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Transcendance, de Wally Pfister

Par La Nuit Du Blogueur @NuitduBlogueur

Note : 1/5 

Beaucoup de bruit et pas grand chose. Voilà, en somme, ce qu’on peut retenir du premier film de Wally Pfister, qui a l’air plus prompt à éclairer et faire des « beaux plans » (c’est le chef opérateur de Christopher Nolan) qu’à raconter une histoire au travers de ceux-ci. Sur le papier, pourtant, on aurait pu attendre mieux de cette superproduction d’anticipation. Un beau casting (Johnny Depp et Rebecca Hall), des idées intéressantes laissaient supposer que Transcendance aurait put faire parti des blockbusters de qualité de cet été. Mais cela était sans compter sur le fait que de bonnes idées puissent déraper, qu’un beau casting puisse se louper (décidément Johnny Depp ne s’est jamais remis de son séjour aux Caraïbes et devient de plus en plus mauvais au fur et à mesure qu’il s’obstine à jouer dans les films de son mentor, ex bon réalisateur, Tim Burton). Seule Rebecca Hall semble surnager dans ce capharnaüm. Et encore : faites-vous à l’idée que mon jugement est très certainement dicté par ma sensibilité aux charmes de la belle actrice anglaise.  

© Tobis Film

© Tobis Film

Parlons d’abord du récit, né d’une belle idée d’anticipation, qui dérape très rapidement vers la science-fiction sans âme et sans réelle morale. Soit l’histoire de Will et Evelyn Caster (notre duo d’acteurs), scientifiques spécialisés dans l’intelligence artificielle. Lui se fera tirer dessus, par un activiste anti-IA, avec une balle infectée au polonium qui le tuera. Elle, décide d’utiliser les travaux d’un de leur confrère et d’ « uploader » sa conscience dans une machine reprenant la conception de leur première machine, PINN, douée d’intelligence. La nouvelle conscience informatique de Will se développera tant et si bien qu’il deviendra très vite un danger pour l’humanité, créant une nanotechnologie capable de contrôler les hommes dont elle soigne les maux, s’infiltrant dans l’eau et se reconstituant à l’infinie pour contrôler toute l’humanité. Très vite, malheureusement, son pouvoir semble infini.

Très rapidement l’idée intéressante d’une intelligence artificielle, véritable incarnation de l’âme d’un homme ayant œuvré pour elle, capable d’infiltrer tous les réseaux internet de la planète, dérape vers la science-fiction totalement irréaliste et donc impossible à croire. La véritable force de l’anticipation est d’être suffisamment plausible pour forcer le spectateur à se poser des questions sur son présent, alors que la science-fiction pose des questions morales sur un futur encore très éloigné. Malheureusement ici la question morale est très rapidement éclipsée au profit d’une action pure destinée à détruire Will. Véritable machine à action aux séquences catapultés à la vitesse des coups de canons dirigés vers la base dans laquelle est situé le labo de Will et sa femme, le film oublie l’intérêt général au profit du mélodrame mal venu, et ne semble poser qu’une question quelque peu futile : Evelyn, aveuglée par son amour et complice du Will 2.0, ouvrira-t-elle les yeux sur ce qui se trame ? Car si le film essaye d’avoir un vrai fond moral, de créer un débat sur l’intelligence artificielle, il se tourne beaucoup trop vers le mélo pour atteindre une certaine crédibilité. Et cela sans oublier la balle infectée au polonium qui tue Will, les nano-robots capables de se reproduire à l’infini et de constituer en lien immobilisant leurs ennemis, et tant d’autres éléments, si impromptus, irréalistes et exagérés qu’ils éloignent encore plus le spectateur du sujet soi-disant abordé par le film. Il est vrai, à voir la clandestinité et le manque de moyens financiers des extrémistes anti-technologie intelligente, d’imaginer que ceux-ci puissent se procurer un produit  radioactif aussi contrôlé et surveillé que le polonium 210. 

Sur sa logique, le film est donc lancé, en ne s’ouvrant jamais au débat et en présentant sans cesse une pauvre vision simpliste et manichéenne de son sujet, bourré d’exagérations inutiles et d’incohérences flagrantes. Même sur la forme, le film n’est pas beau, malgré le fait que Wally Pfister soit chef opérateur de formation et qu’il ait eu la volonté de travailler son image à l’ancienne (pellicule et étalonnage photochimique), et donc selon un savoir-faire artisanal censé donner de meilleurs résultats. Et ce n’est pas les quelques plans de coupe intéressants qui sauve un film formellement pauvre et peu inventif.

© Tobis Film

© Tobis Film

On ne peut être que désolé de constater que Transcendance est inintéressant au possible, alors qu’il tente de traiter d’un sujet passionnant. Seuls quelques grands peuvent parler de l’intelligence artificielle, de ses tenants et aboutissants, des problèmes que son développement peut engendrer, avec la passion nécessaire. Or n’est pas Asimov qui veut et Jack Paglen (le scénariste) en est loin. N’est pas Kubrick ou Spielberg qui veut, et Pfister a énormément de progrès à faire dans le domaine.

Simon Bracquemart

Film en salle depuis le 25 juin 2014


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