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Etienne Hus x JBMT

Publié le 01 juillet 2014 par Jebeurrematartine @jbmtleblog
Bau-Bau © Etienne Hus

Bau-Bau © Etienne Hus


Il est de ces petits trésors cachés de la toile, dissimulés entre toutes ses ramures, que l’on voudrait bien parfois garder pour soi. Comme ce blog découvert au hasard de nos pérégrination virtuelles. Il est difficile de trouver les mots justes pour rendre compte du travail d’Étienne.

Alors on suit ses conseils, on lance une chanson de Nosaj Thing et on ferme les yeux. Lorsqu’on les ouvre à nouveau, un bleu pur inonde nos pupilles. La magie commence à opérer. On se laisse alors bercer par toutes ses nuances, du bleu ciel d’Amamapare au bleu nuit des côtes bretonnes, en passant par le bleu-vert de Merauke ou le rose des nuages d’Ambon. On se sent tout petit devant cette vague de pixels qui déferle devant nous, s’imprimant pour longtemps sur nos rétines, entérinant l’irrémédiable appel vers la mer de ce jeune photographe.

Bandaneira © Etienne Hus

Bandaneira © Etienne Hus


Nous avons commencé par discuter de son rapport à l’argentique, son mode photographique de prédilection. En effet, Etienne a toujours préféré son aspect rétrospectif, pouvoir saisir un instant dans la boîte noire et le redécouvrir des mois plus tard. Ce qu’il faudrait pour le faire passer au numérique ? « Un numérique sans écran ». C’est dire. L’argentique ne lui apporte pas la discrétion : « les gens sont surpris de voir que ces appareils sont toujours utilisés », mais lui permet « une approche plus juste et harmonieuse » avec son sujet, du fait de la lenteur du processus de prise de vue et du mode de visée.

De ses deux années en BTS photo au lycée Renoir à Paris, il garde un souvenir plutôt mitigé. Il continue ses projets annexes, et embarque pour deux mois sur un cargo en direction de l’Indonésie, cheminement dont sont tirées les dernières photos du blog. Ce goût pour l’ailleurs, il le doit en partie à ses parents qui l’emmènent très tôt sur les routes, et notamment en Indonésie. De ce voyage date un « blocage », une attirance irrémédiable pour cette partie du monde.

Bandaneira © Etienne Hus

Bandaneira © Etienne Hus


Son travail montre un profond respect du sujet, on pense aux propos de Victor Ségalen dans Les immémoriaux. En prenant l’exemple de Gauguin, Ségalen détourna le sens du mot « exotisme » en montrant que le but du peintre n’était pas d’intégrer une vision européenne à un simple morceau de décor, mais de considérer les autres civilisations en elles-mêmes sans jugement de critères occidentaux. Selon lui, la réaction d’un voyageur à un milieu n’est alors intéressante que si elle est appuyée par une réflexion sur ce milieu.

Le voyageur digne, c’est alors l’exote, le voyageur qui prend conscience de l’effet qu’il produit sur celui qu’il rencontre, qui a cette soif d’aller vers l’autre, à l’inverse du touriste qui ne fait que "modifier à son image les lieux qu’il hante en se les appropriant". Si leurs démarches diffèrent quelque peu, Etienne est proche de Gauguin, car il ne livre pas seulement des émotions mais montre le fruit de la rencontre avec l’autre. Ce respect se fait le témoin de l’éthique de vie d’Étienne, tout comme ses études d’anthropologie.

Nouville © Etienne Hus

Nouville © Etienne Hus


Ses photos racontent aussi une autre histoire, celle de la colonisation indonésienne en Papouasie et la méfiance de la police locale. Il explique ses déboires de voyages, comme lorsque la police indonésienne l’obligea à lui donner une pellicule, ou encore lorsqu’il fut dénoncé par un anonyme à la police alors qu’il était hébergé par une famille.

Ce qui l’amena à la photographie ? Sûrement la pratique du surf et du bodyboard en Bretagne, qui lui permit de côtoyer cette lumière brute, aveuglante, qui met à nu la nature même. On retrouve ce travail sur la mer chez les photographes contemporains Hiroshi Sugimoto et Thibaud Cuisset, qu’Étienne nous conseille.

Michel Ange © Etienne Hus

Michel Ange © Etienne Hus


Mais ce qu’il l’inspire aussi, peut-être plus que les photographes (Walker Evans, Depardon… entre autres), ce sont les cinéastes, les cadrages ultra-maîtrisés de Wim Wenders, les forêts mystiques du film Oncle Boonmee… Il cite aussi la poésie de Jacques Roubaud, et Le miroir de la mer qui raconte les péripéties du navigateur de Joseph Conrad.

On espère qu’Etienne continuera à nous faire partager ces invitations au voyage capturées depuis l’autre côté de l’océan, qui nous donnent envie de larguer les amarres à notre tour.

Timika © Etienne Hus

Timika © Etienne Hus


Vous pouvez retrouver le travail d’Etienne sur son blog ou sur son tout nouveau site : cargocollective.com/etiennehus/


Classé dans:Photographie Tagged: bleu, etienne hus, indonésie, life is blue, nouvelle calédonie, photographie, voyage

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