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Je suis tombé par terre, c'est la faute à Voltaire, le nez dans le ruisseau, c'est la faute à Sylvo.

Publié le 03 août 2014 par Christophe
Dans quelques jours, ce blog fêtera ces trois ans d'existence (rassurez-vous, rien ne sera organisé pour fêter ça, ici, on parle de livres) et je me rends compte que, par hasard, je vais vous parler du deuxième volet d'une série dont le premier tome avait l'objet d'un des premiers billets publiés. Avec un univers vraiment très intéressant, des clins d'oeil appuyés autant pour l'ambiance que pour une multitudes de détails, ce qui donne un côté très sympa et amusant à ce deuxième roman. Mais, petit à petit, c'est tout autre chose qui s'installe, l'obscurité gagne du terrain et c'est un final à la fois plein d'action et de noirceur qui attend le lecteur. Le titre annonce bien l'imminence de la catastrophe : "Avant le déluge". Ainsi est intitulé la deuxième enquête de l'elfe détective Sylvo Sylvain et de son acolyte, Pixel le pillywiggin, dans le Panam (re)créé par Raphaël Albert. Un hommage au roman populaire publié aux éditions Mnémos et disponible dans la version poche chez Hélios.
Je suis tombé par terre, c'est la faute à Voltaire, le nez dans le ruisseau, c'est la faute à Sylvo.
Après la résolution de l'affaire dite de la "Conjuration des éléments", l'elfe Sylvo Sylvain et le pillywiggin Pixel ont préféré se faire discrets et ils ont attendu que les tensions retombent pour reprendre le boulot. Mais leur réputation est faite et leur petite agence, assez minable auparavant, est en plein essor. Ils ont même dû recruter du personnel pour pouvoir traiter les affaires qui leur sont soumises.
Ils sont dans l'aisance, peut-être pas encore tout à fait la prospérité, mais ça va bien pour eux. En plus, leur succès après le démantèlement du complot leur a valu la bienveillance, à défaut de l'amitié, de personnalités puissantes, ce qui n'est jamais inutile. Résultat, quand une affaire pose problème, c'est bien souvent à eux qu'on fait appel.
D'ailleurs, Hobo et le Géomètre, les deux recrues de Sylvo et Pixel sont sur la brèche, chacun sur des affaires délicates. Le second est même en immersion et ne donne que peu de nouvelles cez derniers temps au point de rendre son silence inquiétant. Et puis, il y a le petit dernier, Broons, encore un gamin, un adolescent bien débrouillard.
Sylvo l'a sorti d'un mauvais coup dans lequel il s'était fourré et l'a pris sous son aile pour qu'il puisse mettre ses aptitudes à quelque chose de plus utile. Pour l'instant, il est encore en phase d'apprentissage, mais Sylvo, et surtout Pixel qui est devenu le confident du gamin, pensent qu'il pourra voler de ses propres ailes sur des enquêtes. Mais, là, il a la tête ailleurs, il est amoureux, le môme...
Quand arrive une certaine Madame Lane, ce sont donc les patrons eux-mêmes qui vont devoir s'y coller. A condition qu'ils acceptent l'affaire, car, comme ça leur arrive souvent, Sylvo et Pixel ne sont pas d'accord. Il faut dire que l'affaire touche une de leur connaissance. J'allais écrire un ami, mais non, le mot est inadéquat.
Jacques Londres, journaliste qui leur a donné un fameux coup de main dans leur enquête sur la Conjuration et qui, lui, en a tiré bien des avantages. On dit qu'il a l'oreille du Duc Armest, il est la coqueluche du tout-Panam qui chante et qui pétille, il n'écrit quasiment plus, car les sujets du quotidien, ce n'est plus pour lui.
Bref, Jacques Londres a salement pris le boulard, changeant physiquement, socialement, personnellement. Donc, non, il n'est pas vraiment un ami pour les deux détectives qui eux, ont tout fait pour rester comme avant. Alors, quand Madame Lane vient leur demander de le retrouver parce que le journaliste a disparu, Sylvo et Pixel ne sont pas d'accord.
