendre au sérieux. Quand au chantage à l'émotion, non, pas d'accord non plus. Même s'ils pleurent aux chevet de leur mari ou père, les gags cruels continuent ! A part la fin, effectivement trop mélo, tout le reste du film fait rire, malgré la situation dramatique du pauvre homme et de sa famille !

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Le film est inspiré du Gouffre aux chimères de Billy Wilder (1952). Voilà un titre à noter sur mes tablettes.

Ne ratez pas ce petit bijou, entre burlesque et critique sociale, bien dans la lignée de Mes chers voisins, du même réalisateur.


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