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Henry Roth : L’Or de la terre promise

Publié le 31 juillet 2014 par Lebouquineur @LBouquineur

henry rothHenry Roth (1906-1995) est un écrivain américain. Né en Europe centrale, il émigre vers les États-Unis à l'âge de trois ans avec sa famille et passe son enfance au sein de la communauté juive de New York. Son premier roman, L'Or de la terre promise, publié en 1934 passe inaperçu. Henry Roth laisse alors de côté ses ambitions littéraires et épouse, en 1939, Muriel Parker, fille d'un pasteur baptiste et pianiste qui renoncera à sa carrière pour l'accompagner dans l'État du Maine où il exerce plusieurs métiers (garde forestier, infirmier dans un hôpital psychiatrique, aide plombier…). Henry Roth sombre dans une dépression chronique. C'est en 1964 (1968 pour la traduction française), soit trente ans après, que L'Or de la terre promise est réédité et vendu à plus d'un million d'exemplaires. Ce succès inattendu convainc l'auteur de se remettre à écrire. En 1994, soixante ans après la publication de son premier roman, A la merci d'un courant violent sort en librairie, premier volume d’une autobiographie qui en comprendra cinq, tous commentés sur ce blog. 

Le jeune David et sa mère Genia débarquent à New York en 1911, dans le flot d’immigrés européens, pour retrouver Albert Schearl, le chef de famille arrivé précédemment. L’enfant a 6 ans et nous allons le suivre durant ses deux premières années en terre promise, comme le dit avec une ironie amère le titre du roman. Très vite l’enfant va être confronté à la dure vie qui l’attend, la violence latente du père, la dureté du monde qui l’entoure, l’alternance de méchanceté et d’amitié des copains de sa rue du ghetto juif mais aussi l’amour de sa mère, seul refuge où il pourra toujours se blottir. Le gosse, peut-être aussi surprotégé par sa mère, est toujours angoissé et nerveux, mais on le serait à moins quand on voit le peu d’amour que lui témoigne son père, au point que David préfère le savoir au travail qu’à la maison.

Et c’est là que le talent d’Henry Roth se révèle, le lecteur chemine aux côtés de l’enfant mais aussi au cœur de ses pensées et nous constatons que sa vision du monde et des choses est en partie faussée par son imagination, grossissant certains faits, s’effrayant vite d’autres. Tous les enfants sont ainsi mais David pousse le bouchon assez loin. Roth avance dans son récit mais sans empathie particulière pour David, ce qui en accentue la dureté.

Roman dur donc, un père affligé d’un complexe de persécution maitrisant mal sa violence, une tante Bertha aussi vulgaire que grande gueule, une mère soumise tentant de colmater les plaies ; mais aussi découverte de la religion juive pour David auprès d’un rabbin pas commode ou découverte de la vie tout court lors de scènes mémorables (le vol des bouteilles de lait à son père livreur par des va-nu-pieds et l’explosion de violence en résultant, l’expédition  à son corps défendant avec un camarade pour que celui-ci puisse « coincer » une des nièces de David dans un sous-sol etc.)

Le roman est dense, Henry Roth utilise le langage phonétique pour restituer l’accent yiddish et l’anglais mal maitrisé par les immigrants. Dès les premières pages on est impressionné par la puissance du texte, surtout sachant qu’il s’agit d’un premier roman. Quant à l’épilogue, il est d’une force incroyable, débutant par une lessive de linge sale en famille hallucinante – voire insoutenable - où chacun déballe les horreurs ou les vérités qu’il taisait depuis toujours, pour se poursuivre par une longue scène complexe à suivre (car traitée comme du Joyce) aboutissant à un feu d’artifice (si j’ose cette image, néanmoins appropriée) dramatique, qui laisse le lecteur k.o. quand le bouquin s’achève.

Un très bon roman c’est certain mais qui peut ne pas plaire à tout le monde. J’ai dit qu’il était dur, mais il est moins « raide » (dans tous les sens qu’on peut donner au mot)  que ceux qui suivront, il reste donc le plus abordable pour ceux qui voudront découvrir l’univers de cet écrivain.

« Debout devant l’évier de la cuisine, les yeux fixés sur les robinets de cuivre qui brillaient si loin de lui et sur la goutte d’eau pendue au bout  de leur nez, qui grossissait lentement, puis tombait, David pris conscience une fois de plus que ce monde avait été créé sans tenir compte de lui. Il avait soif, mais la cuvette de fer reposait sur des pieds presque aussi hauts que sa propre personne. Il aurait beau étendre le bras ou faire de grands sauts, jamais il n’atteindrait le lointain robinet. D’où venait cette eau qui se cachait dans la courbe secrète du cuivre ? Où allait-elle quand elle descendait en gargouillant le long du tuyau d’écoulement ? Quel univers étrange devait se cacher derrière les murs d’une maison ! Mais il avait soif. »


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