Finalement, après une bonne engueulade, ils acceptent de retrouver celui qui, forcément, avec sa nouvelle lubie de ne s'occuper que d'affaires d'importance, a dû déranger quelque puissant... Mais Jacques Londres n'est pas le seul à disparaître à ce moment-là. Barnabé Porf, le fils du célèbre Nain, est lui aussi introuvable, et voilà que Broons, le fidèle Broons, ne donne plus signe de vie...
Dans un Panam où bruissent les rumeurs de complot de toutes sortes, où des groupuscules républicains ourdissent le renversement du pouvoir en place, où rode un tueur en série qui assassine des femmes de façon horrible, Sylvo et Pixel vont se lancer dans une enquête bien plus complexe qu'ils ne l'ont imaginer.
Et vont bientôt comprendre que ce qu'a découvert Londres fait de la Conjuration des éléments, une agréable blague... Car le journaliste enquêtait au moment de sa disparition sur l'Académie, une des institutions les plus puissantes du Royaume. Elle rassemble ceux qu'on appelle désormais couramment les Technomages, dont la magie est l'assurance d'une protection à toute épreuve pour le pays.
Alors, si Londres, quoi qu'il ait découvert, a essayé de remettre cela en cause, il a levé un sacré lièvre. Mais qu'a-t-il découvert réellement ? Voilà le problème : il n'a laissé derrière lui que de menus indices, sans queue ni tête, qui ne donnent que des débuts de pistes à Sylvo et Pixel. Rien de vraiment concret. Sauf un nom : Arsène Lutin, l'un des hors-la-loi les plus recherchés du Royaume, cambrioleur insaisissable qui nargue les autorités à chacun de ses forfaits...
Volontairement, je vais arrêter ici ce résumé et vous laisser découvrir la suite. Bien sûr, on va continuer à parler du contenu de ce roman qui mêle fantasy et roman noir, façon roman populaire du début du XXe siècle, mais je vous laisse exprès sans trop de repères, comme si vous étiez lecteur du livre lui-même.
En effet, "Avant le déluge" est un roman foisonnant, plein d'imagination et de créativité, qui réserve bien des surprises à ses personnages, et aux lecteurs dans leur sillage. Vous aurez bien compris que ce Panam rappelle une autre ville, mais qu'elle ne l'est pas. Raphaël Albert décalque Paris pour construire une ville à sa façon et, si l'on connaît un peu la capitale, la vraie, c'est à la fois très réussi, et très drôle.
Le nom des rues, des quartiers, tout y est, dans un univers steampunk (Sylvo, par exemple, se déplace sur une McQueen, sorte de moto à vapeur qui doit être, j'imagine, un clin d'oeil à la Triumph de "la Grande évasion") mais surtout, dans une ville habitée aussi bien par les humains, comme Jacques Londres, que par le petit peuple.
Eh oui, Sylvo et Pixel ne sont pas les seules créatures à arpenter les rues de Panam. Bien au contraire, ils y passent inaperçus, puisqu'on trouve dans cette capitale aussi bien des nains que des lutins, des centaures, des leprechauns ou des gobelins, etc. J'ai évoqué la magie, apanage des Technomages, mais pas seulement. Chacun peut, en fonction des caractéristiques de son peuple, invoquer différents sorts, Sylvo compris.
Au final, on a l'impression de connaître les lieux comme sa poche ou presque, on visualise bien les endroits qui ne sont pas ceux que l'on croit. Et on se laisse prendre au jeu de cette ville cosmopolite où chacun se mêle tranquillement aux autres, sans pour autant perdre la notion de communauté. Oui, il fait bon vivre à Panam, malgré les soucis évoqués plus haut.
L'époque, parce qu'il faut bien chercher quelques équivalences pour vous aider à comprendre de quoi il en retourne, c'est un Paris très XIXe, mélange de Second Empire et de IIIe République, mais, et je ne vais pas en dire plus, certains événements présents dans "Avant le déluge" peuvent faire penser à des événement historiques précis.
