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Bill viola et ses tableaux en mouvement

Publié le 02 juillet 2014 par Lifeproof @CcilLifeproof

BD_Catherine's Room

Bill Viola, Catherine’s Room (détail), 2001, polyptique vidéo couleurs sur cinq écrans plats LCD,  18 minutes,  Bill Viola Studio, Long Beach, Etats-Unis, Performeuse : Weba Garretson, Photo Kira Perov

Les Galeries Nationales du Grand Palais présentent, pour la première fois, une exposition dédiée à l’art vidéo. 40 ans de création se déploient sur de multiples écrans, immergent le public dans le travail intense de Bill Viola, ”l’artiste aux pinceaux numériques”.

L’homme est un ingénieur, un créateur de machines et un pionnier dans l’histoire de l’art vidéo. Ancien assistant de Nam June Paik, Bill Viola rend visible ce qui ne l’est pas et invente littéralement une nouvelle palette de couleurs, de nouvelles textures d’images, de sons et de mouvements.

BD_dreamers

Bill Viola, The Dreamers (détail), 2013, installation vidéo sonore, sept écrans plasma verticaux,  quatre canaux stéréo, en continu performeuse : Madison Corn, Collection Pinault, Photo Kira Perov

La vidéo est aujourd’hui devenue un support immensément populaire et quasi omniprésent dans l’art contemporain. Dans une époque où technologie est synonyme de vitesse, Bill Viola tire son épingle du jeu en prônant la lenteur et en arrêtant le temps. “Technologie” provient du mot grec “technê” qui, dans sa double acception, signifie à la fois art et artifice. Certaines vidéos de Bill Viola sont proches des productions hollywoodiennes et nécessitent souvent d’importants moyens financiers. Si Bill Viola est né avec l’art vidéo, il n’en reste pas moins un enfant du cinéma. Ses influences sont diverses et variées. Je pense notamment à la décomposition du mouvement d’Eadweard Muybridge et Etienne-Jules Marey qui inventent simultanément la chronophotographie, mais aussi au créateur du spectacle cinématographique qu’est Georges Méliès. Méliès, avec ses multiples trucages fut le premier à faire rêver sur pellicule. Le travail vidéo de Bill Viola est proche de la construction cinématographique. Ainsi, le vidéaste se transforme souvent en magicien et illusionniste à la manière d’un Méliès, maître du mirage et du simulacre.

BD_Going Forth by Day2

Bill Viola, Going Forth By Day (détail), 2002 « The Deluge » (panneau 3), installation vidéo sonore, cycle de cinq projections, 36 minutes, Collection Pinault, Photo Kira Perov

Bill Viola n’est pas seulement un descendant du cinéma, il est aussi un héritier de Marcel Duchamp pour qui le temps, la vitesse et la décomposition du mouvement faisaient partie de ses préoccupations majeures. Le temps, le ralenti et la lenteur des mouvements apparaissent comme la signature de l’artiste. Bill Viola a développé un art-temps, dans lequel les images puissantes oscillent entre quasi immobilité et mobilité, entre conscient et inconscient, entre eau et air, entre feu et terre ou entre collectif et individuel.

La scénographie, extrêmement bien pensée, se construit comme un parcours initiatique dans l’œuvre de l’artiste. La mise en scène autant que les vidéos elles-mêmes développent les notions de voyage et de déplacement. Chacune des œuvres est un voyage en soi. Le visiteur ne regardera ni ne verra jamais deux fois l’œuvre vidéo de la même manière. Bill Viola, manifeste un réel intérêt pour la perception afin de construire une œuvre qui resterait une création ouverte. Le circuit commence et se termine dans l’eau avec “The reflecting pool” et “the dreamers”. Il est étonnant de constater la prégnance des quatre éléments dans ses vidéos. L’eau donne la vie et la reprend. Elle est décisive et essentielle chez Viola, parce qu’à l’âge de 6 ans l’artiste a failli se noyer dans un lac. Cette expérience est la plus importante de son existence et a changé sa vie. Il a même éprouvé une sensation de bien-être et n’a ressenti aucune peur. L’artiste a mystifié ce traumatisme qui est devenu la substance même de son travail artistique. C’est pourquoi apparaissent sur les écrans, des êtres humains endormis sous l’eau, des corps immergés, des reflets, des individus qui traversent des cascades d’eau ou encore des bâtiments sur lesquels s’abattent des trombes d’eau.

BD_Three Women

Bill Viola, Three Women, 2008, vidéo couleurs haute définition sur écran plasma fixé au  mur, 9 minutes 6 secondes, performeuses : Anika, Cornelia, Helena Ballent, Bill Viola Studio, Long Beach, Etats-Unis, Photo Kira Perov

La spiritualité est aussi inhérente à l’œuvre de l’artiste. Thématique qui n’est pas sans rappeler les voyages spirituels effectués par Bill Viola et sa collaboratrice et épouse Kira Perov avec laquelle il a été invité, dix-huit mois durant au Japon en 1980 pour étudier les techniques vidéo d’avant-garde et pour s’initier à la spiritualité zen avec le maître Daien Tanaka, dont l’enseignement les guide encore aujourd’hui.

Le polyptyque vidéo “Catherine’s room” présente la chambre, intime, d’une femme solitaire. Sur les quatre écrans apparaissent différents moments de la journée (matin, après-midi, coucher du soleil, soirée et nuit) pendant lesquels la femme accomplit une série de rituels quotidiens (allumer des bougies, écrire, recoudre des vêtements etc.). La lumière est extrêmement suggestive et importante. L’œuvre, ainsi saisie, permet d’arrêter le temps et se lie volontairement aux cycles de la nature.

Cette rétrospective est une plongée au cœur des questions métaphysiques et spirituelles posées par l’artiste. C’est ainsi que le visiteur découvrira l’exposition à la manière d’un voyage et d’un déplacement spirituel, dans lequel il laisse libre cours à ses émotions et à ses sensations. Bill Viola, démontre que l’art vidéo n’est pas qu’une histoire de techniques et de technologie, mais que ce médium est aussi synonyme de méditation, de recueillement, de contemplation et de réflexion.

Anaïs.

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Grand Palais, Galeries nationales

05 Mars 2014 - 21 Juillet 2014


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