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20 mai 1960/Palme d’Or pour La Dolce vita de Federico Fellini

Par Angèle Paoli
Éphéméride culturelle à rebours


  Le 20 mai 1960, Federico Fellini remporte la Palme d’Or du Festival de Cannes avec La Dolce vita. Avec Anouk Aimée, Anita Ekberg, Magalie Noël, Alain Cuny, Nadia Gray et Marcello Mastroianni, dans le rôle du chroniqueur Marcello Rubini. Musique de Nino Rota.


LA DOLCE VITA

   Film fétiche de mes années ciné-club, La Dolce vita est une plongée dans la vie désabusée de la Rome des années 1960. Marcello (Marcello Mastroianni) promène sa dégaine de journaliste mondain dans la haute société romaine, abîmée dans un ennui métaphysique sans retour. L’occasion pour Fellini d’aborder le thème du « mal de vivre » à partir de séquences juxtaposées et de faire de Rome la « Babylone » de ses rêves, la « vraie star de son film ».

   De la Via Veneto à la Fontaine de Trevi, en passant par les rues des quartiers excentrés ― quartiers riches où se jouent les suicides dont celui, réussi, de l’intellectuel Steiner (Alain Cuny) et de ses deux enfants, quartiers populaires où se nouent les rencontres nocturnes ―, Rome est le personnage principal de ce film. Elle est la grande prostituée irrévérencieuse que le maestro se plaît à montrer dans les moindres détails de sa déréliction. Grandiloquente et désespérée, Rome est la ville des errances de Marcello et des nuits blanches de ses amies, riches amantes névrosées (Magalie Noël, Anouk Aimée) qui jouent avec la mort et Sylvia, star hollywoodienne (Anita Ekberg) en mal de sensations nouvelles.

   La Dolce vita s’ouvre sur une scène burlesque : celle de l’arrivée bruyante d’une statue acheminée par la voie des airs. Un Christ ballotté par l’hélicoptère qui tourne en rond au-dessus de la Place Saint Pierre ! Sous les regards ébahis de starlettes en maillots de bain. Autre arrivée très remarquée, celle de Sylvia, vedette hollywoodienne, accueillie à l’aéroport à grand renfort de paparazzi. Après les scènes dramatiques du suicide manqué d’Emma (Yvonne Fourneaux), maîtresse de Marcello, et l’épisode du cirque où Sylvia se livre à un numéro de danse endiablé, après la scène tendre des déambulations au « petit chat » et la chaude sensualité du bain de minuit improvisé ― Fontaine de Trévi ― par la naïade Sylvia, après le suicide de Steiner et la scène consacrée au père du reporter, vient l’extravagant spogliarello. Exit Sylvia. Place à Nadia (Nadia Gray) pour cette scène troublante, émouvante et terrible. Qui tient le spectateur en haleine au-dessus du vide. Au centre de cette scène, celle que son divorce met au bord du gouffre. Nadia. Nadia improvise une séance de strip-tease. Orchestrée et rythmée par les encouragements des invités vautrés dans les divans et fauteuils du salon où ils sont réunis. Prise dans les entrelacs d’un désespoir sensuel, Nadia se dévêt. À moitié nue, elle poursuit son numéro d’exhibition couchée sur le sol, tandis qu’au-dessus d’elle, les coussins, lancés à pleine volée par une femme en furie, crèvent. Les plumes volent sur les invités, s’accrochent aux corps, s’agrippent aux cheveux, collent aux visages, transformant les fêtards en une gigantesque et grotesque basse-cour. Entre orgie et hystérie, la scène cruelle du « spogliarello » se termine à l’aube avec l’arrivée inopinée du maître de maison. Les invités dégrisés quittent la villa et se rendent sur la plage où gît un énorme cétacé échoué là pendant la nuit. Marcello, désœuvré et blafard, s’éloigne du groupe qu’il laisse à ses divagations. Il rencontre une jeune fille au visage d’ange. Mais il n’emporte d’elle que son sourire, symbole d’une pureté à jamais perdue.

   « Réalisation à la fois flamboyante et subtile », La Dolce vita est le meilleur film de Federico Fellini et l’un des grands films de l’Histoire du cinéma.

Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli



Voir aussi :
- (sur YouTube) la scène de la Fontaine de Trévi ;
- (sur YouTube) la scène finale de La Dolce Vita ;
- (sur Terres de femmes) 20 janvier 1920/Naissance de Federico Fellini ;
- (sur Terres de femmes) 27 mars 1956/La Strada, Oscar d’Hollywood ;
- le site federico-fellini-net, le premier site pédagogique français dédié au cinéaste.



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