Oui, ce Paris de Maurice Leblanc, Léo Malet, Gaston Leroux ou Emile Gaboriau revit, requinqué par la présence en son sein d'éléments de fantasy, parfaitement intégré au décor. Le roman noir et la fantasy s'épousent, l'un servant l'autre et réciproquement. Le tout, épicé par tout un tas de clins d'oeil à la culture populaire et à l'imaginaire collectif plus contemporain (on croise même, entre autres, Claude François, à Panam, eh oui !). Il revisite jusqu'au calendrier, à la religion, à la politique, bien sûr, tout ça avec beaucoup de finesse et d'esprit.
La créativité de Raphaël Albert est sans borne, nous emmenant aussi bien dans un cirque que sur les quais, jouant avec Panam/Paris comme un terrain de jeu dont il utilise chaque recoin ou presque, comme d'un univers de jeu de rôles. Il y instille humour, intrigue, suspense, violence, parfois, et même action avec brio.
En témoigne cette incroyable course-poursuite sur la ligne D des tramways panaméens, scène qu'il faut absolument se représenter mentalement et qui aurait franchement de la gueule sur un grand écran de cinéma. Elle n'est pas la seul scène spectaculaire de ce roman, mais c'est elle qui me vient spontanément à l'esprit, ainsi que le souvenir de l'attraction qu'elle a exercé sur le lecteur que je suis, tournant les pages comme entraîné dans cette partie ébouriffante de l'histoire.
Et puis, mine de rien, je me rends compte que ce billet contient beaucoup d'éléments présents dans "Avant le déluge" qui servent son intrigue. Une intrigue polymorphe, une trame tissée d'histoires qui se rejoignent, créant une sensation de crescendo dans le chaos. Car, oui, l'histoire sympa et drôle du début, les affaires sérieuses mais pas graves qui occupent les détectives, tout cela va basculer vers l'obscurité.
Où se trouve le point d'équilibre ? Je ne sais pas vraiment, en fait. C'est brutal, brusque, comme la trappe du magicien qui s'ouvre pour permettre à la personne enfermée dans sa boîte de disparaître aux regards d'un public médusé, admiratif. Le déclic se fait et tout s'effondre autour de Sylvo, Pixel et de leurs nouveaux amis. Et l'histoire n'est plus du tout sympa. Non, plus du tout.
L'orage, métaphorique, ne vous méprenez pas avec le titre du roman, il a sa raison d'être, évidemment, éclate à la surprise du duo central de l'histoire, les plongeant dans des situations terribles où ils ne maîtrisent plus rien, où ils ne sont plus rien, et certainement pas les deux héros qui ont démantelé la Conjuration des éléments.
Pire, c'est une réaction en chaîne qui va se produire et ce n'est plus seulement le monde quotidien de l'elfe et du pillywiggin qui va être pris dans la tourmente, mais bien leur existence toute entière. Avec, à la clé, le retour du passé, qui hante Sylvo de longue date et qu'il a essayé de laisser derrière lui en quittant la Grande Forêt, bien longtemps auparavant, pour se noyer dans Panam.
Il y a, dans la dernière partie, une formidable tirade sur le mal. J'ai failli en extraire un morceau pour en faire le titre de ce billet et puis, je me suis dit qu'on ne pouvait détacher de ces lignes un morceaux comme on le fait de la cuisse d'un poulet. Mais il y a énormément de choses dans ces paragraphes, certaines qui restent encore inexpliquées, d'autres qui apparaissent, à propos du passé de Sylvo. Et enfin, d'autres qui vont guider son avenir...
On est au coeur d'une série qui exploite un univers vraiment très intéressant, je me répète, et on atteint dans ce final, un point d'orgue, quelque chose qui va bouleverser tout cela pour les prochains épisodes, du général au particulier. Fantaisie et fantasy seront toujours là, mais l'univers se sera assombri, comme si un nuage fourbe ne quittait plus le ciel de Panam qui, comme le dit la chanson, n'est pas longtemps cruel...
Et j'ai déjà bien envie de lire la 3e aventure de Sylvo Sylvain, déjà disponible.

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