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La Rabouilleuse

Publié le 04 août 2014 par Sebulon
La RabouilleuseLa Rabouilleuse - Honoré de Balzac
Folio classique (2008)
Édition de René Guise
Ma dernière lecture de Balzac, c’était Le Père Goriot, il y a quelques années, et ce n’était pas une découverte car je l’avais étudié en partie au lycée. En partie seulement, car je ne me souvenais absolument pas que le fond de l’histoire, c’était avant tout l’amour paternel de Goriot pour ses filles.
Mon premier contact avec La Rabouilleuse  s'est produit à l’occasion d’un dîner au restaurant La Cognette, à Issoudun, car c’est dans cet établissement que se fomentent quelques-uns des complots qui animent cette histoire.
Comme dans Le Père Goriot, il y est question d’amour non récompensé. L’amour maternel, d’abord, qu’éprouve Agathe Bridau pour son son fils Philippe, ancien colonel de l’armée napoléonienne, exilé aux Etats-Unis, et qui, à son retour, exploite la faiblesse de sa mère pour satisfaire sa passion du jeu. Puis, il y a l’amour filial de Joseph Bridau, le cadet, artiste-peintre, plein de sollicitude pour sa mère, dont il échoue à capter l’attention.
Comme toujours chez Balzac, il est beaucoup question d’argent dans ces pages, en particulier de l’héritage qui menace d’échapper à la mère aimante et courageuse pour être accaparé par une intrigante, Flore Brazier, la Rabouilleuse et son amant, Maxence Gilet, habiles dans leurs manœuvres auprès de Jean-Jacques Rouget, le frère d’Agathe, qui vit à Issoudun, dont est originaire la famille. Pour tenter de sauver sa part, Agathe se rend dans sa ville natale en compagnie de son fils Joseph. Elle ne se doute pas des péripéties qui l’attendent.
Ce qui m’a surprise dans cette histoire touffue et pleine de rebondissements, c’est qu’aucun des personnages qui la composent ne semble trouver grâce aux yeux de Balzac. Il ne montre aucune compassion envers la pauvre mère, bafouée et trompée par le fils qu’elle adore. Il n’a pas d’avantage d’indulgence pour la Rabouilleuse, plus ou moins vendue à la sortie de l’enfance au père d’Agathe et de Jean-Jacques, et qui connaîtra un sort terrible. Je n’oublierai pas la figure de Philippe Bridau, principal héros du roman, dont la première apparition donne déjà des frissons.
Extrait page 64 :
(…)Le colonel avait conservé, dans l’apparence seulement, la rondeur, la franchise, le laissez-aller du militaire. Aussi était-il excessivement dangereux, il semblait ingénu comme un enfant ; mais, n’ayant à penser qu’à lui, jamais il ne faisait rien sans avoir réfléchi à ce qu’il devait faire, autant qu’un rusé procureur réfléchit à quelque tour de maître Gonin, les paroles ne lui coûtaient rien, il en donnait autant qu’on en voulait croire. Si, par malheur, quelqu’un s’avisait de ne pas accepter les explications par lesquelles il justifiait les contradictions entre sa conduite et son langage, le colonel, qui tirait supérieurement le pistolet, qui pouvait défier le plus habile maître d’armes, et qui possédait le sang-froid de tous ceux auxquels la vie est indifférente, était prêt à vous demander raison de la moindre parole aigre ; mais, en attendant, il paraissait homme à se livrer à des voies de fait, après lesquelles aucun arrangement n’est possible. Sa stature imposante avait pris de la rotondité, son visage s’était bronzé pendant son séjour au Texas, il conservait son parler bref et le ton tranchant de l’homme obligé de se faire respecter au milieu de la population de New-York. Ainsi fait, simplement vêtu, le corps visiblement endurci par ses récentes misères, Philippe apparut à sa pauvre mère comme un héros ; mais il était tout simplement devenu ce que le peuple nomme assez énergiquement un chenapan. (...)
Une belle découverte que cette lecture, dans le cadre du challenge Objectif Pal 2014 d’Antigone.
Une intrigue complexe, des personnages multiples, qui au fil du récit, suscitent des sentiments variables, une imbrication passionnante des rapports humains dans ce petit groupe d’individus et des évènements de la grande Histoire post-napoléonienne, que les notes de René Guise aident à décrypter. De quoi me donner envie de m’attaquer aux autres œuvres de Balzac qui sont dans ma PAL.
La Rabouilleuse

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