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Contre-insurrection en colombie : quelques nouvelles du front…

Par Francois155

SUCCÈS INTÉRIEURS ET SOLITUDE EXTÉRIEURE…

Après une (trop)

longue période d’indifférence, les observateurs civils et militaires de la contre-insurrection regardent désormais avec un intérêt accru la situation colombienne, et la guerre qui oppose depuis presque un demi-siècle le gouvernement légal et les guérillas marxistes, dont la plus importante, les FARC. C’est ainsi que, sous l’impulsion du général Vincent Desportes, directeur du CDEF, l’amiral Marin a récemment présenté le concept de « stratégie intégrale », qui est la politique actuelle du pouvoir colombien pour réduire les mouvements insurrectionnels, dans la revue de référence « Doctrine ». Votre serviteur, qui a la chance de bien connaître ce pays magnifique et de côtoyer fréquemment des citoyens colombiens, se félicite bien sûr de cet intérêt qui voit une approche raisonnable remplacer le pathos et les clichés habituels qui courent sur cette partie stratégique du continent américain. J’ai déjà commis sur ce sujet un certain nombre de billets que le lecteur pourra retrouver en cliquant sur la rubrique « Colombie », dans la partie gauche de l’écran.

Ma conviction, qui ne saurait honnêtement se prétendre impartiale, est que le gouvernement démocratiquement élu de Colombie est en train, grâce à une stratégie originale, cohérente et menée avec détermination, de gagner cet épouvantable conflit. Non que la victoire soit imminente mais, et en particulier si l’on se reporte une décennie en arrière, la voie choisie semble juste en terme de balance entre la brutalité nécessaire des actions militaires et le respect des institutions légales, d’autant qu’elle est indéniablement efficace sur le plan de la destruction du potentiel de la guérilla (de ses moyens comme du soutien que lui apporte la population civile en combinant actions cinétiques et développement économique et social).

De nouvelles informations sont venues récemment confirmer la situation dramatique des FARC, lancées dans une sordide course vers l’abîme et dont les dirigeants n’espèrent plus que continuer à régner, par la terreur et le chantage, sur le noyau dur de plus en plus restreint de leurs affidés. La victoire leur est devenue impossible et ils le savent : tenus à bout de bras par de complaisants soutiens extérieurs (véritables compagnons idéologiques ou simples « idiots utiles »), ils ont définitivement perdu ce qui fait la force intrinsèque de l’insurrection, le soutien de la population.

Mais examinons les derniers succès du gouvernement colombien sur le front intérieur avant de voir comment c’est bien hors de ses frontières que se jouera la suite du conflit : sa perpétuation sous la forme d’une gêne résiduelle ou la disparition inéluctable des FARC au rythme de l’élimination ou de la défection de ses membres les plus influents. Nous constaterons aussi avec une certaine tristesse que la France, par pusillanimité et incompétence, est devenue l’idiot utile le plus efficace des FARC et de leurs soutiens sur la scène internationale, une posture qui mériterait d’être révisée de toute urgence sous peine de voir notre pays rester, dans l’histoire de cette région, comme un acteur bien piètre dont l’image sera durablement ternie.

1. Succès intérieurs contre la guérilla : la réussite de la stratégie contre-insurrectionnelle colombienne

On peut dire que le peuple colombien a eu le privilège discutable d’expérimenter in vivo presque toute la palette des politiques contre-insurrectionnelles connues à ce jour : du « tout répressif » à l’octroi d’une vaste zone « démilitarisée » en passant par l’emploi de « milices d’autodéfense » en soutien des loyalistes et aux déplacements forcés de population, le tout pour un résultat disons médiocre. En ce sens, l’adoption de la « stratégie intégrale » et l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement déterminé à mener un effort de longue haleine a considérablement changé la donne : la conjonction de la mise au point (sous l’influence initiale de quelques officiers) d’une attitude générale (civile comme militaire) dans la façon de mener la lutte et d’une volonté réelle au plus haut niveau a permis de faire bouger les lignes. Récemment, la mort de Raul Reyes, et la saisie de ses archives informatiques a porté un coup dévastateur aux FARC. Depuis cette opération, les mauvaises nouvelles se multiplient pour des guérilléros perpétuellement harcelés par l’armée et inexorablement coupés des populations et des facilités qu’elles peuvent leur apporter, contraintes ou pas.

Mais une stratégie efficace, et c’est aussi en cela que l’attitude colombienne doit attirer notre attention, ne peut se limiter à une posture éradicatrice : elle doit également miser sur la réconciliation nationale et l’amnistie des combattants qui acceptent de se rendre. À ce titre, l’aventure récente du Front 47 est révélatrice de l’efficacité de la tactique de l’Ejercito sur le terrain, faite de dureté implacable jusqu’à l’instant (le « point culminant » en quelque sorte) où l’on sait saisir le moment de la main tendue, lorsque l’adversaire a un genou à terre, pour que chacun cesse le combat et qu’on puisse dire, sans le moindre doute, qu’il y a un vainqueur et un vaincu.

Depuis deux mois, l’armée colombienne et la DAS (Departamento Administrativo de Seguridad) avaient lancé l’opération « Fugaz » contre le Front 47. L’offensive combinée devait porter le coup de grâce à cette unité militaire de la guérilla dirigée par l’une de ses figures historiques : Elda Neyis Mosquera García, 47 ans, connue sous le nom de guerre de « Karina », et unanimement considérée comme l’une des personnalités les plus sanguinaires des FARC. Entrée dans le mouvement à la fin des années 70, Karina était une figure militaire connue pour son caractère impitoyable, la solidité de ses convictions idéologiques ainsi que pour son manque de pitié. On considère que plusieurs dizaines de militaires et de policiers ont été exécutés par Karina, soit au cours d’opérations de combat, soit lors de tentatives de sauvetage après qu’ils eurent été enlevés (cette dernière appliquant à la lettre les consignes voulant que les otages soient immédiatement abattus au moindre soupçon d’opérations de secours). Mais le massacre de civils « contre-révolutionnaires » ne répugnait pas non plus à cette fervente de la cause : entre autres glorieux faits d’armes, on la soupçonne d’avoir brulée vive l’épouse d’un policier sous les yeux de ce dernier, ou encore d’avoir exécuté de sa main le père de l’actuel président Alvaro Uribe, abattu en résistant à une tentative d’enlèvement en 1983.

Mais l’essentiel, dans la cadre de la stratégie contre-insurrectionnelle globale du gouvernement, est que Karina ait accepté de se rendre et de participer au plan de démobilisation « Justice et Paix », qui garantit une amnistie partielle et une aide financière à la réinsertion des anciens guérilléros. Ainsi, Karina ne purgera vraisemblablement qu’une peine de prison réduite (8 ans maximum) avant de devoir se conformer aux exigences de l’accord, le même, d’ailleurs, que celui qui a été proposé, et largement approuvé, aux groupes paramilitaires d’autodéfense.

Cette reddition est un très rude coup porté au FARC, d’autant qu’elle risque de faire tache d’huile.

2. Le front extérieur : difficultés et solitude.

La guérilla marxiste colombienne a perdu le soutien de la population, à quelques rares exceptions prés ; elle ne défend plus une Cause attrayante digne de susciter une adhésion future massive ; elle se trouve aujourd’hui éclatée, confinée dans quelques régions inhospitalières et peu peuplées ; son seul espoir de survie à moyen terme réside donc dans un soutien extérieur efficace. Or, dans ce domaine, elle peut compter sur l’appui tonitruant de quelques voisins complices, et particulièrement du Venezuela d’Hugo Chavez.

Le soutien objectif du leader « bolivarien » aux FARC (fourniture d’armes, de munitions, d’argent et de zones de refuges aux frontières) est un secret de polichinelle dans la région. La récente analyse de l’ordinateur de Raul Reyes par Interpol a fourni des preuves accablantes de cette complicité qui n’était d’ailleurs pas à sens unique : il semble désormais avéré que non seulement le président vénézuélien aide les FARC mais que ces derniers lui ont également versé des fonds pour soutenir ses campagnes électorales. Donner à une guérilla, dont la dimension humaniste ne saute pas aux yeux, de quoi subsister, au risque de déstabiliser un pays démocratique voisin, est déjà une attitude hautement condamnable au regard du Droit international. Accepter, en sus, de cette dernière des subsides (c'est-à-dire l’argent de la drogue et du trafic d’êtres humains) doit encore rajouter à l’indignation générale.

La diplomatie française, en persistant dans son attitude pusillanime sur ce dossier, vient à nouveau de se couvrir de gloire par la bouche de son premier ministre (qu’on a connu mieux inspiré) : serrant la main d’un Hugo Chavez tout sourire, et qui venait tout juste de déverser un tombereau d’injures sur l’agence de police internationale dont le siège est à Lyon, François Fillon a déclaré qu’il « ne négligera aucune piste pour essayer de renouer les fils du dialogue avec les FARC ». Et il a ajouté : « Toutes les pistes sont explorées, toutes les propositions qui nous sont faites sont regardées, tous les interlocuteurs pour nous sont des interlocuteurs valables ».

Mouais… Soyons clairs : il n’est absolument pas scandaleux de négocier avec Hugo Chavez, qui a effectivement l’oreille des FARC dans ce dossier. Mais, dans ce cas, ayons l’honnêteté et, vis-à-vis de la Colombie, l’élégance de le traiter pour ce qu’il est : le porte-parole officiel d’une guérilla qui ensanglante un pays voisin et qu’il soutient à bout de bras. Ôtons-lui cette image complaisante de « négociateur humanitaire », neutre, et attribuons-lui le pouvoir, les responsabilités et les devoirs qui sont les siens dans ce qu’on nomme « la crise andine ».

Négocier, oui, mais en toute connaissance de cause et sans coiffer le bonnet d’âne de l’idiot utile qui recouvre actuellement la diplomatie française dans la région. Sous le prétexte de « sauver la vie d’une femme », notre pays est en train de cautionner des actes qui, normalement, susciteraient l’indignation générale. Le tout pour un résultat inexistant, pathétique…

CONCLUSION :

Le chemin sera sans doute encore très long avant que la Colombie ne connaisse (enfin !) la paix. Mais il semble en tout cas que la voie suivie soit la bonne et que les FARC soient au bord de l’effondrement. Intérieurement, ils sont laminés. Seul le soutien de certains voisins peut retarder l’inéluctable. Ce n’est pas là une situation inédite dans le cadre de guerres contre-insurrectionnelles, mais, du moment que la France se trouve de facto impliquée dans cet imbroglio, on aurait pu souhaiter de sa part plus de cohérence, plus de mesure et d’intelligence.

Notre pays est écouté et respecté dans la région : un changement d’attitude, de discours et de posture pourrait avoir des conséquences décisives et bénéfiques pour le sort de la Colombie et son avenir. Espérons que la raison reviendra à nos dirigeants, qu’ils comprendront qu’ils ont misé sur le mauvais cheval et qu’ils s’enferrent dans l’erreur avec cette diplomatie de l’affect qui ne sert ni nos intérêts, ni ceux de la paix régionale, ni ne préserve la sécurité de notre otage.

La photo montrant l’armée colombienne en opération est l’œuvre d’Agosthinox. Notez le pattern caractéristique du nouveau camouflage…


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